Mohamed Doudou-Traoré

La défense «invraisemblable» d'un infirmier agresseur

Pas une, pas deux, mais neuf fois, le juge René De La Sablonnière a qualifié d' «invraisemblable» la défense de Mohamed Doudou Traoré.
L'infirmier de 35 ans, employé de l'hôpital de l'Enfant-Jésus, a été déclaré coupable de deux agressions sexuelles, dont une ayant causé des lésions corporelles car la victime a contracté la chlamydia.
Lorsqu'il a entendu le mot «coupable», l'homme vêtu d'un complet sombre et d'une chemise lilas a brièvement déposé son visage dans ses mains, visiblement ébranlé.
Une plaignante et ses proches ont éclaté en sanglots. Les sourires de soulagement ont rapidement pris toute la place sur leurs visages.
Le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé a donc su faire la preuve qu'à deux occasions distinctes, en février et à nouveau en mars 2011, Traoré a glissé de la kétamine, un anesthésiant, dans le verre d'alcool de deux jeunes femmes âgées de 20 ans. Il a ensuite eu une relation sexuelle avec chacune d'elles, sans qu'elles soient consentantes.
Après avoir échoué à obtenir un arrêt des procédures pour délais déraisonnables, l'infirmier a subi son procès durant cinq jours en avril.
Les plaignantes ont raconté avoir ressenti de forts étourdissements et avoir eu le sentiment d'être à l'extérieur de leur propre corps. Elles gardent des «flashs» de la relation sexuelle.
La défense prétendait que les plaignantes, des collègues de travail, avaient porté de fausses plaintes par dépit amoureux, pour l'une, et pour reconquérir l'amitié de sa copine, pour l'autre. L'avocate de l'infirmier a utilisé l'expression «aura de manigances» pour décrire l'ambiance régnant autour de son client.
Invraisemblable piqûre
À neuf occasions dans son analyse qui tient sur sept pages - dans un jugement qui en compte 37 -, le juge René De La Sablonnière de la Cour du Québec qualifie la thèse de la défense d'invraisemblable. 
Notamment sur l'aspect du complot entre les plaignantes. «Il est irréaliste qu'une amitié qui se forme sur les lieux d'un travail et qui dure environ un an incite une plaignante à déposer une fausse plainte, à commettre un parjure en cour pour tenter de reconquérir une amitié aussi nouvelle qu'éphémère», tranche le juge De La Sablonnière.
Encore plus sur l'explication donnée pour une lésion sur le gland du pénis de l'accusé; il ne s'agissait pas, selon Traoré, d'une maladie vénérienne, mais de la simple piqûre d'un insecte baveur. «Ça laisse sceptique pour ne pas dire que c'est invraisemblable, affirme le juge De La Sablonnière. Une seule piqûre sur le gland et aucune autre sur le corps!»
Sobriété et sincérité
Le juge a eu l'occasion d'entendre l'accusé témoigner longuement durant le procès. Il ne l'a pas crû. «Tout le témoignage de l'accusé dénote qu'il compose avec la vérité», a estimé le juge.
Au contraire, écrit le juge, les témoignages des plaignantes «dégagent de la sobriété, de l'aplomb et de la sincérité».
La Couronne avait en main une preuve toxicologique qui montrait la présence de kétamine, un anesthésiant, dans les cheveux d'une des plaignantes.
Le procureur de la Couronne a aussi fait témoigner une troisième jeune femme. Cette dernière n'a pas subi d'attouchements, mais a entendu parler de «black-out» subis par des jeunes femmes ayant fréquenté l'infirmier.
Mohamed Doudou Traoré reviendra à la cour le 7 juillet pour l'étape des représentations sur la peine. D'ici là, son passeport sera déposé en greffe et il devra respecter toutes ses conditions de remise en liberté.
L'infirmier, père de deux enfants, est toujours employé à l'hôpital de l'Enfant-Jésus et inscrit au tableau de l'Ordre.