François Quesnel a accumulé 7400 $ en contraventions en 14 mois et a été condamné à 14 jours d'emprisonnement.

La prison... pour 7400 $ de tickets

Un homme de Sainte-Croix dans Lotbinière, sans revenu d'emploi et gravement malade, dénonce le fait d'avoir été condamné à 14 jours d'emprisonnement pour 7400 $ d'amendes impayées, reçues en seulement 14 mois. Il soutient être victime de harcèlement policier après avoir dénoncé l'inaction des autorités dans le drame de Sainte-Croix qui a fait cinq morts le 1er février 2014. Sa colère contre le système est telle qu'il refusera toute nourriture et cessera sa médication durant son incarcération.
«Mes médicaments sont sur ma table de nuit. Je les regarde quand je te parle. Quand je pars d'ici, ils restent ici. Tout ce que je veux, c'est un lit et une couverture. Y arrivera ce qui arrivera.» François Quesnel a fait cette déclaration jeudi quelques heures seulement avant d'être embarqué par les policiers de la Surêté du Québec.
Son crime est de ne pas avoir payé ses contraventions. «Pendant 35 ans, j'ai reçu trois contraventions pour excès de vitesse et quelques-unes pour la ceinture de sécurité. En 2012 et 2013, j'en ai eu pour un total de 7400 $. Jamais pour une conduite avec les facultés affaiblies, conduite dangereuse ou avoir brûlé un feu rouge. Mais plutôt pour avoir la mauvaise adresse sur le permis ou parce que mon véhicule n'était pas en ordre pour circuler. Ils ont finalement suspendu mon permis pour non-paiement d'amendes», raconte au téléphone l'homme de 55 ans dont le filet de voix trahit son état de santé précaire.
M. Quesnel est déclaré invalide au travail. On lui a diagnostiqué en 2012 une maladie pulmonaire chronique et il combat des tumeurs. Au printemps 2016, il a signé un arrangement avec le Bureau des infractions et amendes. Il devait rembourser l'argent ou effectuer des travaux communautaires. Son état médical et son maigre revenu mensuel de 855 $ ne lui ont pas permis de respecter ses engagements.
Son sort a finalement été scellé le 25 octobre dans une salle de justice pendant qu'il subissait un traitement en médecine nucléaire à Trois-Rivières. «Ne pas avoir d'argent pour payer un ticket, ce n'est pas un crime. Quelqu'un qui cache ses biens ou de l'argent pour ne pas payer, je comprends. La question est de savoir si quelqu'un dans ma condition avec des amendes non payées doit être incarcéré. Ça n'a aucun bon sens», s'insurge-t-il.
Sa révolte vient surtout du fait que cette accumulation de contraventions est le fruit de harcèlement policier, soutient-il. «Je ne connais personne dans la province qui a ramassé 7400 $ de tickets en 14 mois dans le même village. C'est de la vengeance. Ils se disaient : "Quand on voit son véhicule, on l'arrête et on va trouver quelque chose." Le but était de me faire taire. Et ils ont réussi.»
Le drame de Sainte-Croix
En 2014, Le Soleil rencontrait François Quesnel qui apportait un éclairage différent sur le drame de Sainte-Croix. Le 1er février de cette même année, Martin Godin avait pris son fusil pour tuer Benoit Daigle. Il le soupçonnait d'être l'amant de sa femme, Nancy Samson, qui l'avait largué une semaine auparavant. Après avoir étranglé son ancienne épouse, il est revenu à sa maison de Saint-Isidore, a tourné l'arme vers ses deux filles, Médora, 13 ans, et Béatrice, 11 ans, puis vers lui. Il est mort trois semaines plus tard à l'hôpital.
Et François Quesnel dans cette histoire? Avant Nancy Samson, Benoit Daigle a fréquenté pendant quatre ans l'ex-femme de Quesnel. À l'époque, ce dernier apprenait que Benoit Daigle avait été reconnu coupable de quatre accusations d'agression sexuelle sur deux enfants en bas âge. Il avait alors essayé de protéger ses propres enfants. Quesnel ne comprenait pas pourquoi Daigle ne s'était pas fait interdire de se trouver seul en présence de mineurs malgré un risque de récidive. Ni les policiers qui l'ont arrêté, ni les procureurs qui ont été responsables du dossier, ni le juge qui a prononcé la sentence n'ont imposé cette condition. C'est ça qui enrage encore Quesnel. Il n'a jamais eu l'esprit tranquille durant la période où son ex-femme était en couple avec Daigle.
Ultime dénonciation
François Quesnel a tenté d'alerter les autorités. Il a écrit des lettres. Il a même imploré la cour de le convoquer au tribunal pour qu'il puisse s'adresser à un juge. Il voulait plaider que Benoit Daigle ne devrait pas se trouver seul avec des enfants, en vain. Pour lui, la relation entre son ex-femme et Daigle a heureusement pris fin, mettant un terme à ses angoisses de père.
Le 16 décembre 2013, il a envoyé une lettre manuscrite au Directeur des poursuites criminelles et pénales, au patron de la déontologie et à celui de la Sûreté du Québec de Laurier-Station, après avoir appris la relation entre Daigle et Nancy Samson. Il leur faisait part des risques que survienne un drame. Il craignait «le suicide de Martin Godin jusqu'au pire».
Encore aujourd'hui, il crie haut et fort que cette dénonciation en série lui vaut le harcèlement qu'il subit. «En 2012, tous les dommages causés aux familles impliquées et le décès de cinq personnes étaient dans les mains de la Sécurité publique.»
Difficile de savoir ce qui se produira durant cette quinzaine derrière les barreaux. Jeudi, il avait bien l'intention de marquer le coup. «Je ne mangerai pas leur nourriture. Je ne prendrai pas mes médicaments. Je n'ai pas d'affaire là. C'est leur décision, pas la mienne», conclut-il dans un ultime désir d'être entendu avant de raccrocher. Les policiers l'attendaient.