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Le drame est survenu le 16 février 2019 à Québec.
Le drame est survenu le 16 février 2019 à Québec.

Jeune déficient intellectuel coupable du meurtre de sa mère

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
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Un jeune homme atteint d’une déficience intellectuelle légère est déclaré coupable du meurtre non prémédité de sa mère, qu’il a poignardée à de nombreuses reprises lors d’une violente crise en février 2019, dans un logement de Limoilou.

La juge Fannie Côtes de la Cour du Québec rejette la défense de non-responsabilité pour cause de troubles mentaux présentée par l’accusé et considère que la poursuite a démontré les éléments essentiels de l’infraction.

Au moment précis de l’agression armée, le jeune homme était en mesure de juger de la nature et de la qualité de ses actes, retient la juge de la chambre de la Jeunesse, au terme d’une longue analyse. « L’accusé a agi délibérément, avec force et acharnement », insiste la juge Côtes.

Le 16 février 2019, Lisa* va chercher son garçon Jérémie*, 17 ans et cinq mois, à la résidence à assistance continue de Saint-Romuald où le garçon vit depuis l’âge de 9 ans. Jérémie a plusieurs diagnostics, notamment une déficience intellectuelle légère et le trouble du spectre de l'autisme.

Une fin de semaine sur deux, la mère de 49 ans et son fils passent du temps ensemble au logement de Limoilou. Ce jour-là, le conjoint de Lisa est absent. Le père de Jérémie est décédé d'un infarctus quelques années plus tôt.

Après avoir acheté un Ipod à Jérémie, la mère et le fils passent un souper et une soirée paisible.

Voyant que Jérémie va bloquer l’appareil avec des manipulations hasardeuses, Lisa lui prend le Ipod des mains.

L’adolescent se fâche et commence à frapper sa mère avec ses poings. Les coups sont si violents que la prothèse dentaire de Lisa se casse et des mèches de ses cheveux sont arrachées.

Jérémie menace sa mère de la tuer et va chercher un couteau dans la cuisine. Il commence à poignarder sa mère. Il lui infligera 14 coups, dont certains au cou.

Lisa réussit à marcher jusqu’à la porte d’entrée du logement, l’ouvre et crie à ses voisins d’appeler la police.

Une voisine voit Lisa étendue sur le dos, avec Jérémie à califourchon sur elle. Elle appelle aussitôt le 9-1-1.

Jérémie se réfugie dans un logement voisin et fuira les policiers en passant par une galerie extérieure. Il sera finalement arrêté dans la salle de bain du logement de sa mère. Le jeune homme était alors en train de parler au téléphone à son éducatrice spécialisée en lui demandant de venir le chercher parce qu’il venait de tuer sa mère.

Conscient des conséquences

Selon l’article 16 (1) du Code criminel, la responsabilité criminelle d’une personne n’est pas engagée à l’égard d’un acte ou d’une omission de sa part survenu alors qu’elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l’acte ou de l’omission, ou de savoir que l’acte ou l’omission était mauvais.

C’est le fardeau de la défense de démontrer la non-responsabilité criminelle de l’accusé. Dans le cas de Jérémie, sa déficience intellectuelle légère entre dans la définition juridique du trouble mental. 

Jérémie admet aux policiers qu’il savait que tuer quelqu’un est mal. La juge Fannie Côtes de la Cour du Québec voit aussi plusieurs preuves que Jérémie savait commettre un geste moralement répréhensible. Après son crime, Jérémie verrouille les portes, fuit les policiers, s’excuse d’avoir fait mal à sa mère et s’attend à être réprimandé. 

L’expert psychiatre de la défense estimait que Jérémie ne mesurait pas la gravité de ses gestes en raison de sa déficience intellectuelle et d’un âge mental qu’il situait autour de 10 ans.

La juge Fannie Côtes évalue au contraire que l’accusé était en mesure d’apprécier, selon ses connaissances et ses acquis quant au concept de la mort, qu’en portant autant de coups de couteau à des endroits bien précis, sa mère pouvait en mourir. « Le Tribunal considère que l’accusé était conscient des conséquences de ses gestes, mais qu’il ne s’en souciait pas.»

La juge est d’accord avec l’expert psychiatre de la Couronne, qui voyait une certaine capacité d’analyse et de raisonnement chez l’accusé. Jérémie a dit notamment avoir poignardé sa mère pour qu’elle arrête de crier.

Accompagnée de certains proches, la grand-mère de Jérémie a assisté à tout le procès de celui qui lui a enlevé brutalement sa fille.

«Ce sont des personnes qui sont déchirées entre le petit-fils qu’elles aiment et le petit-fils qui a commis un geste irréparable, résume le procureur de la Couronne Me Hugo Breton. Ils souhaitent la mesure la plus adéquate pour le petit-fils tout en se rappelant qu’on doit assurer la protection durable du public."

Une amie d’enfance de la victime, présente au palais de justice mercredi, était soulagée par le verdict de culpabilité. Elle considère que la place de Jérémie n’est pas au pénitencier, mais dans un endroit où il pourra recevoir des soins psychiatriques. 

Peine pour adulte… ou pas

Le débat sur la peine à imposer à Jérémie se tiendra dans quelques mois.

Durant l’intervalle, le jeune homme demeure incarcéré à l’institut Louis-Philippe-Pinel de Montréal.

Un rapport psychiatrique sur la dangerosité de Jérémie sera réalisé au cours des prochaines semaines. Avec ce document en main, le procureur de la Couronne Me Hugo Breton décidera s’il compte réclamer au tribunal l’assujettissement de l’accusé à une peine pour adulte.

"C'est la gravité du crime qui fait en sorte qu'on pourrait demander une peine aux adultes, explique Me Breton. Ce qui va être important, c'est de vérifier avec les différents diagnostics de quelle façon le risque de récidive peut être assumable en société."

Dans le système de justice pénale pour adolescent, la peine maximale pour un meurtre au second degré est de sept ans de mise sous garde dans un centre jeunesse. Chez les adultes, un accusé coupable de meurtre au second degré est automatiquement condamné à la prison à perpétuité. Le juge se charge ensuite de déterminer après quelle période le détenu peut faire une demande de libération conditionnelle, mais il devra obligatoirement être incarcéré durant sept ans. 

* Prénoms fictifs. L’identité de l’accusé est protégée par la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents.