«Fin du monde» à Fort McMurray

Quand ils se sont glissés sous les draps après leur quart de nuit mardi matin, Pascal Duclos et sa femme, Josée, étaient loin de s'imaginer qu'un réveil aux allures apocalyptiques les attendait. Le couple de Québécois ne rêvait pas, les feux de forêt qui ravagent l'Alberta avaient gagné leur quartier de Fort McMurray.
«C'était comme la fin du monde», n'hésite pas à comparer le Septilien d'origine, joint par Le Soleil alors qu'il fuyait vers Edmonton. «Quand on est arrivé [mardi matin], tout était beau, il n'y avait pas de boucane. On savait qu'il y avait des feux aux alentours de Fort McMurray, mais on ne pensait pas que c'était si pire que ça.» 
«On s'est couché et quand on s'est réveillé vers 17h30, c'était comme Walking Dead. On regardait dans les rues et tout le monde courait, ça mettait du stock dans les voitures et ça se sauvait», raconte-t-il. Lui, sa femme et leur fils de 19 ans ont pris chacun leur véhicule et ont filé vers la capitale albertaine vers 20h. «C'était l'enfer.» 
Au total, quelque 1600 bâtiments ont été détruits et 80 000 personnes ont été évacuées depuis que les flammes ont gagné des secteurs résidentiels de Fort McMurray, mardi. Le gouvernement albertain a d'ailleurs déclaré l'état d'urgence mercredi soir (heure locale) sur l'ensemble de son territoire. Pourtant, les équipes de lutte contre les incendies semblaient lundi avoir fait des progrès pour maîtriser les flammes, qui avaient pris naissance en fin de semaine dernière.
<p>Pascal Duclos (à droite) et sa femme Josée Couturier-Duclos, accompagnés par leur fils, Cliff Beaudin-Duclos, à leur arrivée à Edmonton après avoir roulé une quinzaine d'heures. </p>
«À pas de tortue»
Même après avoir roulé toute la nuit, la famille Duclos n'avait pas encore franchi les quelque 435 kilomètres qui séparent Edmonton de Fort McMurray, au moment de l'entretien, un peu avant 15h, mercredi (heure du Québec). «C'est à pas de tortue, il y a plein de places où c'était bumper [pare-chocs] à bumper.» 
C'est que 35 000 personnes ont, comme la famille Duclos, emprunté l'autoroute 63 en direction sud pour rejoindre Anzac, Edmonton, Lac La Biche ou Calgary, alors que plus de 10 000 autres ont opté pour la voie du nord, se rendant aux campements pétroliers occupés par les travailleurs.
«Il y a des chars dans le champ, dans les faussés, c'est incroyable, c'est dur à décrire. Tu te dis : "Ça se peut pas, ça se peut carrément pas." Tout le monde était paniqué, il y a des secteurs de la ville qui ont brûlé au complet, où il n'y a plus rien. Il y a beaucoup de monde qui ont tout perdu ce qu'ils avaient.» 
Pascal Duclos calcule que lui et ses proches auront assez d'essence pour atteindre leur destination où ils séjourneront chez des amis. «On a été chanceux», lance le Québécois de 45 ans qui, lui, conduit un véhicule au diesel. «Il y avait 7000 personnes qui attendaient pour du gaz», à l'entrée de la première ville suivant Fort McMurray, dit-il.
«Juste du matériel»
Même s'il ignore si sa maison du quartier Eagle Ridge «tient encore debout», M. Duclos estime avoir évité le pire. «On est tous sains et saufs, la maison, c'est pas grave. C'est le dernier de mes soucis, c'est juste du matériel. Ça aurait pu être pire, on aurait pu passer au feu en dormant, il y a plein de choses qui auraient pu arriver, ça va vite, un feu.» 
Et le couple d'opérateurs de machinerie lourde parle en connaissance de cause. Lui et sa femme ont été évacués d'urgence en 2009 alors que des incendies de forêt ravageaient, cette fois, le nord de la Colombie-Britannique. «Tu te demandes toujours c'est quoi tu fais, c'est quoi t'apportes, quoi tu laisses. Qu'est-ce que t'es prêt à sacrifier?»
Pour la suite, Pascal Duclos veut prendre tout ça un jour à la fois avec sa famille. «Je ne sais pas, on se souhaite que ça aille bien. Là on a surtout hâte de prendre une bonne douche et un bon repas.»  
Avec Camille B. Vincent et La Presse Canadienne