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Le palais de justice de Québec
Le palais de justice de Québec

Grandeurs et misères d’un influenceur web

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
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«Le but, c’est de faire réagir, d’avoir le plus de "vues" possible.»

L’influenceur du Web Dylan Demers, 25 ans, qui se surnommait lui-même le «King de Snapchat», subit son procès pour production et distribution de pornographie juvénile, leurre informatique et harcèlement à l’endroit de quatre adolescentes âgées de 13 à 17 ans.

La semaine dernière, la Couronne a présenté la preuve qui démontre, selon elle, que les images produites et diffusées par l’influenceur sont de la pornographie juvénile, mettant l’accent sur les parties génitales de filles mineures.

Mardi matin, c’était au tour du montréalais Dylan Demers de prendre la barre des témoins.

Tout de noir vêtu, le ton sérieux, il parle d’abondance de son ancienne vie d’influenceur du Web.

Pour respecter ses conditions de mise en liberté provisoire, Dylan Demers ne fréquente plus les réseaux sociaux depuis près de deux ans.

À la fin 2013, Demers s’ouvre comme tout le monde ou presque un compte Facebook. Au fil des mois, Dylan Demers enregistre de nombreuses vidéos qu’il publie sur Facebook, Snapchat, Twitch et Youtube, s’associant avec d’autres influenceurs. «Je vends le rêve américain en montrant des partys, des beaux chars, des belles filles et des grosses maisons», explique-t-il à la juge Sandra Rioux de la Cour du Québec qui entend le procès.

De son propre aveu étudiant médiocre, Dylan Demers ne voulait pas avoir un boulot traditionnel. «Je voulais être mon propre boss avec mes idées, mes vidéos et avoir ma voix», explique-t-il.

Il en est venu à être suivi par 50 000 internautes, âgés en général de 16 à 25 ans. Il gagnait sa vie notamment en faisant la publicité de certains produits, pour environ 100$ par publication. «Plus tu as d’abonnés, plus tu es payé cher pour les publicités», précise-t-il.

Dylan Demers, 25 ans

Avec son ami influenceur Carlos Desjardins, Dylan Demers organise aussi de nombreux partys privés.

Les vidéos qui font l’objet des accusations ont d’ailleurs été filmées dans des fêtes très, très arrosées en 2018, dans la région de Québec. Sur l’une, une jeune fille de 17 ans est filmée à quatre pattes sur une table, avec l’accusé Demers qui lui verse du champagne sur les fesses. Sur l’autre, une adolescente de 13 ans se tient dans la douche habillée avec un «string». Carlos Desjardins lui verse du champagne et Demers fait la vidéo.
consentantes

Dylan Demers appelle les adolescentes des «femmes» et est convaincu qu’elles étaient consentantes à se faire filmer. «Personne ne les tenait avec des menottes», lance-t-il. L’une des filles lui avait d’ailleurs dit qu’elle était «majeure et vaccinée».

Quand la mère d’une des plaignantes lui a signalé que sa fille était mineure, Demers dit avoir préféré croire l’adolescente qui elle se disait majeure.

Tous ceux qui fréquentent leurs partys savent que ce que les influenceurs filment avec leur téléphone va être publié, dit Demers. «Personne ne m’a jamais demandé d’enlever une «story» Snapchat», assure-t-il.

Comme il recevait environ 300 messages par jour, il n’aurait pas nécessairement lu une telle demande, concède-t-il.

Dylan Demers nie avoir pu harceler une des plaignantes par courriel, avoir envoyé une photo de son pénis à une autre ou avoir proposé un «trip à trois» avec Desjardins.

L’arrestation de Carlos Desjardins — qui a plaidé coupable et été condamné à quatre ans et demi de prison — a commencé à gâcher son image, affirme-t-il. Il a toutefois pris l’initiative de faire une entrevue vidéo avec Carlos Desjardins en prison, un segment qui allait assurément faire jaser, explique-t-il.

Sa propre arrestation au début de 2019 et la médiatisation qui a suivi ont complètement détruit sa vie et son nom, dit-il. «Il y a plein de gens qui me détestent, qui veulent me tuer ou qui veulent que je me pende», témoigne-t-il, ajoutant s’être déjà fait lancer des objets.

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