Pour les assureurs, les délits de fuite représentent une grande partie de leurs réclamations.

Hausse marquée des délits de fuite à Québec

Les conducteurs de Québec prennent-ils de moins en moins leurs responsabilités? C'est du moins ce que laissent voir des données du Bureau d'assurance du Canada alors que le nombre de réclamations pour des accidents avec délit de fuite a grimpé de près de 13 % dans la région depuis 2011, a constaté Le Soleil.
En 2011, 3722 délits de fuite avaient été rapportés aux assureurs dans la communauté urbaine de Québec, comparativement à 4266 en 2015. Au total, ce sont plus de 19 500 méfaits de ce genre qui ont été enregistrés au cours des cinq dernières années sur le territoire. Cela représente une moyenne de 11 conducteurs par jour qui quittent volontairement ou involontairement le lieu d'une collision.
Face à l'importante demande pour les délits de fuite, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a choisi de revoir sa façon de procéder, tout en respectant les standards exigés par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ).
Depuis juin 2015, lorsqu'il y a un délit de fuite, les patrouilleurs ne remplissent plus systématiquement un rapport d'accident et ne sont plus forcés de se déplacer sur les lieux. Seulement un numéro d'appel (carte d'appel au 9-1-1) est fourni aux assureurs. Un moyen - qui est également utilisé dans d'autres villes - visant à économiser du temps et de l'argent.
«Lorsqu'il n'y a pas de blessé, pas de témoin, pas de suspect, pas de moyen d'enquête et que les dommages sur le véhicule sont évalués à moins de 2000 $, nous ne faisons plus de rapport», confirme au Soleil la porte-parole du SPVQ, Nancy Roussel, ajoutant que cela représente la «majorité» des délits de fuite enregistrés. «La SAAQ ne le requiert pas. Avant, on écrivait les rapports systématiquement», poursuit-elle.
Mme Roussel stipule que l'objectif principal de cette nouvelle mesure est de permettre aux patrouilleurs d'oeuvrer à d'autres tâches.
«C'était énormément de temps. Le temps récupéré permet maintenant aux policiers de se concentrer sur d'autres dossiers, pour d'autres personnes où il faut enquêter. [...] Au niveau du service de police, on s'est assuré que le citoyen avait quand même son dédommagement avec son bureau d'assurances», assure-t-elle.
Et quant à la possibilité de voir les réclamations pour des délits fuite grimper au cours des prochaines années en raison de la nouvelle politique du SPVQ, qui n'exige plus une rencontre avec des policiers, Mme Roussel se montre prudente dans sa réponse. Elle souligne que bien avant la nouvelle mesure, des gens «rapportaient déjà à la police des délits de fuite qui n'étaient pas réels».
Du côté de la compagnie d'assurance La Capitale Assurance et services financiers, on ne le cache pas. Les délits de fuite sont une problématique.
«C'est une bonne partie de nos réclamations qui sont en automobile. C'est assez significatif sur le nombre de nos réclamations», indique le porte-parole de l'entreprise, Jean Pascal Lavoie. Ce dernier n'a toutefois pas été en mesure de fournir des données pour la compagnie.
Et pour faire une réclamation chez l'assureur La Capitale pour un délit de fuite, «il faut absolument avoir un rapport de police» et pas juste un numéro de dossier, affirme M. Lavoie, et ce, même si c'est pour une grafigne sur un véhicule...
On peut alors penser qu'avec le nouveau système du SPVQ, certains clients pourraient éprouver quelques difficultés lors d'une réclamation.
Endroits touchés
Les principaux endroits où sont enregistrés les délits de fuite selon le SPVQ sont dans les stationnements des centres commerciaux.
Selon le Bureau d'assurance du Canada, tous les assurés qui détiennent la protection Collision ou versement dans leur contrat d'assurance auto seront remboursés en cas de délit de fuite.
«La grande majorité des assureurs ne chargeront pas la franchise. Il faudra cependant qu'une plainte officielle soit déposée à la police», indique leur porte-parole Caroline Phémius, ajoutant que les délits de fuite représentent en 2015 «1,47 % des sinistres en collision» chez les assurés de la communauté urbaine de Québec.