Le 9 août dernier, Frej Haj Messaoud aurait aspergé d’essence et brûlé sa conjointe en pleine rue, dans le quartier Saint-Sauveur.
Le 9 août dernier, Frej Haj Messaoud aurait aspergé d’essence et brûlé sa conjointe en pleine rue, dans le quartier Saint-Sauveur.

Immolation en pleine rue: désaccord sur le témoignage de la plaignante

Le chauffeur de taxi Frej Haj Messaoud, accusé d’avoir voulu tuer sa conjointe en l’immolant par le feu, tient à ce que son avocat puisse contre-interroger la plaignante lors de l’enquête préliminaire. Pas question de se contenter d’une déclaration audio, dit-il.

Le 9 août 2019, en pleine rue Arago Ouest dans le quartier Saint-Sauveur, la jeune mère de famille de 27 ans aurait d’abord été aspergée d’essence par l’accusé. Ce dernier aurait ensuite mis le feu sur elle avant de fuir. Les jeunes enfants du couple et la mère de la victime ont été témoins de l’événement. Un voisin a secouru la jeune femme, gravement brûlée sur une partie importante de son corps.

Après son arrestation, Frej Haj Messaoud, un homme de 40 ans d’origine tunisienne, s’est fait refuser sa remise en liberté durant les procédures.

«Contre-interroger Madame»

Le dossier revenait à la cour lundi pour une conférence de gestion. L’avocat de Messaoud, Me François Cauchon, a d’abord annoncé au tribunal que son client choisissait d’avoir un procès devant un juge et un jury sans passer par l’enquête préliminaire, l’étape au cours de laquelle la Couronne étale sa preuve de façon sommaire. L’avocat de défense disait ne voir aucun avantage pour son client à subir cette étape.

Mais devant le froncement de sourcils de l’accusé, présent par le truchement de la visioconférence, MCauchon est retourné parler à son client, détenu au centre de détention de Québec.

Frej Haj Messaoud a finalement demandé la tenue d’une enquête préliminaire. Il veut absolument que son avocat puisse contre-interroger la plaignante afin d’éclaircir le contexte du drame.

«Vous voulez évaluer sa crédibilité (à la plaignante?)» a demandé la juge Marie-Claude Gilbert de la Cour du Québec.

«Je veux vérifier sa version des faits, répond Me François Cauchon. Le point important, c’est de pouvoir contre-interroger madame.»

La défense ne conteste pas la trame factuelle de l’événement. «Madame a été brûlée au dos, ça, c’est admis», indique Me François Cauchon. Le débat se fera essentiellement sur l’intention qu’aurait eue l’accusé de tuer sa conjointe. 

La procureure de la Couronne Me Sabrina Lambert-Michel ne souhaite pas assigner la plaignante comme témoin avant le procès. «Madame reçoit encore des soins à tous les jours et est dans un état de santé précaire», indique Me Lambert-Michel. 

La Couronne ne voit pas pertinence de faire venir la plaignante à cette étape quand sera déposée à la cour sa déclaration audio aux policiers faite à l’hôpital, dans les jours qui ont suivi l’agression.  

Aucune amélioration de l’état de santé de la victime ne serait prévisible dans un avenir rapproché, a ajouté la procureure de la Couronne.

La juge Gilbert a pris la décision sur le témoignage en délibéré.

Outre le témoignage de la plaignante, la Couronne déposera aussi une déclaration vidéo de l’enfant du couple, témoin de l’événement.