De nombreuses personnes sont venues rendre hommage aux policiers tués à Fredericton.

Fredericton: quatre meurtres au 1er degré

FREDERICTON — Le présumé auteur de la fusillade survenue vendredi matin à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, devra faire face à quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré.

Matthew Vincent Raymond, âgé de 48 ans, est le suspect arrêté dans la foulée de la tuerie qui a coûté la vie de deux policiers et de deux civils.

En conférence de presse, samedi, la chef de police de Fredericton, Leanne Fitch, a précisé que le suspect avait ouvert le feu avec une arme d’épaule à partir d’une «position surélevée» dans un complexe d’immeubles de Brookside Drive.

L’homme originaire de Fredericton est présentement soigné pour les graves blessures subies dans un échange de coups de feu avec les policiers. Il demeurera détenu jusqu’à son retour en cour prévu le 27 août.

Judith Aguilar, une gérante du complexe résidentiel où réside le suspect, l’a décrit comme un ardent cycliste qui venait payer son loyer en liquide tous les mois. Raymond vivait là depuis quatre mois, a-t-elle ajouté.

«Il semblait être une personne raisonnablement normale. Il avait l’air normal et me parlait un peu quand il me voyait. Il était toujours poli», a-t-elle dit.

Les autorités n’ont pas précisé s’il connaissait les victimes, mais rien n’indique qu’il ciblait particulièrement les policiers.

Les victimes civiles

Quant aux deux civils, il s’agit de Donnie Robichaud, 42 ans, et de Bobbie Lee Wright, une femme de 32 ans. Les deux formaient un couple depuis le début du mois.

M. Robichaud et le suspect demeuraient dans le même complexe résidentiel comprenant plusieurs bâtiments de trois étages.

Donnie Robichaud est décrit par son cousin, Sean Callahan, comme un musicien et un père aimant pour ses deux garçons adolescents et sa fille maintenant adulte. Il travaillait dans des ateliers de carrosserie, adorait rouler sur sa motocyclette Harley-Davidson et était toujours prêt à donner un coup de main.

«Ce gars était si sympathique, je ne pense pas que qui que ce soit ne l’aimait pas et Donnie, même s’il vous haïssait, il allait quand même vous donner jusqu’à sa dernière chemise — il vous aiderait», a exposé M. Callahan en entrevue samedi matin.

Les commentaires se multipliaient samedi sous la publication Facebook annonçant leur nouvelle situation amoureuse. Proches et amis se sont retrouvés dans cet espace virtuel pour partager leur deuil.

«Merci d’avoir été une tante géniale pour mes enfants, a écrit une utilisatrice. S’il te plaît, surveille mes bébés de là-haut.»

«Si triste. Donnie et elle manqueront à beaucoup de gens», a ajouté une autre.

Les deux agents de la police de Fredericton abattus par le tireur, Robb Costello, 45 ans, et Sara Burns, 43 ans, répondaient à un appel d’urgence lorsqu’ils ont découvert deux personnes au sol. Ils ont été tués en s’approchant des corps de M. Robichaud et de Mme Wright.

«Il y avait beaucoup d’agents à l’intérieur et autour de l’immeuble à ce moment-là, alors quand on a rapporté des tirs, les agents ont sauté dans une auto-patrouille et se sont rendus sur les lieux. Ils étaient les premiers agents sur place», a détaillé le chef de police adjoint Martin Gaudet, vendredi.

Les familles des deux policiers ont publié des déclarations par l’entremise de la police de Fredericton.

Celle de Mme Burns a exprimé ses condoléances aux familles de Robb Costello et des autres victimes qui ont perdu la vie. Elle a aussi demandé qu’on respecte son intimité et son deuil.

«Sara aimait passionnément son travail et s’y présentait toujours déterminée à servir cette formidable communauté. Nous sommes reconnaissants de la vague de pensées et de prières qui nous soutiennent en ce temps difficile», a déclaré la famille de la policière.

Parlant au nom de la famille du policier, la conjointe de Robb Costello, Jackie McLean, a elle aussi dit avoir besoin d’intimité, mais avait des choses à raconter sur celui qu’elle aimait profondément.

«Robb était la personne la plus positive que j’aie jamais connue; ce trait de caractère était évident pour tous ceux qui le rencontraient. Il avait une façon très particulière de traiter avec les gens ? une façon juste, mais forte et dure au besoin. À ma connaissance, il était le seul policier qui pouvait rédiger une contravention et recevoir un remerciement de la personne à qui il la remettait», a-t-elle souligné.

«Les gens l’ont souvent entendu dire qu’il était un “CAV [constable à vie]“. Il aimait les gens et la variété des appels, mais il se sentait particulièrement heureux de pouvoir désamorcer une situation qui se détériorait. Je sais qu’il a répondu à ce dernier appel avec empressement et de son plein gré.»

Périmètre de sécurité

Le motif de cette tuerie n’est toujours pas connu.

La GRC, chargée de l’enquête, demande aux citoyens disposant de photos ou de vidéos de l’événement de contacter les autorités, même de façon anonyme.

Un périmètre de sécurité était maintenu autour de la scène du crime, samedi, et un poste de commandement mobile demeurait également en place.

Les policiers ont néanmoins permis à quelques résidants ébranlés de franchir le cordon jaune pour aller voir leurs animaux de compagnie.

À sa sortie de l’immeuble, Joe Cartwright a indiqué que toutes les portes avaient été ouvertes de force et qu’un de ses chats a pris la fuite.

Il a raconté que sa conjointe et son fils de 4 ans se trouvaient à la maison lorsque la fusillade a éclaté. Dès qu’il a pris connaissance des événements, il s’est précipité chez lui.

«Je suis vraiment déchiré, a-t-il confié. Je ne vais pas bien du tout, ma copine non plus, mon fils non plus, alors on va essayer de juste se remettre de ça.»

Les autorités municipales de Fredericton et la Croix-Rouge ont dû temporairement relocaliser une cinquantaine de résidants ayant perdu l’accès à leur logement dans cet autrefois paisible quartier résidentiel, dans le nord de la ville.

Pendant ce temps, les drapeaux flottant au-dessus des postes de police ont été mis en berne à travers le Canada.