Fusillade à Fredericton: Ottawa offre condoléances et mots rassurants

OTTAWA — Quelques heures après la fusillade qui a fait quatre morts, dont deux policiers à Fredericton, le ministre fédéral de la Sécurité publique a voulu se faire rassurant.

«Le Canada est un pays sécuritaire», a martelé Ralph Goodale lors d’un point de presse vendredi après-midi à Sarnia, en Ontario, tout en reconnaissant que le nombre d’incidents de violence avec armes à feu augmente depuis cinq ans.

«Le gouvernement du Canada a évidemment pris très au sérieux la question de la violence par armes à feu», a-t-il déclaré, citant le projet de loi C-71 qui attend sa troisième lecture aux Communes.

Puis il a rappelé l’octroi de millions de dollars pour des initiatives conjointes avec les villes et les provinces afin de contrer le cocktail armes-gangs-drogues. «C’est très souvent cette combinaison qui est à la source de la violence dans nos communautés», a expliqué le ministre.

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Le premier ministre Justin Trudeau a parlé avec la chef de la police de Fredericton, le maire de la ville ainsi que le premier ministre de la province pour offrir condoléances et aide si nécessaire.

«Les gens de Fredericton sont courageux, forts et résilients. Les Canadiens sont à vos côtés pendant cette période difficile», peut-on lire dans une déclaration transmise par le bureau de M. Trudeau, vendredi après-midi.

Dans cette déclaration, le premier ministre a tenu à souligner le sacrifice des deux policiers tués.

«Aucun geste n’est plus noble que celui de mettre sa propre vie en danger pour protéger celle des autres. [...] Nous n’oublierons jamais les deux policiers décédés, dont le sacrifice a sans aucun doute sauvé des vies et empêché une tragédie encore plus grave», a-t-il affirmé.

En milieu d’après-midi, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, participait à la conférence de presse où la police a donné quelques détails des événements du matin.

«Les Néo-Brunswickois sont attristés par les événements d’aujourd’hui. Nos pensées sont avec les victimes et leurs familles. Nous pensons aux familles des officiers Lawrence Costello et Sara Burns. Nous pensons aussi à tous les membres de la force de police de Fredericton. Sachez que tous les Néo-Brunswickois et tous les Canadiens sont endeuillés, avec vous», a-t-il déclaré.

Puis, il a remercié tous les Canadiens pour leurs messages de condoléances et leurs pensées.

La chef de police de Fredericton, Leanne Fitch

Ces expressions de sympathies ont déferlé, surtout sur le réseau Twitter, toute la journée.

«C’est le cœur gros que je pense aux victimes de Fredericton ainsi qu’à leurs proches», s’est désolée la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, une élue du Nouveau-Brunswick.

«Merci à tous les courageux premiers intervenants qui travaillent dur pour garder les gens en sécurité», a offert l’autre ministre de cette province, Dominic LeBlanc.

C’est aussi en soulignant la mort des deux policiers que le chef conservateur a offert sa réaction. «Nouvelle choquante et dévastatrice de Fredericton ce matin. Jill et moi prions pour les familles de ces courageux agents et toutes les personnes touchées par la violence de ce matin», a écrit Andrew Scheer.

La première ministre albertaine Rachel Notley a eu une pensée pour «les premiers répondants qui travaillent à aider les autres alors qu’ils ont perdu deux des leurs».

Aux micros des journalistes, son homologue québécois Philippe Couillard a exprimé son «chagrin que des choses pareilles se produisent dans notre pays» et son «admiration pour les forces de l’ordre et les premiers répondants [...] qui vont se mettre sans savoir vraiment quelle est la situation devant le danger pour protéger la population».

Les services de police d’un peu partout au pays ont également salué le sacrifice des policiers de Fredericton.

«Le #SPVM envoie ses plus sincères condoléances à la famille, aux collègues et amis des deux policiers décédés en devoir aujourd’hui à Fredericton. Toutes nos pensées sont avec @CityFredPolice durant ces moments difficiles», a-t-on déclaré sur le fil du Service de police de la Ville de Montréal.

Le chef néo-démocrate, lui, avait réagi tôt vendredi matin, avant qu’on apprenne que des policiers figuraient parmi les victimes. «Des nouvelles tragiques arrivent de Fredericton. Mon coeur est avec toutes les personnes touchées par la fusillade et tous les premiers répondants», a écrit Jagmeet Singh.

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LES FAMILLES DES VICTIMES DE MONCTON OFFRENT LEUR SOUTIEN

Les membres de la famille de trois agents de la GRC tués lors d’une fusillade à Moncton en 2014 affirment que les décès par balles survenus à Fredericton, vendredi, vont provoquer une nouvelle vague de traumatismes au Nouveau-Brunswick — et réveiller des souvenirs douloureux chez plusieurs personnes.

La fusillade qui a fait quatre victimes vendredi survient quatre ans seulement après la tuerie perpétrée par Justin Bourque qui a abattu les agents Doug Larche, Fabrice Gevaudan et Dave Ross.

Daniel Larche, le frère de Doug, a reconnu que la nouvelle des décès de Fredericton est difficile à entendre.

«Je peux comprendre ce que ces gens vont vivre et, espérons qu’ils auront le soutien et les ressources dont ils auront besoin pour passer au travers», a commenté l’homme de 46 ans.

«Ça va être dur. Ça va être très difficile pour eux», témoigne M. Larche.

Les agents Eric Dubois et Darlene Goguen ont également été blessés par les tirs de Justin Bourque dans un quartier de Moncton le 4 juin 2014. Le tireur avait pris pour cible la police dans l’espoir de déclencher une rébellion antigouvernementale.

Angela Gevaudan, la veuve de Fabrice Gevaudan, a confié lors d’un entretien téléphonique qu’elle avait un sentiment très protecteur envers les familles des victimes de Fredericton, sachant qu’elles seraient submergées par les émotions au moment d’apprendre la terrible nouvelle.

Elles vont devoir recevoir seulement des informations simples pour un certain temps, alors qu’elles vont lutter contre le choc de la mort de leur proche, prévient-elle.

«Cela va prendre beaucoup de temps à accepter, et les images, les moments, les souvenirs et tout ce qui leur viendra en tête seront difficiles pour les personnes impliquées», a-t-elle déclaré en entrevue.

Depuis la perte de son mari, Mme Gevaudan a fait du bénévolat en tant qu’ambassadrice de Tema, un organisme qui aide et défend les premiers intervenants souffrant du syndrome de stress post-traumatique.

Elle a également offert son soutien et partagé son histoire avec d’autres personnes souffrant de traumatismes.

Angela Gevaudan ne souhaite pas vraiment s’étendre sur ses propres réactions aux événements de vendredi, disant ne pas vouloir relier les décès de Fredericton à ses propres souvenirs douloureux.

Toutefois, l’ex-opératrice du service d’urgence 9-1-1 insiste sur le fait qu’il est important pour les premiers répondants d’exprimer leurs émotions plutôt que de les refouler s’ils se sentent tristes ou en colère.

Daniel Larche confie que les souvenirs difficiles de la mort de son frère demeurent très puissants quatre ans après les meurtres de Moncton, et apprendre que d’autres personnes en uniforme ont été tuées rouvre cette blessure.

«Il y a un attachement particulier, je suppose, ou une connexion avec les premiers répondants, étant donné mon attachement à mon frère», estime-t-il.

«Ces gens vont au front et s’efforcent de faire de leur mieux pour protéger les gens? Il y a beaucoup de choses dont ce pays dispose grâce à ces gens qui étaient prêts à risquer leur vie pour quelque chose de mieux», affirme M. Larche.

«C’est difficile pour le Nouveau-Brunswick», poursuit-il.