Gérald Tremblay en 2013 avant son témoignage à la Commission Charbonneau

Faubourg Contrecoeur: l'ex-maire Tremblay témoigne au procès pour fraude

Selon l'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay, son ancien bras droit Frank Zampino avait de l'ascendant sur de nombreux élus, a-t-il témoigné lundi au procès pour fraude et abus de confiance portant sur le controversé projet du Faubourg Contrecoeur.
Six personnes sont accusées dans cette affaire, dont M. Zampino, ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal.
M. Tremblay, qui se définit désormais comme un avocat à la retraite, a entrepris son témoignage lundi matin au palais de justice de Montréal, sous l'oeil du juge Yvan Poulin de la Cour du Québec.
Témoin appelé par la Couronne, il a ensuite dû répondre en contre-interrogatoire aux questions de l'avocate de Frank Zampino.
En plus de celui-ci, les accusés sont l'entrepreneur en construction Paolo Catania et quatre de ses employés.
D'une voix posée, mais parfois irritée, l'ancien maire a qualifié l'accusé Zampino de «bras droit exceptionnel», avec une expérience plus que pertinente, notamment parce qu'il avait réussi à redresser les finances de Saint-Léonard lorsqu'il en était maire.
Gérald Tremblay a déclaré qu'il ne serait jamais allé à la mairie de Montréal sans l'appui de M. Zampino. L'ancien maire a dû répondre à de nombreuses questions en contre-interrogatoire sur le rôle de tout un chacun au sein de l'administration, et sur qui était le supérieur de qui.
Celui-ci a aussi relaté qu'il avait demandé à son ancien chef de cabinet Martial Filion - l'un des accusés dans cette affaire, aujourd'hui décédé - de quitter son poste en 2002 «à cause d'une incompatibilité», soit des problèmes d'alcool. M. Filion lui a alors demandé si c'était possible d'obtenir un poste dans la fonction publique municipale. Cette demande a été relayée à M. Zampino. Un poste lui a été trouvé à la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM), dont il est devenu le directeur général.
En ce qui concerne Paolo Catania, M. Tremblay dit l'avoir croisé à quelques reprises, mais souligne qu'il n'avait pas de relation «privilégiée» avec lui. Il affirme ne jamais lui avoir parlé de projets particuliers ni de celui du Faubourg Contrecoeur.
Quant à savoir si M. Catania était présent lors de soirées de financement, «il a dû venir», a répondu M. Tremblay. «Même chose pour Tony Accurso.»
M. Tremblay a aussi relaté qu'il ne savait pas à l'époque qu'il y a avait eu un comité de sélection pour le projet du Faubourg Contrecoeur, précisant qu'il l'avait appris plus tard. À ce comité siégeaient Marc Deschamps et Mario Paul-Hus, respectivement trésorier et conseiller juridique de son parti Union Montréal.
Après l'avoir appris, M. Tremblay affirme avoir fait voter une résolution pour éviter que des bénévoles de partis politiques jouent pareils rôles. Parce que ça donnait une apparence de conflit d'intérêts, a-t-il dit lundi.
L'affaire du Faubourg Contrecoeur est reliée à un projet immobilier sur un terrain de Montréal vendu par la Société d'habitation de Montréal (SHDM) à Construction Frank Catania en 2007. Il devait servir à la construction de milliers de logements sociaux, familiaux et à coût abordable, a expliqué M. Tremblay au tribunal.
Tout ce qui avait trait au Faubourg Contrecoeur a été adopté à l'unanimité, a-t-il précisé.
Un gros projet, qui impliquait de nombreux départements de la Ville.
«J'avais besoin de la personne avec le plus de compétence, le plus d'ascendance pour coordonner tout ça et c'était M. Zampino.»
Le groupe Catania avait acquis le terrain au coût de 19 millions $, facture qui avait été réduite de près de 15 millions $ apparemment pour des frais de décontamination.
La Couronne reproche aux accusés d'avoir mis en place un stratagème visant à favoriser l'entrepreneur pour ce projet ou d'y avoir participé.
Neuf personnes faisaient face à des accusations à l'origine, mais Martial Filion, l'ex-directeur général de la SHDM, est décédé, une autre a plaidé coupable et l'ex-collecteur de fonds d'Union Montréal, Bernard Trépanier, a vu son procès être dissocié de celui des six autres.
M. Tremblay a été élu maire de Montréal en 2001, puis réélu en 2005 et 2009. Il a démissionné en 2012.