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C'est dans ce hachoir qu'un jeune aide-boucher, Olivier Bouchard, a basculé, en novembre 2016.
C'est dans ce hachoir qu'un jeune aide-boucher, Olivier Bouchard, a basculé, en novembre 2016.

Gestion déficiente de l’entretien du hachoir chez Boucherie Huot

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
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Plusieurs lacunes ont mené au grave accident de travail à la Boucherie Huot de Lévis, en particulier le contournement du dispositif d’arrêt automatique du hachoir industriel, conclut la CNESST dans son rapport d’enquête. 

Le rapport d’enquête est daté du 1er septembre 2017, mais il a été rendu public mardi, après que l’ancien propriétaire Bernard Huot et son fils Carl Huot, responsable de l’entretien, aient été déclarés coupable de négligence criminelle causant des lésions corporelles.

La CNESST dit vouloir éviter d’interférer avec le processus judiciaire, lorsqu’il y en a un.

Le 10 novembre 2016, un jeune aide-boucher, Olivier Bouchard, 18 ans est penché au-dessus du gros hachoir industriel, vraisemblablement pour décoller un morceau de viande de la paroi ou pour retirer des résidus de viande demeurés sur les pièces en mouvement. Son corps bascule dans le hachoir en fonction et sa tête et un bras se coincent dans le mécanisme. Le jeune homme subira de graves blessures et est aujourd’hui inapte au travail.

Selon les normes de l’industrie, le hachoir doit s’arrêter en quatre secondes dès que son couvercle de protection est soulevé de plus de 5 cm.

Chez Boucherie Huot, le dispositif de sécurité avait été désactivé en septembre 2014 au cours d’une réparation.

«L’employeur savait que le dispositif de sécurité du protecteur du hachoir était défectueux et il a tout de même laissé perdurer une situation pouvant entraîner des blessures graves à ses travailleurs, écrit la CNESST dans son rapport. Il n’a pris aucune mesure pour faire réparer rapidement et de façon définitive ce dispositif.»

En plus de la gestion déficiente de l’entretien, les enquêteurs ont constaté une méthode de travail inadéquate. Les employés, et pas seulement Olivier Bouchard, ne prenaient pas la peine d’interrompre l’alimentation en électricité du hachoir avant d’accéder à l’intérieur de la cuve.

Il y avait plusieurs lacunes dans la formation des travailleurs, notamment d’un jeune employé comme Olivier Bouchard, embauché seulement quelques semaines avant l’accident. Il n’y avait tout simplement aucun programme d’accueil ou de formation pour les employés, qui apprenaient leurs tâches en regardant les autres.

Sensibilisation

Pour tenter de prévenir d’autres accidents du genre, la CNESST demandera à l’Association des Bouchers et Bouchères du Québec, à l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec ainsi qu’à l’Association des détaillants en alimentation du Québec d’informer leurs membres des conclusions de l’enquête. La CNESST rappellera l’obligation de respecter la réglementation concernant la conformité des machines, l’entretien et l’inspection des dispositifs de sécurité. De plus, elle rappellera l’obligation d’appliquer des mesures de contrôle des énergies, lorsqu’un travailleur doit entreprendre tout travail dans la zone dangereuse d’une machine.

Bernard Huot a déjà dû assumer une amende de 32 000$ après avoir plaidé coupable à une infraction pénale à la Loi sur la santé et la sécurité au travail.

Les représentations sur la peine dans le dossier criminel auront lieu en février.