Le drame est survenu le 16 février 2019 à Québec.
Le drame est survenu le 16 février 2019 à Québec.

Jeune autiste accusé du meurtre de sa mère: jugement déficitaire ou mauvais comportements?

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Jérémy*, 17 ans, ne peut pas être tenu criminellement responsable du meurtre de sa mère en raison de son niveau cognitif semblable à celui d’un enfant de neuf ans, évalue le psychiatre de la défense. Jérémy n’avait aucune maladie mentale au moment de l’homicide, mais plutôt un très mauvais comportement, rétorque le psychiatre de la Couronne, qui écarte la défense de non-responsabilité.

Les parties ont attaqué le coeur du débat mardi, au procès de l’adolescent accusé du meurtre au second degré de sa mère. Les deux experts psychiatres qui ont témoigné s’entendent sur beaucoup de choses concernant Jérémy, mais en arrivent à des conclusions opposées.

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À la demande de la défense, le pédopsychiatre Dr Frédéric Charland du CIUSSS de la Capitale-Nationale a rencontré Jérémy à une dizaine de reprises après son arrestation, le 16 février 2019.

Frustré de s’être fait enlever son iPod, l’adolescent a tué sa mère en la poignardant à plusieurs reprises dans le logement de la rue de la Concorde, dans Limoilou.

Outre l’autisme et une déficience intellectuelle de légère à modérée, Jérémy a plusieurs diagnostics, dont un TDAH, un trouble du langage sévère, un trouble de conduite sévère et un trouble d’opposition. Le garçon est suivi en psychiatrie depuis l’âge de 7 ans et il vivait depuis plusieurs années dans une résidence à assistance continue. Sa mère le visitait chaque semaine et le ramenait à la maison aux deux semaines. Le père de Jérémy est décédé d’une crise cardiaque il y a quelques années.

Dans son évaluation, le Dr Charland n’a pas vu de symptômes psychotiques chez son jeune patient.

Le psychiatre a demandé à son collègue neuropsychologue de faire une évaluation cognitive de Jérémy.

Les tests ont confirmé une déficience intellectuelle légère à la limite du modéré, ce qui explique les difficultés de fonctionnement au long cours de Jérémy, témoigne le Dr Charland.

Le niveau cognitif de Jérémy a amené le psychiatre à se questionner sur la capacité de l’adolescent d’assumer une pleine responsabilité pénale. «Son jugement est franchement déficitaire, estime le Dr Charland. Même s’il sait que le geste est mauvais, il ne semble pas en prendre la pleine mesure et en comprendre toute la portée et la gravité. Étant donné son niveau intellectuel, sa compréhension pourrait s’assimiler à celle d’un enfant prépubère qui sait que le geste qu’il a posé est méchant, mais sans en comprendre l’ensemble des conséquences.» Pour cette raison, la défense de non-responsabilité criminelle peut s’appliquer si la Cour en décide ainsi, conclut le DCharland.

Mauvais comportements

Le psychiatre Dr Louis Morissette a eu l’occasion de rencontrer Jérémy à plusieurs reprises et de le voir évoluer dans l’unité où il est hospitalisé à l’Institut Louis-Philippe-Pinel de Montréal depuis mai 2019.

Le psychiatre est d’avis que la violence extrême dont Jérémy a fait preuve envers sa mère n’a rien à voir avec sa déficience intellectuelle, qu’il qualifie de légère, ou avec ses traits autistiques, mais plutôt avec des mauvaises habitudes comportementales que l’adolescent traîne depuis des années.

«Il a développé la notion que s’il crie assez, s’il frappe assez, il va obtenir ce qu’il veut, résume le Dr Morissette. Ça a marché trop souvent.»

Frustré, Jérémy a été capable d’analyser la situation, fait remarquer le psychiatre. Le garçon a compris que son beau-père étant absent, il pourrait frapper sa mère sans risquer de se faire maîtriser. «Et il n’a pas été impulsif, ajoute le psychiatre. Il a été capable d’attendre que sa mère se retourne, fasse d’autres choses et là, il est passé à l’acte.»

Malgré ses limitations, les propos de l’adolescent poussent le psychiatre à conclure qu’il a une capacité de jugement suffisante pour évaluer la nature et la qualité de l’acte qu’il posait. «Le geste a été posé dans le but clair d’empêcher sa mère d’appeler la police, ce qui lui aurait causé des problèmes», résume le Dr Morissette. 

Jérémy a verbalisé à quelques reprises qu’il craignait d’être envoyé en prison. «Il est conscient de la gravité de ce qui vient de se passer et qu’il aura une punition», fait remarquer le DMorissette.

Selon l’article 16(1) du Code criminel canadien, la responsabilité criminelle d’une personne n’est pas engagée à l’égard d’un acte ou d’une omission de sa part survenu alors qu’elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient incapable de juger de la nature et de la qualité de l’acte ou de l’omission, ou de savoir que l’acte ou l’omission était mauvais.

Le  procureur de la Couronne MHugo Breton et l’avocat de Jérémy, Me Pascal Defoy, feront leurs plaidoiries la semaine prochaine. La juge Fannie Côtes de la Cour du Québec a indiqué qu’elle rendrait sa décision en février.

Prénom fictif. L’identité de l’adolescent est protégée par la Loi sur le système de justice pénale pour  les adolescents.