La contamination possible de la cocaïne au fentanyl est d’autant plus préoccupante que les consommateurs récréatifs de «coke» ne sont pas habitués aux opioïdes, signale la Dre Nathanaëlle Thériault.

Du fentanyl dans la cocaïne?

EXCLUSIF / Les autorités de Santé publique de la Capitale-Nationale mettent en garde les consommateurs de cocaïne contre la présence potentielle de fentanyl dans cette drogue à Québec.

«On juge fort possible qu’il y ait de la cocaïne contaminée par du fentanyl actuellement sur le marché de Québec. Donc, on souhaite vraiment sensibiliser les gens qui utilisent des drogues de rue à être très vigilants», dit la Dre Nathanaëlle Thériault, médecin-conseil à la Direction de Santé publique de la Capitale-Nationale.

Pour l’instant, la santé publique n’est pas en mesure de confirmer hors de tout doute que la cocaïne coupée au fentanyl se répand dans la capitale. Mais des indices pointent dans cette direction.

Entre avril et décembre 2017, à Québec, deux personnes sont mortes après avoir consommé de la cocaïne qui pourrait avoir été contaminée au fentanyl. Les rapports du coroner n’étant pas encore achevés, les causes des décès ne sont pas encore authentifiées. Toutefois, les analyses toxicologiques transmises à la Santé publique montrent que la présence de fentanyl a été détectée.

Autre indice inquiétant, le 1er février, une femme dans la trentaine a été retrouvée par la police de Québec en détresse respiratoire dans un appartement de Sainte-Foy. Les policiers ont dû lui administrer une dose de naloxone, un antidote utilisé pour les surdoses d’opioïdes. Les analyses toxicologiques indiquent qu’elle aurait consommé de la cocaïne contaminée au fentanyl.

La contamination possible de la cocaïne au fentanyl est d’autant plus préoccupante pour la santé publique que les consommateurs récréatifs de «coke» ne sont pas habitués aux opioïdes. «Pour une petite dose, il peut y a voir des effets très sérieux et amener rapidement des surdoses», souligne la Dre Thériault.

À Montréal aussi

C’est ce qui s’est produit à Montréal. Le 18 janvier, la Direction régionale de Santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a invité les consommateurs de cocaïne et de crack à la prudence à propos d’une contamination possible au fentanyl. Elle avait reçu deux signalements inhabituels de surdoses sévères à Montréal, dont l’une ayant causé un décès. Les surdoses étaient survenues chez des consommateurs occasionnels ayant inhalé de petites quantités de cocaïne qui contenaient du fentanyl.

«Québec, on n’est pas loin et on n’est pas à l’abri, dit Nathanaëlle Thériault. C’est quelque chose qu’on doit suivre de très près.»

Les surdoses mortelles de fentanyl sont beaucoup moins fréquentes au Québec que dans les provinces de l’Ouest. En Colombie-Britannique, où la crise fait le plus de ravages, le fentanyl serait lié à la mort de 1442 personnes par surdose seulement en 2017, a récemment rapporté le bureau du coroner de la province.

À Québec, au moins cinq personnes ont perdu la vie à la suite d’une intoxication au fentanyl depuis 2015. Trois «décès suspects» qui ont eu lieu en 2017 pourraient s’ajouter à ce bilan si le bureau du coroner confirme la cause, indique Nathanaëlle Thériault.

En 2016, la police de Québec a mené une vaste opération pour contrer la vente de fentanyl, saisissant 76 000 comprimés contrefaits et un kilo de poudre blanche identifiée aussi comme du fentanyl. Les policiers avaient appréhendé cinq individus liés à cette affaire, un coup de filet sans précédent dans la capitale pour ce type de drogue. Depuis, il n’y a pas eu d’autres saisies importantes de fentanyl à Québec.

Comité de surveillance

Pour surveiller l’évolution du fentanyl dans la capitale, un comité formé chaque semaine des représentants de la Santé publique, du bureau du coroner, de la police de Québec, des paramédicaux et des intervenants communautaires se réunissent pour faire le point.

Selon les plus récentes informations colligées, «on n’a pas nécessairement observé un gros pic des surdoses et c’est tant mieux, dit Nathanaëlle Thériault. Mais les informations qu’on a nous pistent vers la possibilité d’avoir de la cocaïne contaminée».

Dre Thériault conseille aux personnes qui consomment de la cocaïne de ne pas le faire seules, ou toutes en même temps. Elle leur recommande aussi de se procurer de la naloxone, qui est en vente libre dans les pharmacies, et d’appeler rapidement le 9-1-1 en cas de surdose.