Pendant l'interrogatoire, Jean-François Roy s'est placé derrière l'enquêteur Sylvain Jean afin de lui montrer comment il a présumément attaqué Hygin Veilleux, le 7 novembre 2014.

Jean-François Roy montre comment il a tué Hygin Veilleux

Jean-François Roy se place derrière l'enquêteur Sylvain Jean, comme s'il était encore dans la voiture taxi d'Hygin Veilleux. Méthodiquement, il reproduit chaque coup de couteau. Puis, il montre comment il a étouffé le septuagénaire.
Les jurés au procès de Jean-François Roy ont vite compris que le jeune homme de Saint-Georges de Beauce ne s'est pas contenté d'avouer son crime; il en a aussi fait la démonstration.
Roy reste très calme et docile tout au long des trois heures de l'interrogatoire policier, au petit matin du 10 novembre 2014, trois jours après la mort d'Hygin Veilleux.
L'homme âgé de 31 ans répond à chaque question sans rechigner, avec des mots précis.
Quelques heures plus tôt, Roy a annoncé aux policiers qu'il avait tué le chauffeur de taxi. Maintenant, il attend poliment que l'enquêteur Sylvain Jean ait terminé ses questions de routine pour déballer tout son sac.
Un test d'initiation
Trois semaines avant le crime, Jean-François Roy a décroché, et aussitôt renoncé à un emploi de cuisinier dans un restaurant. «Je n'étais pas capable.»
Les idées suicidaires qui, dit-il, le hantent quotidiennement depuis son adolescence, envahissent sa tête. Il tente de s'enlever la vie. «Ça n'a pas marché ça non plus», souligne-t-il d'un ton désespéré.
Quelques jours après sa sortie de l'hôpital psychiatrique, Jean-François Roy a un «flash» et imagine un test d'initiation personnel.
Le jeune homme a déjà commis une trentaine de vols de nourriture à l'épicerie sans se faire prendre. Il a aussi fait des vols d'essence et une fraude bancaire. 
Il ne s'explique pas, dit-il, cette délinquance. «C'est comme une déconnection, explique-t-il. Je suis pleinement conscient, mais je ne le contrôle pas.»
Roy se sent maintenant prêt à hausser la barre de la criminalité.
«Ça passe ou ça casse, illustre Jean-François Roy. Si ça passait (sans se faire prendre), je faisais une vie de crime parce que c'est le signe que la vie m'envoyait. Si ça ne passait pas, j'allais me pendre.»
Une corde était déjà attachée au plafond de sa salle de bain.
Roy commence à préparer son sac en y plaçant des vêtements et son couteau orné d'une tête et de serres d'aigle. 
Au matin du 7 novembre 2014, il appelle un taxi à partir d'une cabine téléphonique. 
À sa demande, Hygin Veilleux, 73 ans, le conduit près d'une quincaillerie. À quelques mètres de la voiture taxi, trois travailleurs s'affairent sur un chantier de construction.
C'est à ce moment que Roy attaque Hygin Veilleux violemment. L'agresseur vise directement le coeur et les poumons, mais les coups de couteau ne suffisent pas. «Il se vidait de son sang, mais il tenait, raconte Jean-François Roy. Je ne voulais pas qu'il souffre non plus. J'ai mis la main sur sa bouche jusqu'à ce qu'il meurt.»
Une fois sa victime décédée, il a pris la place du chauffeur et est parti pour Beauceville voir son vendeur de marijuana.
C'est cette visite qui mènera les policiers sur la piste de Jean-François Roy.
Roy affirme n'avoir ressenti aucune émotion en attaquant le chauffeur de taxi. «Ni avant, ni pendant, ni après.» 
Trois jours plus tard, il confie se sentir «plus que cheap». «Si ça avait passé, j'aurais réussi à vivre avec, mais bien franchement, ça aurait été le travail de toute une vie.»
À l'automne 2014, Jean-François Roy vit de l'aide sociale. Il habite seul dans un petit logement. Il est le père d'un petit garçon et le beau-père d'un autre.
Chaque jour, il fait ses 300 «push-ups». Il marche parfois jusqu'à 10 kilomètres, notamment pour aller acheter son «pot». Ces temps-ci, il prend au moins trois grammes de marijuana par jour.
Roy affirmera lors de l'interrogatoire qu'il était sobre au moment du crime.
Impardonnable
Avant d'amener son suspect au palais de justice, l'enquêteur Sylvain Jean demande à Jean-François Roy s'il a quelque chose à dire à Serge Veilleux, le fils de la victime. «Je suis tellement désolé, ce n'était rien de personnel», répond spontanément le jeune homme.
Puis, il se rembrunit. «Non, j'ai rien à dire, parce qu'il n'y a pas de mot à dire. Il n'y a pas d'excuse. C'est impardonnable.»
Le procès se poursuivra lundi.