Eustachio Gallese était en semi-liberté depuis mars 2019 lorsqu’il aurait assassiné Marylène Lévesque à l’hôtel Sépia, la semaine dernière.

Gallese a participé à des rencontres dans un groupe de soutien avec des femmes vulnérables

Pendant sa semi-liberté, Eustachio Gallese s’est rendu à des rencontres d’un groupe de soutien pour personnes aux prises avec un problème de dépendance, où il s’est présenté sous une autre identité. Une participante, qui a vu le suspect du meurtre de Marylène Lévesque à deux reprises dans ces rencontres cet automne, se demande comment on a pu le laisser fréquenter un milieu où se trouvent des femmes «vulnérables».

«La commission des libérations conditionnelles du Canada [CLCC] aurait dû mieux l’encadrer que ça! Voyons, on a permis à un meurtrier qui a sauvagement tué sa conjointe de voir des femmes à l’extérieur», dans un groupe mixte et ouvert de soutien pour personnes dépendantes, dont plusieurs sont «vulnérables» en raison justement de leur problème de dépendance, s’indigne notre interlocutrice, qui a requis l’anonymat. 

«Il n’a jamais donné son vrai nom. Il a dit qu’il avait fait de la prison parce qu’il avait tué quelqu’un, mais sans donner de précisions, de sorte qu’on pouvait croire qu’il avait accidentellement tué quelqu’un au volant de sa voiture, par exemple», témoigne-t-elle, tout en se demandant «jusqu’à quel point, dans ces cas-là, l’anonymat est pertinent.»

«C’est un super beau parleur, qui disait s’en être sorti et tout. On est plusieurs à l’avoir cru, à avoir été convaincus par son témoignage et à l’avoir félicité après son partage», rapporte cette participante, selon qui Eustachio Gallese aurait vu au moins une des membres du groupe à l’extérieur du cadre des rencontres. 

Sécurité compromise

Elle estime que la CLCC aurait dû s’assurer que le groupe de soutien fréquenté par Gallese soit un groupe «fermé» composé exclusivement d’hommes. Selon elle, «avec tout ce qu’on sait aujourd’hui», la CLCC a compromis sa sécurité et celle des autres femmes membres du groupe.

Eustachio Gallese était en semi-liberté depuis mars 2019 lorsqu’il aurait assassiné Marylène Lévesque à l’hôtel Sépia, la semaine dernière. Il devait se soumettre à certaines conditions, dont celles de ne pas consommer d’alcool et de drogues, de suivre un counseling psychologique et de déclarer ses fréquentations ou relations intimes avec les femmes. 

Gallese a rencontré Marylène Lévesque dans un salon de massage érotique, le Gentlemen Paradise, qui avait récemment «barré» l’homme de 51 ans parce qu’il aurait été violent avec d’autres masseuses. La jeune femme de 22 ans aurait accepté de voir le suspect à l’extérieur de l’établissement moyennant rétribution. 

Gallese avait été condamné en 2006 à une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans pour le meurtre non prémédité de sa conjointe, Chantal Deschênes, survenu le 24 octobre 2004. Avant ce meurtre, Gallese avait déjà été condamné pour violence conjugale à l’égard d’une précédente conjointe. 

Dans sa décision datée du 19 septembre et concluant à la prolongation de la semi-liberté de Gallese, la CLCC mentionne qu’une stratégie avait été développée afin que le meurtrier puisse rencontrer des femmes, mais seulement afin de répondre à ses «besoins sexuels» et à condition qu’il fasse preuve de transparence. 

La Commission jugeait ces relations «plutôt inappropriées» et estimait qu’elles constituaient un facteur de risque «important et inquiétant», ce qui ne l’a pas empêchée de prolonger la semi-liberté de Gallese. 

Cette semaine, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Bill Blair, a indiqué qu’une enquête «sur les circonstances qui ont mené au décès tragique de Marylène Lévesque» sera menée par le Service correctionnel du Canada et la Commission des libérations conditionnelles. 

Estimant qu’il faut aller plus loin, le député conservateur Pierre Paul-Hus a promis de déposer une motion au comité de la sécurité publique de la Chambre des communes pour que les élus se penchent sur les lacunes du système de libérations conditionnelles et proposent des mesures législatives pour les corriger.