Le chantier hydroélectrique de La Romaine sur la Côte-Nord affiche le plus sombre bilan des 20 dernières années avec quatre accidents mortels depuis le début des travaux, en 2009.

La mort d'un travailleur incite Hydro à revoir les mesures de sécurité de tous ses chantiers

Hydro-Québec passe de la parole aux actes et confie à la firme ERM le soin de passer au peigne fin ses pratiques de santé et de sécurité dans l'ensemble de ses chantiers pour éviter «à tout prix» la mort d'un autre travailleur.
La société d'État souhaite que l'entreprise, «un chef de file mondial en la matière» dit-elle, jette un regard neuf sur ses façons de faire et, notamment au chantier hydroélectrique de La Romaine sur la Côte-Nord, qui affiche le plus sombre bilan des 20 dernières années avec quatre accidents mortels depuis le début des travaux, en 2009. 
«Ce qu'on a ici, c'est inacceptable», a martelé le directeur des communications d'Hydro-Québec, Serge Abergel. «On veut comprendre et améliorer nos pratiques s'il y a lieu pour justement éviter à tout prix que la situation se reproduise». C'est d'ailleurs dans la foulée du décès du travailleur Luc Arpin le 9 décembre qu'Hydro a dit vouloir aller plus loin. 
Le conseil d'administration de la société d'État avait alors mis sur pied un comité spécial, chargé d'évaluer ses mesures de sécurité. Il a rapidement été confirmé que le mandat serait donné à une firme externe. «[ERM] avait l'expérience, la réputation internationale et l'indépendance pour entreprendre ce mandat-là», a fait valoir M. Abergel. 
L'équipe de l'entreprise entamera son analyse dans les prochains jours en s'intéressant particulièrement au chantier de 7,2 milliards $, où toutes les activités de construction seront scrutées. Il n'est pas exclu néanmoins qu'ERM mène des travaux ailleurs «pour élargir le diagnostic». «C'est beaucoup plus large», a précisé le porte-parole. 
Les conclusions de la firme attendues pour le printemps auront des répercussions sur la totalité des activités, promet déjà Hydro-­Québec. «Les pratiques de La Romaine, ce sont les pratiques de l'entreprise en matière de santé et sécurité alors si on en venait à conclure qu'il y a des modifications à faire, ce serait à l'ensemble de l'entreprise, aussi», dit-il. 
Coûts non dévoilés
Il est prévu qu'ERM, qui opère au Québec sous le nom ERM Canada Groupe Conseil, fasse le point «régulièrement» avec le comité spécial. Le conseil d'administration fera aussi connaître tous les mois «l'état d'avancement» de l'analyse. «C'est une priorité pour nous, la santé et sécurité et éclaircir ce qui est arrivé [...] c'est très important pour nous.»
La société d'État n'a pas souhaité révéler combien lui coûtera l'exercice de la révision de ses pratiques de santé et sécurité. Selon M. Abergel, le comité spécial a procédé à «l'évaluation de plusieurs candidatures» pour la réalisation du mandat «qui est très précis et délicat et qui demande une expertise assez élevée». 
Reprise des travaux lundi 
Hydro-Québec reprendra lundi ses travaux d'excavation à La Romaine-4, suspendus depuis la mort de l'opérateur Luc Arpin, sauf sur les lieux précis de l'accident, au portail en amont de la galerie de dérivation. La société d'État y reprendra ses activités que lorsque la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail publiera son rapport d'enquête sur le triste événement. 
«On n'est pas à parler de retards [au chantier] pour l'instant», ajoute M. Abergel. «Notre priorité, c'est de s'assurer d'avoir en place les pratiques les plus sécuritaires.» Hydro-Québec estime qu'il survient sept fois moins d'accidents dans ses chantiers que ceux comparables au pays et qu'elle serait «dans la moyenne» pour les accidents mortels. 
«Même être dans la moyenne, c'est inacceptable. Un, c'est un de trop», appuie le porte-parole. Le décès de Luc Arpin, 51 ans, des Escoumins, a touché tout le Québec avant les Fêtes, le corps étant demeuré prisonnier de la cabine de sa pelle hydraulique, sous les décombres, pendant deux longues semaines. 
Le travailleur de l'entreprise EBC est mort lorsqu'un mur d'une paroi rocheuse s'est effondré sur l'engin qu'il conduisait. Hydro-Québec a dû mettre en oeuvre une délicate et périlleuse opération pour récupérer la dépouille de l'homme.