Le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Doug Ford

Élection de Doug Ford: pas de panique à l'AFO

Pas question pour l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) d’appuyer sur le bouton panique à la suite de l’élection de Doug Ford, un unilingue anglophone, à la tête du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario.

Au contraire, l’organisme veut donner la chance au coureur et affirme avoir été « agréablement surpris » à l’issue d’une conférence téléphonique organisée avec le politicien durant la course au leadership. 

« Il nous a semblé très ouvert au fait francophone dans le discours qu’il a tenu. On s’est assuré qu’il conserverait les mêmes éléments dans la plateforme du parti, qui comprenait par exemple l’Université de l’Ontario français, la modernisation de la Loi sur les services en français et une hausse de l’offre de services publics en français, et il nous a dit qu’il la conserverait. Il faut aussi ramener le poste de conseiller aux affaires francophones », de dire le président de l’AFO, Carol Jolin. 

Ce dernier affirme que la donne a beaucoup changé et qu’on ne peut ignorer la communauté franco-ontarienne, quel que soit le parti politique auquel on est associé. 

« On avait déjà dénoté un changement de cap. Depuis deux ans, il y a eu plusieurs efforts pour se rapprocher des francophones chez les progressistes-conservateurs. [...] Non seulement il y a 622 000 francophones dans la province, mais il y a 1,4 million de personnes qui parlent français. Et le nombre de francophiles est grandissant, ça augmente constamment. Le fait français, pour les politiciens, est devenu incontournable. Il faut qu’ils travaillent avec nous. De notre côté, on doit être conscient du pouvoir politique que l’on a, et surtout, les francophones doivent l’utiliser en exerçant leur droit de vote », note-t-il. 

M. Jolin ne cache pas qu’avec l’arrivée de M. Ford dans la mêlée, la demande formulée par l’AFO d’organiser le premier débat des chefs en français de l’histoire de la province devient « difficile à réaliser ». 

Espérant que les paroles de M. Ford se transformeront en actions advenant qu’il prenne le pouvoir au printemps, M. Jolin rappelle que l’important est de « s’assurer que la lentille franco-ontarienne soit toujours présente pour les trois partis ». 

« Au bout du compte, notre rôle, c’est de s’assurer que les gens en poste nous connaissent et sont au courant de nos priorités. On veut aller chercher des engagements de leur part. Peu importe le parti qui sera élu, on va travailler avec lui pour faire avancer les dossiers, tout comme avec l’opposition pour s’assurer que ça ne tombe pas dans l’oubli », conclut-il.
Même si Caroline Mulroney était la plus bilingue des quatre candidats en lice, Carol Jolin pense qu’au final la bataille s’est jouée entre Ford et Christine Elliott, car il y avait une volonté des membres « d’avoir quelqu’un qui baigne dans la politique depuis plusieurs années, qui a une longue feuille de route ». 

D’autres rencontres avec les membres de l’équipe du nouveau chef progressiste-conservateur pourraient être sollicitées par l’AFO dans les semaines à venir. 

Les prochaines élections générales ontariennes auront lieu le 7 juin. Actuellement, le gouvernement Wynne détient 55 des 107 sièges à Queen’s Park, alors que les progressistes-conservateurs en possèdent 28 et les néo-démocrates 18. 

« LES GENS ONT SOIF DE CHANGEMENT »

Pour la politologue à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, qui avoue avoir été un peu surprise par l’issue du vote, l’élection de Doug Ford comme chef progressiste-conservateur est «plus ou moins une bonne nouvelle» pour les Franco-Ontariens. 

«Le fait qu’il ait durant la campagne répondu à une question sur le français en faisant référence au Québec, ça démontre sa mauvaise connaissance du dossier. Et est-ce qu’il s’intéresse aux affaires francophones uniquement à des fins électoralistes ? Je pense que oui. Car en coupant dans les dépenses de l’État comme il prévoit le faire, des programmes pour les francophones pourraient être visés», dit-elle. 

Pour sensibiliser le nouveau leader à la question du fait français, le poste de conseiller aux affaires francophones, aboli en janvier dernier, devra être rétabli «de toute urgence», selon Mme Tellier. 

La professeure agrégée à l’École d’études politiques de l’Ud’O estime que l’élection de M. Ford comme leader d’un parti s’explique surtout par le fait que les gens ont «soif de changement». 

«Tout le monde qui incarne le changement, peu importe où on se situe sur l’échiquier politique, a la cote. Ça adonne que cette fois-ci il s’agit de Doug Ford, mais on l’a aussi vu avec l’arrivée au pouvoir du NPD en Colombie-Britannique, ou encore avec l’élection fracassante de Justin Trudeau. 

Elle se dit cependant consciente que bon nombre de francophones gardent un goût amer du dernier gouvernement progressiste-conservateur, celui dirigé par Mike Harris de 1995 à 2002. 

«Cela étant dit, il faut laisser la chance au coureur, je ne veux pas lui prêter d’intentions qu’il n’a pas», lance Mme Tellier.