Un agent du FBI montre une photo d'Amor Ftouhi pendant une conférence de presse à Détroit, jeudi.

Ftouhi a tenté d'acheter une arme à feu aux États-Unis, dit le FBI

Amor Ftouhi, ce Montréalais accusé d'avoir poignardé un policier mercredi à l'aéroport de Flint, au Michigan, aurait pu faire encore plus de dommages: le FBI a révélé jeudi qu'il avait tenté d'acheter une arme à feu aux États-Unis.
L'échec de sa tentative de se procurer cette arme «est une bonne nouvelle», a déclaré l'enquêteur spécial du FBI responsable de l'enquête, David Gelios, lors d'une conférence de presse.
Quant au couteau dont il s'est servi, il a été acheté aux États-Unis, a-t-il aussi confirmé jeudi. Il s'agit d'un couteau «Amazon Jungle Survival Knife», selon un document déposé à la Cour.
«Je crois que c'est une bonne nouvelle. C'est que nous avons un individu qui a tenté d'acheter une arme à feu aux États-Unis et il n'a pas réussi», a déclaré M. Gelios.
«De façon parallèle, il n'a pas pu traverser aux États-Unis avec un couteau, ce pourquoi il l'aurait acheté aux États-Unis.»
Les enregistrements de la comparution de l'homme de 49 ans ont aussi été rendus publics et offrent de nouveaux détails sur son premier passage devant la justice américaine, mercredi.
Amor Ftouhi restera en détention au moins jusqu'à son enquête pour remise en liberté, le 28 juin.
L'homme a épelé avec difficulté son nom devant la juge américaine Stephanie Dawkins Davis, qui a été avisée qu'il a une certaine connaissance de l'anglais mais qu'il parle surtout le français.
Un avocat, David Koelzer, a été désigné par le tribunal pour le représenter.
Ftouhi a été accusé de s'être servi d'un long couteau pour commettre un acte de violence contre une personne dans un aéroport. Ce crime est passible de 20 ans de prison, et si un décès en résulte, d'emprisonnement à perpétuité et même de la peine de mort, a précisé en conférence de presse, jeudi, le procureur américain par intérim du District Est du Michigan, Daniel Lemisch.
«L'enquête se poursuit afin de déterminer l'ampleur de sa planification et de ses actions et s'il a commis d'autres crimes, incluant une infraction fédérale de terrorisme», a-t-il précisé.
Selon un rapport des services judiciaires fait à la juge Davis, Amor Ftouhi vit au Canada depuis 10 ans, est marié et père de trois enfants. Il a aussi la nationalité tunisienne. Il travaillait sporadiquement comme camionneur.
Selon ce que l'accusé a déclaré, il ne souffre pas de troubles mentaux ni physiques et n'a pas de problème de drogue ou d'alcool.
Le ministère public s'est opposé à sa libération et une audience pour sa remise en liberté aura donc lieu mercredi prochain en après-midi.
Le gouvernement a indiqué que les consulats canadien et tunisien seront avisés de son arrestation.
Les autorités considèrent l'incident comme un possible acte terroriste, mais rien n'indique que l'assaillant était impliqué dans une stratégie «plus vaste», a réitéré jeudi M. Gelios.
Le suspect est perçu comme un «loup solitaire», avait déclaré mercredi M. Gelios, précisant qu'«aucune information ne suggère un quelconque entraînement» reçu.
Des témoins ont rapporté que le suspect avait crié «Allahou Akbar» («mon Dieu est grand» en arabe) durant l'attaque au cours de laquelle le policier Jeff Neville a été poignardé au cou au moyen d'un couteau.
Selon la déclaration sous serment de l'agent spécial du FBI Thomas Sondgeroth, déposée en soutien de la plainte criminelle, Ftouhi aurait aussi dit quelque chose de similaire à «Vous avez tué des gens en Syrie, en Irak et en Afghanistan, et nous allons tous mourir». M. Sondgeroth rapportait ainsi les propos d'un policier témoin de l'attaque.
L'accusé est légalement entré aux États-Unis le 16 juin et se trouvait au Michigan au moins depuis le 18 juin. Le FBI a mené 20 entrevues de témoins et d'autres sont à venir. Le véhicule de l'homme, retrouvé dans le stationnement de l'aéroport, a été fouillé. Ftouhi n'était pas connu des autorités canadiennes ni américaines, a confirmé jeudi M. Gelios.
Le policier Neville a survécu à l'attaque et est hospitalisé, se trouvant actuellement dans un état stable.
Enquête à Montréal
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) participait aux opérations policières à Montréal en soutien au FBI et a perquisitionné la résidence d'Amor Ftouhi. L'opération était terminée jeudi après-midi. La GRC n'a pas voulu fournir plus de détails sur ses opérations, puisque l'enquête était toujours en cours.
Le propriétaire de l'immeuble, Luciano Piazza, a confirmé qu'une personne appelée Amor Ftouhi vivait dans un des 11 appartements de l'immeuble depuis environ six ans. Il y habite avec sa femme et leurs enfants.
M. Piazza s'est dit surpris de constater que des policiers s'étaient rendus sur les lieux, décrivant l'homme comme «un très bon gars» avec lequel ni lui ni aucun de ses locataires n'ont eu de problème.
Un homme s'étant identifié comme un ami Facebook de Ftouhi a affirmé que l'accusé ne ferait même pas de mal «à une mouche».
Kamel Yahyaoui a affirmé dans une conversation sur Facebook avec La Presse canadienne qu'il connaissait M. Ftouhi depuis 20 ans et qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois en Tunisie lorsque celui-ci enseignait au niveau secondaire.