La voiture utilisée par Michaël Fiset et Pierre Thibault s'est enlisée à seulement quelques dizaines de mètres d'une résidence.

Ensevelis sous la neige: un premier appel à l'aide à 22h21

Une heure avant qu'ils ne lancent un appel de détresse à la Sûreté du Québec mardi soir, Michaël Fiset et Pierre Thibault s'étaient fait conseiller par le garagiste Gilbert Samson d'abandonner leur véhicule et d'aller dormir dans la résidence la plus proche.
Mardi soir, le garagiste Gilbert Samson a conseillé à Michaël Fiset et Pierre Thibault d'abandonner leur véhicule et d'aller dormir dans la résidence la plus proche.
Jeudi, M. Samson ne s'expliquait toujours pas pourquoi les deux employés de Gilmyr Transports, qui sont décédés quelques heures plus tard dans leur véhicule enseveli sous la neige, n'ont pas suivi ses conseils.
«Je fais du remorquage depuis 40 ans et je donne toujours le même conseil aux gens pris dans une tempête quand je ne suis pas capable de passer avec ma dépanneuse: va dormir dans la maison la plus proche et demain matin, je m'occupe de ton véhicule», raconte le garagiste au Soleil.
«C'est exactement ce que je lui ai dit mardi quand il m'a téléphoné à 22h21. Il voulait que j'aille le déprendre, mais je n'étais même pas capable de sortir avec la dépanneuse. Je lui ai dit de se mettre à l'abri dans une maison et que j'irais le déprendre le lendemain. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre ce moment et l'appel de détresse logé à la SQ à 23h30.»
Pourtant, il y avait quatre résidences situées à quelques pas de l'endroit où la camionnette de Michaël Fiset s'est enlisée. Les citoyens qui y habitent ont toutefois affirmé n'avoir jamais reçu la visite des deux hommes en détresse.
Lorsque M. Samson a de nouveau entendu parler de la camionnette enlisée, c'était à 6h30 mercredi matin parce que la police souhaitait utiliser sa rétrocaveuse pour atteindre le véhicule enseveli dans la neige.
«J'ai littéralement ouvert le chemin avec la rétrocaveuse. Il y avait de la neige plus haut que la pelle du camion», explique-t-il, en soulignant que les premières recherches s'étaient avérées vaines.
«Je me suis dit que comme on avait commencé, aussi bien continuer et quelques minutes plus tard, j'arrachais le panneau du pick-up... On venait de le trouver», poursuit le garagiste. Celui-ci a tenté d'extirper le véhicule de la neige en le tirant par son attache de remorque, mais la camionnette était tellement enlisée que celle-ci a été arrachée.
Les policiers et le garagiste se sont finalement résignés à creuser autour du véhicule pour finalement faire la macabre découverte des deux hommes qui étaient décédés à l'intérieur. Il a fallu attendre tard mercredi soir avant que la SQ ne dégage totalement la camionnette de sa prison de neige.
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La «famile» Gilmyr en deuil
Marcus Deschênes, directeur des opérations chez Gylmir, et Carl Martin, contrôleur financier, ont rencontré tous leurs employés et ils ont contacté tous leurs camionneurs afin de leur apprendre la triste nouvelle et leur rappeler que de l'aide était disponible si nécessaire.
Les visages étaient longs jeudi matin chez Transport Gilmyr à Montmagny. Les employés de l'entreprise se réunissaient pour la première fois depuis le décès de deux des leurs, Michaël Fiset et Pierre Thibault.
À l'entrée des bureaux, un écran orné de publicités pour recruter de nouveaux employés : «Faites partie de la grande famille», peut-on y lire. Cette semaine, on peut dire que la famille Gilmyr est en deuil. 
«Nous voulons supporter tous nos employés et leurs familles dans cette épreuve», a déclaré en point de presse le directeur des opérations, Marcus Deschênes, après avoir rencontré tous les employés et contacté tous les camionneurs pour leur apprendre la triste nouvelle et leur rappeler que de l'aide est disponible s'ils en ont besoin.
«Deux employés du CLSC sont ici ce matin en soutien et il y aura également un psychologue de l'externe qui viendra aussi apporter son aide», ajoute Carl Martin, contrôleur financier de l'entreprise de camionnage. «C'est dur pour tout le monde ce matin. Pierre et Michaël étaient de bons employés appréciés de tous. C'est pour ça que le deuil est si difficile»
Prendre congé
Marcus Deschênes a confirmé que Pierre Thibault, qui était répartiteur de soir depuis deux ans et demi chez Gilmyr, avait dit à tous les camionneurs de prendre congé mardi soir en raison de la tempête qui faisait rage. «Oui, il a donné le mot d'ordre car de toute manière, l'autoroute 20 était fermée. Cependant, nous ne savons pas pourquoi lui et Michaël ont tout de même décidé de prendre la route après avoir complété leur quart de travail», s'interroge M. Deschênes.
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«Je ne pouvais pas croire qu'il partait travailler par ce temps...»
Maryse Fripia et Réjean Lavoie, voisins de Michäel Fiset, étaient ébranlés par les événements.
Maryse Fripia se souvient très bien de la dernière fois où elle a vu son voisin Michaël Fiset. C'était vers 16h mardi soir alors qu'il partait travailler chez Transports Gilmyr en pleine tempête.
«Je le voyais reculer dans sa cour avec sa camionnette et je savais très bien qu'il faisait le quart de travail de 4h à minuit. Par contre, je ne pouvais pas croire qu'il partait vraiment travailler par ce temps», a expliqué au Soleil celle qui habite avec son conjoint Réjean Lavoie tout juste à côté de la résidence de Michaël Fiset.
M. Lavoie indique que c'est un déneigeur qui lui a appris le décès de son voisin mercredi matin. «Il m'a dit qu'il avait une mauvaise nouvelle, qu'une des personnes décédées était l'un des fils de Claude Fiset, mais qu'il ne savait pas lequel. On se doutait bien que ça pouvait être Michaël car sa camionnette n'était pas dans la cour.»
Unanimement apprécié
Le couple en a eu la confirmation quelques heures plus tard quand les policiers se sont rendus à la résidence où Michaël habitait avec sa conjointe et les enfants de celle-ci.
«Je le connais depuis cinq ans. C'était un chic type, un bon voisin, une jeune plein de vie et plein de projets. Il nous saluait toujours quand il passait. C'est triste de perdre quelqu'un si jeune...», de reprendre M. Lavoie.
Un autre voisin, Éric Lefebvre, abondait dans le même sens. «C'était un bon gars avec qui j'avais toujours du plaisir. L'été, il laissait toujours mon fils aller jouer chez lui. J'ai eu vraiment un choc quand j'ai appris sa mort», déclare-t-il avec beaucoup d'émotion dans la voix.
«Il avait fait construire sa maison il y a quelques années et l'été passé, il s'était fait bâtir un garage, un patio, une piscine... C'est "plate", ça va être vide ici s'il n'est plus là...», conclut M. Lefebvre.
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«Michaël aurait été mieux de coucher chez Gilmyr...»
Tout n'était que tristesse hier dans la famille de Michaël Fiset, 30 ans, de Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud, mort enseveli dans sa camionnette avec son ami et collègue Pierre Thibault.
Toujours sous le choc, René Fiset, oncle de la victime, a appris la triste nouvelle vers 19h15 mercredi. «C'est Claude [Fiset, le père de Michaël] lui-même qui m'a appelé, il m'a dit que les policiers avaient dit qu'ils n'étaient pas encore totalement certains, mais qu'il y avait 90 % des chances que ce soit Michaël qui était enseveli sous la neige dans une voiture.»
Comme plusieurs membres de la famille, René Fiset a de la difficulté à s'expliquer pourquoi Michaël a choisi de prendre la toute après son quart de travail même si les conditions routières étaient exécrables.
«J'ai de la misère à en parler... On se demandera toujours pourquoi... Il aurait été tellement mieux de coucher là. Il faut croire que son heure était venue...», affirme-t-il avec résignation en indiquant qu'il aurait bien pu perdre une nièce le même soir.
«Ma nièce travaille à l'Hôpital Saint-Michel et elle voulait prendre la route elle aussi. Elle s'est chicanée avec son père, qui ne voulait pas qu'elle conduise par ce temps. Finalement, elle a bien fait de rester à l'hôpital pendant la nuit, car elle serait restée prise elle aussi », raconte René Fiset.
Nuit blanche
L'une des belles-soeurs du défunt a indiqué au Soleil que son conjoint, Jason Fiset, frère du défunt, avait «passé la nuit debout» pendant que les secours tentaient en vain de se rendre sur les lieux où Michaël était enseveli sous la neige dans sa camionnette.
Le père de Michaël, Claude Fiset, n'avait pas la tête à parler, indiquant que sa rencontre avec les enquêteurs de la Sûreté du Québec, prévue pour jeudi, venait d'être remise à vendredi.
Un autre de ses oncles, Marcel Fiset, a pour sa part fait l'éloge d'un jeune homme qu'on disait serviable et apprécié de tous. «Il était tellement fin ce p'tit gars-là...» déclare-t-il en terminant.