L'atrium du palais de justice de Québec

Fraude d'un médecin en burn-out

Un soi-disant homme d'affaires spécialisé dans l'investissement à l'étranger, Pascal-Isaac Fournier, a été cité à procès pour fraude et vol «parce qu'il a profité de la naïveté» d'un médecin en burn-out, a souligné le juge Michel L. Auger.
Luc (prénom fictif) se voyait déjà sous les palmiers. «Mais je me suis fait avoir royalement», a-t-il témoigné mercredi, lors de l'enquête préliminaire de Fournier.
Le médecin spécialiste de Québec a été mis en arrêt en juin 2012 après avoir été victime d'étourdissements au cours d'une intervention chirurgicale.
Luc a rencontré Pascal-Isaac Fournier en août 2012 alors qu'il magasinait des vêtements à la boutique Kaporal de Place Ste-Foy. 
Fournier, vendeur et gestionnaire de l'établissement, lui offre son aide et se met rapidement à discuter avec lui de la possibilité d'investir dans la boutique, alors en difficultés financières.
Quelques semaines plus tard, les deux hommes se revoient et discutent des multiples projets d'investissement de Shavana Corporation, l'entreprise spécialisée dans le financement à l'étranger dont Fournier est le président.
Les projets de Shavana sont nombreux et diversifiés, a décrit le médecin : parc d'attractions à la Disney World en Colombie, usine de bioénergie en Chine, programme d'autoapprentissage de l'informatique dans le monde arabe.
Pascal-Isaac Fournier, qui se décrit comme un homme d'affaires prospère, a alors affirmé, selon le plaignant, que Shavana vaut au moins un million de dollars. Il propose à Luc de devenir copropriétaire en achetant le quart des actions pour 250 000 $.
«J'étais dans un état d'épuisement physique à ce moment-là et je voyais ça comme une façon de prendre ma retraite plus rapidement», a témoigné le médecin, qui reconnaît ne pas avoir fait suffisamment de vérifications.
Négociations au Bénin
Deux mois après la première rencontre, Luc va transférer le quart de million de dollars à Fournier au comptoir d'une banque. Les premiers mois de la collaboration se passent bien. Luc accompagne Fournier dans des négociations au Bénin, en Afrique de l'Ouest. «Ça avait l'air crédible», commente-t-il. 
À Québec, il va aussi rencontrer des supposés investisseurs chinois et arabes.
Malgré ses demandes, il ne reçoit aucun document attestant de la valeur de ses actions.
En mars 2013, au fil de sa guérison, Luc commence à voir plus clair. Il reçoit l'énorme facture fiscale du décaissement de son REER et demande à Fournier de lui remettre son investissement.
Pascal-Isaac Fournier lui répond alors qu'il a besoin de temps, car la somme est à l'étranger. 
Luc expédie une mise en demeure à l'homme d'affaires. Il recevra pour toute réponse un avis de faillite. Shavana Corporation ne vaut qu'un dollar.
Dans le compte bancaire où Fournier a déposé les 250 000 $ en octobre 2012, le solde affiche 0,29 $ un an plus tard.
Selon les relevés bancaires lus à la cour par la procureure de la Couronne Me Nathalie Chouinard, Fournier aurait dépensé la somme en épicerie, pharmacie, coiffeur, salon de bronzage, contraventions, cinéma, abonnement au centre d'entraînement et factures diverses.
L'avocat de Fournier, Me Mathieu Camirand, a tenté de faire tomber l'accusation de vol en plaidant qu'une fois la vente d'actions complétées, l'argent appartenait à Pascal-Isaac Fournier et qu'il pouvait le dépenser à sa guise.
Le juge Michel L. Auger de la Cour du Québec a rejeté cet argument. «L'accusé a détourné la somme à son propre usage, a estimé le juge. Pensez-vous vraiment que le plaignant croyait que le 250 000 $ ne serait pas investi dans la compagnie et servirait à des fins personnelles?» Le juge a conclu avoir la preuve «plus que raisonnable» que l'accusé avait profité de l'état fragilisé du plaignant. 
La date du procès sera fixée au cours des prochains jours.