Mme Gendron et Raymond Martin discute du sort qui frappe La Pocatière, non loin de la scène de crime.

La Pocatière secouée par deux meurtres en un mois

Colette Émond, 75 ans, est l'innocente victime d'un second meurtre à se produire à La Pocatière depuis un mois. Cet autre drame défie toutes les statistiques pour une municipalité de 3900 habitants. Mardi, plusieurs citoyens tentaient de comprendre ce qui avait poussé Denis Picard, 54 ans, à tuer la septuagénaire à l'aide d'un objet contondant.
Un citoyen a appelé les policiers vers 16h30 lundi pour se rendre au logement de la victime, situé au rez-de-chaussée de l'immeuble à six logements du 402, 5e Avenue Mailloux. Ils y ont découvert le corps de la dame, sans vie. Ils se sont ensuite rendus au 105, 8e Avenue Richard où demeure le suspect, à peine 250 mètres plus loin.
Selon ce qu'il a été possible d'apprendre, Denis Picard était considéré comme un «bad boy» au caractère imprévisible. Au moins deux événements semblent soutenir cette thèse.
L'accusé était déjà visé par sept accusations de vandalisme et un de vol de plus de 5000 $. En septembre 2016, il était entré par effraction et avait vandalisé l'école primaire de la Marée montante à Saint-Roch-des-Aulnaies. Il y travaillait alors comme concierge.
En avril, il revenait en Cour pour faire face à de nouvelles accusations de harcèlement criminel et d'agression armée contre une autre victime. Les événements qu'on lui reproche remontent à février. Ce qui s'est produit mardi semble refléter un schéma de violence poussé à l'extrême qui ne cessait de croître depuis l'automne. 
Gaétan, un voisin, raconte que Picard effectuait maintenant des travaux de peinture. Selon lui, il avait même pris la peine d'identifier son véhicule. Le Soleil a appris que Picard avait d'ailleurs réalisé des travaux pour la victime. Une simple mésentente contractuelle pourrait-elle être à l'origine du drame? L'hypothèse est à l'étude.
Les policiers ont découvert le corps d'une dame au rez-de-chaussée de l'immeuble à six logements du 402, 5e Avenue Mailloux.
Pas plus criminalisée qu'ailleurs
«Je vais retourner à Montréal, c'est moins dangereux», lance, sur un ton ironique, Raymond Martin, devant cet autre drame. L'homme parti travaillé dans la métropole est revenu il y a quelques années après une absence de 30 ans. 
«Je l'ai vu, hier [lundi]. Je la saluais tout le temps lorsque je la croisais», raconte-t-il, à propos de la victime. Mme Émond est originaire de La Pocatière. Elle vivait seule depuis le décès de son mari. M. Martin se rappelle d'elle comme d'une femme gentille, agréable à parler. Tout comme lui, Mme Gendron ne manquait jamais une occasion d'échanger quelques mots avec celle qui avait notamment été couturière.
Les deux passants discutent du triste sort qui frappe La Pocatière. Le 5 mai, Sophie Beaulieu, une femme âgée de 48 ans, était tuée à l'arme blanche par son locataire, Éric Sweeney, 41 ans. «Je la connaissais aussi», réalise alors Mme Gendron.
Justement, tout le monde, ou presque, se connaît à La Pocatière, comme dans tous les milieux ruraux. Une réalité sociale qui amplifie le choc de cette seconde tragédie dans un si court laps de temps. 
«On ne peut pas faire autre chose que d'être présent et d'être à l'écoute des gens de la communauté qui se sentiraient insécures», soutient le maire de l'endroit, Sylvain Hudon, qui connaît cette autre victime. Il a lui-même été touché directement par le premier meurtre puisque Sophie Beaulieu était sa cousine. 
L'agent Claude Doiron rappelle que les deux événements ne sont pas liés. «Ça ne fait pas de La Pocatière un endroit plus criminalisé qu'ailleurs. C'est plus le fruit d'un triste hasard», conclut-il.
Denis Picard a été accusé mardi de meurtre au second degré au palais de justice de Rivière-du-Loup. La Couronne s'est opposée à sa remise en liberté. Il revient ce mercredi devant le tribunal.