Le sous-ministre associé au territoire et à la sécurité civile, Stéphane Lafaut (à gauche), a reçu les médias au bureau de coordination en sécurité civile du ministère des Transports, mardi matin.

Inondations: les leçons de l'autoroute 13

Les inondations historiques que vit le Québec plongent le ministère des Transports dans une autre situation d'urgence, pour laquelle il tente d'éviter les erreurs commises lors du cafouillage de l'autoroute 13.
C'était la visite du bureau de coordination en sécurité civile du ministère des Transports, mardi matin. Du 27e étage du Delta à Québec, une dizaine de personnes coordonnent le travail des 700 employés du ministère répartis dans les directions régionales touchées par les inondations.
Stéphane Lafaut est sous-ministre associé au territoire et à la sécurité civile. Il a succédé à l'ingénieure Anne-Marie Leclerc, démise de son poste «pour avoir manqué à ses responsabilités d'assurer le déneigement des routes et la sécurité des usagers du réseau routier» lors de la tempête du 14 mars. Des centaines d'automobilistes avaient passé la nuit coincés dans leur véhicule sur l'autoroute 13 à Montréal, sans être secourus. Les inondations, c'est en quelque sorte son premier test. 
«La clé, c'est le passage de l'information. La communication est essentielle, lance l'ancien militaire. Pour savoir qu'est-ce qui se passe, on doit avoir les bonnes informations au moment opportun pour prendre les décisions qui s'imposent. Les bonnes personnes doivent être informées pour avoir un niveau adéquat d'encadrement sur le terrain», ajoute celui qui était jusqu'en 2016 patron de la 2e division du Canada.
Sans vouloir présumer des conclusions du rapport commandé sur l'opération du 14 mars, il avance le «manque de communication» comme un des éléments qui ont mené au cafouillage. 
Pour éviter pareille situation de crise, des conférences téléphoniques de coordination se tiennent deux fois par jour. Aussi, un bilan est dressé chaque matin au ministre des Transports, Laurent Lessard. Celui-ci avait été vivement critiqué le 15 mars parce qu'il ne semblait pas au fait de ce qui s'était passé la veille sur l'autoroute 13. Enfin, M. Lafaut a nommé un directeur général de la sécurité civile et de la veille opérationnelle pour élever le nouveau de surveillance. 
Malgré tout, le ministère prête encore flanc aux critiques. Le sous-ministre a répondu aux révélations de La Presse mardi matin, voulant qu'une succession d'erreurs soient à l'origine de la fermeture de l'autoroute 50, dimanche, à Gatineau. Selon ces informations, le ministère aurait fait fi des conseils des ingénieurs de l'Armée arrivés sur place et que l'ouvrage de rehaussement érigé pour maintenir le lien était insuffisant.
«On ne veut pas présumer de ce que les militaires ont dit samedi, prévient le sous-ministre. On pensait que le rehaussement de la route de 12 à 15 pouces serait correct. Je ne pense pas qu'il y avait beaucoup de gens qui auraient pu prévoir cette montée des eaux dans la nuit de samedi à dimanche», se défend-il, qualifiant la situation comme n'étant pas "nécessairement évitable".
Défis dans l'Est
Le principal défi est de garder le réseau routier ouvert tout en préservant la sécurité des usagers. Ça devient difficile, surtout dans l'est de la province où s'est déplacé le patron météo de pluie intense. Un homme et un enfant sont d'ailleurs disparus dimanche à la suite de la crue la rivière Sainte-Anne alors qu'ils circulait sur une route secondaire.
Pour sa part, le ministère des Transports a dû fermer le pont qui enjambe la 132 à New Richmond (lire l'encadré). Les eaux de la Cascapédia ont endommagé un pilier de la structure, le rendant instable. Une situation qui résulte d'un rigoureux hiver. «On a eu un hiver très difficile. Le plus difficile depuis 2007-2008. On avait des défis majeurs à maintenir le réseau ouvert. À la fonte des neiges, il y a eu des glissements de terrain comme celui survenu à Donnacona. Les ponceaux sont sous fortes pressions», conclut-il.
Pont fermé pour des mois en Gaspésie
Le pont enjambant la rivière Grande-Cascapédia, à l'ouest de New Richmond, est à ce point endommagé qu'une pile et deux travées pourraient s'écrouler. 
La situation retardera pour des jours, voire des semaines, l'évaluation de son état. Le pont a été fermé lundi parce que l'assise de l'une de ses huit piles a été minée par le fort courant de la rivière, courant ayant causé un autre mouvement mardi. 
L'ingénieur en structures Victor Bérubé, de Transports Québec, juge que la possibilité que tout le pont s'écroule est «faible, presque nulle», parce que les travées sont autonomes. 
Le directeur de ce ministère pour la Gaspésie, Yves Berger, concède que les réparations prendront des mois. Il ne prédit pas d'échéancier ou de facture de réparations, et il assure que la réduction des budgets routiers d'environ 65 % de 2011 à 2017 n'a pas eu d'effet sur l'entretien. 
Des travaux étaient prévus sur ce pont en 2018. 
Gilles Gagné (collaboration spéciale)