La juge Sheilah Martin a fait son entrée dans une grande salle de l’édifice Sir John A. Macdonald sous les applaudissements de la salle, dans laquelle se trouvaient notamment des membres de sa famille, mardi, au parlement d'Ottawa.

La juge de la Cour suprême Sheilah Martin semble avoir passé le test

OTTAWA — La juge choisie par Justin Trudeau pour siéger à la Cour suprême du Canada (CSC) semble avoir convaincu les parlementaires de ses compétences de juriste, de son bilinguisme et de sa capacité d’écoute - le tout en faisant étalage de son sens de l’humour et de sa répartie.

La magistrate de l’Alberta, Sheilah Martin, a passé deux heures et demie à répondre aux questions des sénateurs et des députés, mardi, dans une grande salle de l’édifice Sir John A. Macdonald, d’où elle est entrée et sortie ovationnée.

Celle qui est née à Montréal et a fait ses études de droit à l’Université McGill a commencé son discours en français, langue qu’elle parle avec un petit accent anglais, et dont la maîtrise est à son avis essentielle pour quiconque aspire à siéger au plus haut tribunal au pays.

«Les plaideurs francophones, les avocats qui rédigent les mémoires en français, moi, je dois (leur) accorder le respect de le lire et de comprendre - et bien comprendre - les subtilités en français», a-t-elle offert en réponse à une question du sénateur Claude Carignan.

Lorsqu’est venu son tour au micro, le bloquiste Rhéal Fortin a tenté de lancer la juge sur un terrain glissant en lui demandant de préciser dans quelles «circonstances et conditions (...) une législature provinciale devrait ou pourrait» invoquer la disposition de dérogation.

La magistrate n’a évidemment pas mordu. Tout au plus a-t-elle offert que l’article 33 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui permet à une province de se soustraire à un jugement, prouvait que «le législateur, dans tout cas, peut avoir le dernier mot».

La juge Martin a par ailleurs assuré, en réponse à la question de la sénatrice québécoise Renée Dupuis, qu’elle possédait une connaissance pointue du droit civil, et ce, même si elle n’a pas eu l’occasion de le pratiquer comme avocate au Québec.

Et celle dont la nomination a déçu des groupes autochtones qui espéraient voir un des leurs s’installer enfin dans un siège de la CSC a mentionné, dans son discours de présentation, à quel point elle était sensible aux enjeux autochtones.

Ambiance décontractée

La séance s’est déroulée dans une ambiance que la juge a semblé vouloir décontractée. Elle a balancé quelques blagues qui ont fait rire l’assistance, notamment lorsqu’elle a été invitée à dire comment elle voudrait que l’on se souvienne d’elle après 15 ans à la CSC.

«Eh bien, j’espérerais que les gens disent que j’ai écouté attentivement, que j’étais une penseuse profonde, et que j’avais de très beaux cheveux», a lâché la magistrate âgée de 60 ans, une mère de sept enfants qui s’est autoproclamée experte du «multitâches».

L’animateur de la rencontre, François Larocque, doyen intérimaire de la section de common law à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, avait prévenu dès le départ que la juge ne pourrait répondre à des questions sur des enjeux susceptibles de se retrouver devant la CSC.

Certains ont néanmoins tenté le coup. Parmi eux, le député conservateur Rob Nicholson a sollicité son avis au sujet du projet de loi déposé par l’ancienne chef intérimaire conservatrice, Rona Ambrose, qui obligerait les juges à suivre une formation sur les agressions sexuelles.

La magistrate lui a servi une réponse d’ordre général : «Je ne peux évidemment me prononcer sur le projet de loi en tant que tel. Mais j’ai été professeure de droit. J’ai rarement entendu un bon argument en faveur de moins de formation.»

À l’issue de cette séance où une foule d’autres sujets ont été abordés, la ministre fédérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, rayonnait. Elle a dit avoir hâte de confirmer au premier ministre qu’il avait misé sur la bonne personne.

«Elle a été extraordinaire. Je pense qu’elle a su démontrer tout ce qu’elle a appris en 30 ans de carrière en droit. (...) Je suis incroyablement satisfaite», s’est-elle réjouie en mêlée de presse, vantant au passage les qualités de vulgarisatrice de la juge.

Aux Autochtones déçus d’avoir vu une autre occasion historique leur échapper, la ministre d’origine autochtone a réitéré ce que l’ancienne première ministre Kim Campbell, présidente du comité de sélection, avait affirmé la veille en comité parlementaire.

«Il y aura un juge autochtone à la Cour suprême du Canada. Et j’espère voir cela se produire le plus rapidement possible», a-t-elle tranché.

La juge Sheilah Martin a été sélectionnée à l’issue d’un processus mené par un comité consultatif indépendant chapeauté par Kim Campbell. Elle a été préférée à 13 autres candidats, dont six femmes.

Avec cette désignation, le banc de neuf membres demeurera complet après la retraite de la juge en chef Beverley McLachlin. La magistrate britanno-colombienne accrochera sa toge après 28 années à la Cour suprême du Canada, dont près de 18 ans aux commandes.