L’Association des chefs de police des Premières Nations (ACPPN) interpelle Ottawa afin que ses corps policiers soient reconnus comme service essentiel, et non plus comme faisant partie du « simple » Programme des services de police des Premières Nations, qui a été créé en 1991.

La police autochtone en péril

Les corps de police autochtones du Québec crient famine, et les populations desservies en paient le prix. Les chefs policiers des Premières Nations se disent confinés dans un rôle de second plan par rapport aux autres services de police au pays, et affirment que le comportement du gouvernement fédéral mine leur capacité à effectuer des opérations, même routinières, au sein d’une population sur la corde raide.

L’Association des chefs de police des Premières Nations (ACPPN) interpelle Ottawa afin que ses corps policiers soient reconnus comme service essentiel, et non plus comme faisant partie du « simple » Programme des services de police des Premières Nations, qui a été créé en 1991.

« Nous sommes dans l’incertitude quant à l’avenir de nos forces policières », a lancé le conseiller Lloyd Alcon, de Listuguj, en Gaspésie.

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador s’est réunie à Ottawa, cette semaine, pour discuter de nombreux enjeux liés aux communautés autochtones, dont celui de la sécurité. « Le financement inadéquat et imprévisible » des services de police des Premières Nations a des répercussions directes sur la population.

À Kitigan Zibi, près de Maniwaki, le chef du Conseil de bande Jean-Guy Whiteduck s’est aussi dit préoccupé par le manque de ressources (autre texte), à quelques mois de la légalisation du cannabis.

Pour d’autres directeurs de services police autochtones du Québec et du Labrador, il peut s’agir d’annuler l’achat d’une seule voiture de police pour embaucher un nouvel agent.

« Les chefs travaillent dans des conditions qui ne seraient jamais tolérées ailleurs, comme à la Sûreté du Québec ou à la Gendarmerie royale du Canada », rajoute le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard.

« Le ministre des Affaires autochtones (provincial) Geoffrey Kelley, s’est déjà vu refuser l’accès à l’intérieur d’un poste de police sur une réserve, car son garde du corps craignait pour sa sécurité », lance Gerry Mapachee, directeur de la police de la Première Nation Abitibiwinni.

Le manque de ressources se traduit souvent par un manque de rétention de personnel.

Des agents ont déjà été obligés de porter des vestes pare-balles périmées, ou d’emprunter des appareils de détection d’alcool à d’autres services de police.

Ces conditions de travail découragent les policiers autochtones à travailler dans leurs propres communautés, selon Ghislain Picard.

L’ACPPN déplore que le fédéral n’ait pas confirmé de renouvellement d’entente pour les services de police des Premières Nations après le 1er avril 2018.

« Les chefs de police ne savent même pas s’ils vont pouvoir assurer des services après cette date, dénonce Ghislain Picard. Le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, reconnaît le besoin d’une mise à niveau. Mais nos attentes vont au-delà des paroles. »

« Il ne s’agit pas que d’être d’accord entre trois ou quatre personnes » dans les coulisses du parlement fédéral, rajoute-t-il.

LÉGALISATION DU CANNABIS : KITIGAN ZIBI N'EST PAS PRÊT

Avec ses sept policiers, la réserve de Kitigan Zibi n’est pas prête à gérer la légalisation du cannabis, prévue l’été prochain.

« Nous avons sept policiers, et avec le contrôle du cannabis, nous sommes convaincus que ça va nous prendre plus de policiers », explique le chef du Conseil de bande de Kitigan Zibi, Jean-Guy Whiteduck. « La loi sur la légalisation du cannabis s’en vient. Nous n’avons pas les ressources pour nous occuper de cela ».

Pour suffire à toutes les tâches régulières du corps de police, Kitigan Zibi aurait besoin de 300 000 $ de plus par année. Le budget d’un million par année n’est pas suffisant, selon M. Whiteduck.

Jean-Guy Whiteduck, chef du Conseil de bande à Kitigan Zibi, est préoccupé par le manque de ressources de son service de police surtout à quelques mois de la légalisation du cannabis.

Mercredi, les chefs des services de police des Premières Nations du Québec et du Labrador ont fait front commun pour exiger du fédéral qu’il considère leurs organisations comme étant égales aux autres polices municipales, provinciales et fédérales du pays.

Ils ne veulent plus être considérés comme des policiers de deuxième ordre, ou « moins bons que les autres ».

Ils se disent sous-financés par le Programme des services de police des Premières Nations, créé en 1991.

« On veut être un service essentiel, comme les autres », dit le chef de bande.

M. Whiteduck se dit toutefois optimiste sur la volonté des autorités fédérales à s’entretenir avec les Premières Nations en matière de sécurité.

Recrutement

La police a accueilli deux recrues, cette année, une bonne nouvelle selon le chef de bande.

« Tous nos policiers sont originaires de Kitigan Zibi. Nous n’avons pas de problème de recrutement de gens de chez nous. Ils sont intéressés par le métier de policier.

Le seul problème qu’on a, c’est d’aller chercher des gens bilingues, trilingues. Les gens ont reçu une éducation en anglais. C’est plus difficile d’en trouver qui parlent français. »