La veille de la mort de son ex-conjointe, Véronique Barbe, Ugo Fredette lui a envoyé 179 messages sur Facebook Messenger et l’a appelée 19 fois.

Fredette a tué son ex-conjointe dans un contexte de harcèlement, dit la Couronne

SAINT-JÉRÔME — Au procès criminel d’Ugo Fredette, le procureur de la Couronne a fait valoir que l’accusé a tué Véronique Barbe parce qu’il ne pouvait accepter que sa relation avec elle puisse se terminer, car cela ne correspondait pas à «ses besoins» et à «sa petite personne».

«Les couples se font et se défont en 2019. On ne tue pas quelqu’un de 17 coups de couteau parce qu’on est dépendant affectif», a lancé le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, en terminant sa plaidoirie, vendredi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

«Si nous sommes tous ici aujourd’hui, c’est parce que M. Fredette était incapable d’accepter sa séparation», a-t-il dit.

«Il ne pouvait décrocher» et «il ne lâchait pas».

Me Baribeau a illustré cet argument à la base de sa théorie de la cause en lisant chacun des 179 messages envoyés sur Facebook Messenger par Ugo Fredette à son ex-conjointe, la veille de sa mort, alors qu’elle ne lui en a transmis que 27 et a mis fin à l’échange.

Il l’a également appelée 19 fois ce jour-là, alors qu’elle ne lui a téléphoné qu’une fois, a fait valoir Me Baribeau dans sa plaidoirie pour appuyer sa théorie selon laquelle il l’a tuée dans un contexte de harcèlement criminel, il y a deux ans.

Tous ces messages ont été envoyés après un rendez-vous du couple chez un thérapeute auquel Véronique Barbe a dit être «terrorisée» par Ugo Fredette, a souligné Me Baribeau aux 12 membres du jury.

Elle a peur au point où elle ne veut pas rentrer chez elle avec lui, a plaidé le procureur, rapportant le témoignage du thérapeute Michel Corneillier.

Mme Barbe voulait mettre fin à la relation et qu’il quitte la maison, a-t-il ajouté.

«Ne me laisse pas seul», écrit-il, entre autres. «Je ne serai pas capable.» Il supplie la femme de 41 ans de le laisser revenir à la maison pour «vivre ses derniers milles» en famille. Il veut une autre chance, lui rappelle qu’elle avait promis un essai d’un mois et qu’il s’est pris en mains. Il lui professe son amour. Il continue et il insiste, a commenté Me Baribeau.

Elle dit non. Elle répond «arrête» plus d’une fois. «STOP», écrit-elle aussi.

«Tu auras ce que tu mérites. Je te demande de m’aider. Tu aimes mieux que je sois seul», écrit l’accusé de 44 ans.

Elle finit par lui demander si elle doit appeler quelqu’un «pour pas que tu me harcèles ou me blesse». Elle écrit aussi qu’il lui fait peur.

Mais pourtant, dit le procureur, la version de l’accusé est qu’il est allé à la maison ce soir-là et qu’elle l’a accueilli, tout sourire et «chaude» et qu’elle voulait essayer un jeu sexuel.

«Est-ce que vous croyez ça?» a demandé Me Baribeau au jury. «Qu’est-ce que votre bon sens et votre logique vous dicte?»

Véronique Barbe a été retrouvée sans vie, le lendemain, dans sa maison de Saint-Eustache.

Ugo Fredette est aussi accusé du meurtre prémédité d’Yvon Lacasse, un homme de 71 ans.

Selon la théorie de la poursuite, Fredette a pris la fuite avec un enfant après le meurtre de Véronique Barbe, à bord du camion de son employeur. Puisqu’il était trop facilement repérable sur les routes du Québec, il a tué le septuagénaire pour lui voler sa voiture et poursuivre sa cavale plus discrètement, a fait valoir Me Baribeau.

«Il l’a battu à mort», a-t-il dit aux jurés.

Jour des deux meurtres

Le procureur s’en est aussi pris à la version des faits de l’accusé et à sa crédibilité.

«Croyez-vous Ugo Fredette qui dit qu’il ne se souvient de rien dès que Véronique Barbe a saisi un couteau? Accordez-vous de la crédibilité à ça?»

L’accusé a témoigné que le 14 septembre 2017, lors d’une chicane houleuse, Véronique Barbe a tenté de le pousser en bas d’un escalier et s’est emparée d’un couteau. L’accusé dit avoir bloqué son coup, mais l’avoir lui-même coupée au bras. Après, il soutient ne se souvenir de rien, jusqu’à un flash de mémoire où il voit son ex-conjointe sur le plancher de la cuisine, un couteau dans la poitrine.

«Ce sera à vous de décider si vous accordez foi à ce que Ugo Fredette vous a dit, qu’il n’avait pas l’intention de la tuer», a dit l’avocat aux membres du jury.

Et puis, leur a suggéré Me Baribeau, «si elle a saisi un couteau, ne pouvez-vous pas déduire que c’est parce qu’elle craignait pour sa sécurité, parce qu’elle était victime de harcèlement criminel?»

L’avocat de la défense, Me Louis-Alexandre Martin, a quant a lui plaidé jeudi matin.

Il n’a pas demandé au jury de blanchir l’accusé, mais plutôt de le reconnaître coupable d’homicides involontaires — et non de meurtres.

Il a fait valoir que Fredette n’avait jamais eu l’intention de tuer qui que ce soit. Mais il avait atteint son point de rupture, a-t-il plaidé, après une accumulation d’insultes et de médisances de la part de Mme Barbe, ainsi que des gestes violents de celle-ci le 14 septembre 2017.

La juge Myriam Lachance doit donner ses directives aux membres du jury mercredi. Le sort d’Ugo Fredette sera alors entre leurs mains.