La commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs présidée par Ian Lafrenière (photo) s’est déplacée à Montréal, lundi, où elle tiendra des audiences pendant deux jours, avant de se rendre à Val-d’Or.

Exploitation sexuelle des mineurs: des répercussions sur «tout le développement»

L’exploitation sexuelle d’une mineure a des répercussions majeures sur «tout le développement normal d’une adolescente» — son développement physique, psychologique et même social et spirituel, a expliqué lundi une pédiatre devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs.

Après avoir tenu des audiences à Québec, la commission présidée par Ian Lafrenière, adjoint parlementaire de la ministre de la Sécurité publique, s’est déplacée à Montréal, lundi, où elle tiendra des audiences pendant deux jours, avant de se rendre à Val-d’Or.

D’entrée de jeu, la docteure Franziska Baltzer, pédiatre en médecine de l’adolescence à l’Hôpital de Montréal pour enfants, a exposé l’ampleur des répercussions sur la vie d’une adolescente qui a vécu de l’exploitation sexuelle.

À la base, c’est un problème d’estime de soi, a-t-elle expliqué — une lacune elle-même causée par de la négligence ou d’autres traumatismes. Ces filles perçoivent même parfois l’exploitation sexuelle comme une solution à leur problème, du moins au début.

Et quand elles se retrouvent dans le système de protection de la jeunesse, elles le vivent comme un traumatisme. Et cela prendra des mois, voire des années, avant qu’elles comprennent que le traumatisme n’est pas ce système de protection de la jeunesse, a expliqué la docteure Baltzer.

Clients

L’idée d’accroître la pression sur les clients des prostituées mineures a aussi été évoquée, notamment par la députée Christine St-Pierre, qui est vice-­présidente de la commission.

«La prise de conscience chez le client-abuseur n’a pas l’air à être là; le client-abuseur semble ignoré; on lui donne peut-être une petite tape sur les doigts, mais il n’y a pas de conséquences», s’est-elle indignée.

«C’est criant de faire en sorte qu’on dise à ce client-abuseur, lorsqu’on parle d’exploitation sexuelle des mineurs, que c’est un pédophile, c’est quelqu’un qui a besoin d’être soigné. Et c’est quelqu’un qui a besoin de prendre conscience que ce qu’il fait est quelque chose d’absolument inacceptable. Lorsqu’on parle de mineur, on parle d’agression sexuelle», a-t-elle martelé.

L’Ordre des sexologues du Québec a aussi abordé cette question, en affirmant qu’il faut lui faire prendre conscience de la gravité du geste posé et l’amener à développer son empathie. Il faut aussi diminuer la tolérance aux violences sexuelles et à l’exploitation sexuelle, afin de réduire le risque de récidive. Or, à l’heure actuelle, l’accessibilité aux services de sexothérapie et de psychothérapie à moyen et long terme est loin d’être suffisante, a souligné l’Ordre.

Éducation à la sexualité

L’Ordre a qualifié d’«incontour­nable» un programme d’éducation à la sexualité en milieu scolaire, afin de réduire la vulnérabilité des victimes. Et il faut adapter l’information à l’enfant de 6 ans comme au jeune de 17 ans, a-t-il plaidé.

On doit y aborder des questions comme le consentement, la vie affective et amoureuse, les stéréotypes, la banalisation de la commercialisation de la sexualité, le rapport au corps, à l’intimité, par exemple, a-t-on expliqué.

Personnel dans la santé

De son côté, l’infirmière en santé publique Françoise Filion a déploré le manque de formation des infirmières et médecins, en matière de dépistage de ces filles et jeunes femmes, alors qu’ils sont souvent le premier contact avec la victime, à l’urgence ou dans une clinique.

«C’est une occasion perdue de soins. Très souvent, les victimes n’auront que quelques minutes avec un professionnel de la santé. Et c’est ce moment qui est privilégié pour détecter les signes et établir un lien de confiance», a-t-elle souligné.

Lorsque le travail est bien fait, «un lien est établi, une porte est ouverte pour du soutien, de l’aide future», fait-elle valoir.

6000 clients à Longueuil

De son côté, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) a estimé, en faisant des projections à partir d’une étude américaine, qu’il pourrait y avoir de 6000 à 7000 clients de la prostitution sur le territoire de Longueuil — pas seulement pour les mineurs.

Environ 20 % des hommes auraient fait appel à la prostitution d’une à plusieurs fois et 6 % de façon mensuelle ou quotidienne sur un an.

Le SPAL rapporte voir de plus en plus de filles qui recrutent, presque moitié-moitié. Ces filles pensent avoir ainsi enfin un peu de pouvoir, croient qu’elles seront ainsi exclues de l’exploitation sexuelle, mais c’est un leurre, ont rapporté des responsables du projet Mobilis (un projet de lutte contre les gangs de rue et les activités de proxénétisme).