Une juge d'instruction espagnole a ordonné lundi l'incarcération d'un informaticien russe recherché par les États-Unis pour un piratage informatique de grande ampleur.

Jeune pirate informatique condamné au bénévolat

Ordinateur portable, iPod, iPad, téléphone cellulaire; Charles (prénom fictif) avait le nez collé à un écran en permanence. Mais contrairement à l'ado moyen, il ne se contentait pas de clavarder. Il préférait pirater des systèmes informatiques, comme celui de la Sûreté du Québec.
Les cheveux courts ébouriffés, le teint pâle, le regard triste. L'enfance n'est pas très loin sur les traits de l'adolescent de 17 ans.
Un jeune as de l'informatique aux capacités intellectuelles au-dessus de la moyenne, souligne le rapport préparé pour la Cour. Dommage que le jugement ne vienne pas toujours avec l'intelligence, souligne, cinglant, le juge Jean Lebel de la Chambre de la jeunesse. 
Charles a plaidé coupable à une douzaine de cybercrimes commis entre janvier et octobre 2015, alors qu'il avait 15 ans. Les policiers ont toutefois trouvé dans son ordinateur des preuves que sa «carrière» de pirate informatique a commencé bien avant.
Avant de partir pour l'école et dès qu'il rentrait chez lui, Charles s'installait devant son écran. Ses parents déploraient le fait qu'il se retire ainsi, qu'il se mette à l'écart de la famille. Mais ils n'auraient jamais pu deviner qu'un bataillon de policiers allait bientôt débarquer chez eux, à la recherche d'un cybercriminel d'envergure.
L'adolescent s'était procuré plusieurs outils de piratage qui lui permettaient, notamment, de contrôler des ordinateurs à distance. À plus d'une centaine de reprises, il s'est ainsi introduit dans des ordinateurs d'organisations ou d'individus pour prendre des photos avec la webcam, faire des captures d'écran ou tout simplement se promener parmi les photos privées.
Il a été capable de récupérer l'identité et le mot de passe de pas moins de 4000 personnes. Dans un cas, Charles a eu accès à un compte PayPal, sans dérober d'argent. Il a obtenu les données personnelles, y compris les numéros de carte de crédit avec leur date d'expiration pour 52 personnes. «Ça aurait vraiment pu être utilisé à mauvais escient», insiste le procureur de la Couronne, Me Christian Trudel.
L'adolescent a plaidé coupable à du trafic de renseignements; les policiers savent qu'à certaines occasions, il travaillait avec d'autres pirates et leur a communiqué des données.
Charles a causé beaucoup de maux de tête aux informaticiens en s'introduisant dans le système informatique de la Sûreté du Québec et en le ralentissant au point de le rendre inutilisable durant plusieurs heures. Il a fait la même chose avec le système informatique d'une commission scolaire.
Vers la réhabilitation
Depuis qu'il a été privé de son ordinateur en octobre 2015, Charles a dû sortir de son univers virtuel et redécouvrir des loisirs, des amis. Il est sur le chemin de la réhabilitation et a des regrets sincères, estiment les spécialistes qui l'ont rencontré. C'est ce qui fait que les parties ont suggéré au juge une peine consistant en une probation d'un an avec des heures de travaux communautaires.
Le juge Jean Lebel a toutefois doublé le nombre d'heures de travaux suggéré, pour atteindre le maximum, soit 240 heures. «Vous vous sentiez puissant, vous vous sentiez fier, constate le magistrat. Mais vous avez causé des dommages importants pour la société.»
Pendant sa probation d'un an, Charles n'aura plus le droit de toucher à un ordinateur ou à un appareil donnant accès à Internet sauf à des fins scolaires et sous supervision.