Jinny Pageau-Autié a été victime, samedi dernier, de soumission chimique à son insu.

Droguée à son insu: «j’ai failli mourir»

(Trois-Rivières) Une jeune femme de 34 ans de Trois-Rivières, Jinny Pageau-Autié, se remet péniblement d’une fête de bureau organisée dans un restaurant de Trois-Rivières, le 2 décembre, à laquelle elle participait avec son mari. Après avoir bu trois ou quatre consommations en deux heures, elle s’est soudainement sentie très mal.

Désorientée, elle est sortie à l’extérieur sans manteau, croyant que son mari était dehors, puis est tombée subitement inconsciente sur le sol alors qu’il faisait - 5 ° C. C’est une passante qui l’a trouvée, une dizaine de minutes plus tard, à une centaine de mètres du restaurant.

Mme Pageau-Autié a repris très momentanément ses esprits, après être arrivée à l’urgence. Puis elle a marmonné deux phrases et perdu à nouveau conscience.

Elle ne se réveillera que le lendemain matin, aux soins intensifs, la gorge et la cage thoracique très endolories. «J’ai été réanimée. On m’a fait un massage cardiaque et on m’a intubée. J’ai failli mourir», dit-elle, encore sous le choc. Les maux de tête et les étourdissements s’améliorent un peu depuis mercredi, mais psychologiquement, c’est difficile, confie-t-elle. «Pendant les prochaine semaines, je ne me vois pas travailler.»

La dame affirme que les médecins ont retrouvé dans son sang une substance illicite, soit une des drogues habituellement utilisées pour créer une soumission chimique ou drogue du viol.

La victime n’a pas été violée et c’est son mari qui gardait sur lui son portefeuille. On ne l’a pas volée non plus. «J’en viens donc à me demander si c’était adressé à moi», dit-elle, la tête pleine de questions sans réponse.

Elle s’en tire sans engelures ni commotion cérébrale. La dame, qui possède une entreprise de préparation à l’accouchement, cours prénatals privés et aide en allaitement, se sent incapable, pour l’instant, de continuer son travail de soutien aux femmes depuis ce dangereux événement.

La jeune entrepreneure demeure craintive de sortir. «Je ne touche plus à l’alcool», ajoute-t-elle, «mais une personne m’a dit qu’elle était en train de boire de l’eau quand ça lui est arrivé. En ce moment, je vois les parties de Noël partout et on dirait que ça me dégoûte. Ça me fait une boule dans l’estomac. Je ne veux même pas y penser. Tout ce que je veux, c’est de rester avec ma famille, c’est tout», dit-elle.

Mme Pageau-Autié a rencontré les enquêteurs de la Sécurité publique de Trois-Rivières, mercredi après-midi, pour porter plainte dans l’espoir de mettre la main au collet du sinistre individu qui a mis sa vie en danger.

La jeune femme raconte qu’elle n’a pas surveillé son verre, durant cette activité au restaurant. «C’est que devant moi, j’avais plusieurs verres et je me suis levée souvent pour aller aux toilettes ou pour discuter avec d’autres collègues», dit-elle.

Or, c’est là l’erreur. On ne doit jamais quitter son verre de vue, prévient le CALACS (Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel), même dans une fête privée.

Marie-Soleil Desrosiers, intervenante au CALACS, indique que ce genre de situation est en effet très courante. «C’est une méthode assez populaire dans les bars et les parties privés», une méthode qui réussit «parce qu’on ne se méfie pas.»

«Ça circule beaucoup, beaucoup, beaucoup», dit-elle. Les substances utilisées peuvent être nombreuses, dont le fameux GHB qui n’a ni couleur, ni odeur et qui peut donc facilement être mis dans un verre d’eau à l’insu d’une personne. Le mélange de ces drogues avec l’alcool multiplie les effets, explique-t-elle.

Si la victime n’a été ni violée, ni emmenée ailleurs, ni volée, c’est peut-être parce qu’elle n’était pas la personne ciblée par le geste, qu’on a voulu lui jouer un bien mauvais tour ou parce qu’elle était bien entourée par des gens qui la connaissent, analyse Mme Desrosiers.

Difficile d’avoir des statistiques sur le nombre d’agressions de ce genre. Du côté de la Sécurité publique de Trois-Rivières moins de dix dossiers de ce genre ont été rapportés aux policiers depuis 2016, dont deux seulement sont encore sous enquête, indique le porte-parole de la police, le sergent Luc Mongrain. Il n’existe pas de protocole d’information entre les services de police et les services de santé qui permettrait de compiler des statistiques à ce sujet, confirme-t-il. Ce n’est en effet pas une situation à déclaration obligatoire comme l’est la maltraitance des jeunes, par exemple, explique-t-il.

Le CALACS indique qu’à peine 5 % des femmes victimes d’agression portent plainte à la police. Selon son expérience, Marie-Soleil Desrosiers croit que c’est encore pire du côté des intoxications involontaires.

Jinny Pageau-Autié indique que depuis qu’elle a rendu public la soumission chimique dont elle a été victime, une vingtaine de femmes l’ont contactée pour dire qu’elles avaient été soumises, elles aussi, au même genre de traitement. «On dirait que ça sort ou bien on n’en parlait pas avant», constate-t-elle.