Le Dr Danny Dreige, chirurgien-ophtalmologiste opérant de Québec à Baie-Comeau, a plaidé coupable mercredi à des accusations de menaces et de harcèlement à l’endroit de son ancien partenaire d’affaires, l’optométriste Dr Éric Savard.

Faux tueur à gages, vraies menaces

À coups de menaces voilées, le chirurgien-ophtalmologiste Danny Dreige a réussi à convaincre le fondateur des cliniques La Vue Éric Savard que sa tête était mise à prix. Le tueur à gages n’a jamais existé, mais le harcèlement, lui, était bien réel.

Le Dr Danny Dreige, chirurgien-ophtalmologiste opérant de Québec à Baie-Comeau, a plaidé coupable mercredi matin à des accusations de menaces et de harcèlement à l’endroit de son ancien partenaire d’affaires, l’optométriste Dr Éric Savard, fondateur des cliniques La Vue.

Au moment de l’arrestation du médecin spécialiste de 47 ans, au printemps 2017, l’histoire était si inquiétante que la Couronne s’était opposée à la remise en liberté durant les procédures.

Enquêteurs et procureurs sont aujourd’hui convaincu que Danny Dreige, sans antécédent judiciaire, n’a jamais représenté un danger pour l’optométriste et sa famille.

Investissement de 4,2 millions $

Dreige et Savard se sont connus dans une clinique d’optométrie de Charlevoix. 

Quelques années plus tard, le chirurgien-ophtalmologiste a investi dans le réseau des cliniques La Vue de Éric Savard. Au total, le médecin spécialiste a investi 4,2 millions $.

Dreige apprendra au début mars 2017 qu’au moment où Savard lui sollicitait des prêts, l’optométriste se trouve déjà en situation d’insolvabilité.

Danny Dreige sent que ses investissements sont en péril. Il commence par tenter de prendre un arrangement avec Éric Savard.

Puis, il décide de mettre de la pression sur l’optométriste.

Il invente qu’un fournisseur de lunettes, fâché que sa facture de 27 000$ reste impayée, s’est acheté une arme avec un silencieux.

Puis, Dreige met en scène un richissime et faux oncle habitant l’Europe qui aurait investi avec lui dans les cliniques La Vue. Très frustré de la tournure du partenariat d’affaires, cet oncle aurait lu dans le contrat qu’en cas de décès d’Éric Savard, l’investissement serait remboursé à même l’assurance-vie du propriétaire du réseau.

C’est à ce moment que Dreige annonce à Savard qu’il y a un contrat sur sa tête.

Il lui montre des photos de la plaque d’immatriculation de sa voiture et de celle de sa femme.

Danny Dreige jure qu’il pourra contrôler son oncle et les autres créanciers si Savard rembourse d’ici quelques semaines.

Ils conviennent de se revoir la semaine suivante. Éric Savard porte plainte à la police entre-temps. Les policiers obtiendront une autorisation d’écoute électronique.

La rencontre du 31 mars dans une clinique du boulevard Laurier sera donc enregistrée. Danny Dreige fait plusieurs menaces voilée pour forcer Savard à signer une entente.

Arrestation musclée

Le Groupe tactique d’intervention de la police attend le chirurgien-ophtalmologiste à sa sortie de la clinique. Il est mis en joue et forcé de se coucher au sol.

Dans la voiture de Dreige, les policier trouvent 11 000$ en billets, l’adresse d’Éric Savard ainsi qu’un verrou de pontet, un dispositif servant à sécuriser une arme à feu. 

En interrogatoire, Danny Dreige tente d’abord de se disculper. Puis, il éclate en sanglots et avoue avoir inventé toute l’histoire pour retrouver son investissement. Un ami vient corroborer que le verrou de pontet avait servi pour le transport d’armes à feu antiques l’été précédent.

Après avoir reçu plusieurs compléments d’enquête, le procureur de la Couronne Me Jean-Philippe Robitaille dit n’avoir aucune raison de douter de la version de l’accusé.

Presqu’un an et demi plus tard, le plaignant Éric Savard conserve ses craintes. Absent au tribunal, il écrit avoir toujours peur pour lui et sa famille. Il affirme avoir embaûché un garde-du-corps et fait installer caméra de surveillance, mur anti-balle et portes blindées.

Absolution inconditionnelle

La juge Marie-Claude Gilbert a accepté la suggestion des parties de faire bénéficier au Dr Dreige d’une absolution inconditionnelle. 

Pour expliquer cette proposition, la Couronne a notamment plaidé que l’intérêt du plaignant n’était pas le seul en cause. «On a considéré que Dr Dreige rendait des services à la société, dans des régions éloignées», résume Me Robitaille.

Des dizaines de chirurgies de l’œil avaient dû être annulées après l’arrestation du Dr Dreige.

La juge Gilbert a dit comprendre la situation dans laquelle le Dr Dreige s’est trouvé, mais elle n’y voit aucune justification.

Les menaces ont eu un impact important sur la victime, a ajouté la juge. En tant que médecin, l’accusé aurait dû penser aux risques pour la santé mentale du plaignant, estime la juge Gilbert.

Danny Dreige a signé un mandat de paix pour rassurer le plaignant Éric Savard. «Je suis désolée s’il s’est senti menacé, a déclaré Danny Dreige à sa sortie de cour. Je peux l’assurer que je ne représente aucune menace pour lui. Je reconnais mon erreur.»

L’entreprise Gestion Éric Savard, propriétaire du réseau La Vue, s’est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies en mai 2017. Des dizaines de créanciers ont accumulé pour environ 43 millions $ de créances.