Les recherches pour retrouver Gilles Giasson se poursuivent au centre d'enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès.

Disparition de Gilles Giasson: «Mon frère a perdu la carte»

SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS — Au deuxième jour des recherches au site d’enfouissement de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM) pour retrouver Gilles Giasson, la Sûreté du Québec (SQ) aurait découvert des restes de l’homme porté disparu depuis vendredi dernier.

Les proches de M. Giasson sont sous le choc. Ils acceptent difficilement que son fils, François Asselin, ait pu assassiner son père et se débarrasser de son corps dans les ordures. 

«La seule affaire que je souhaitais, c’était de savoir où il était», a avoué en entrevue Gilles Junior Giasson, le fils de Gilles Giasson et le demi-frère de François Asselin. 

«Comment je dis ça à mes enfants que ton grand-père a été retrouvé et que c’est ton oncle qui l’aurait assassiné?», se demande l’homme qui vit des moments très difficiles.

Le fils de Gilles Giasson, Gilles Junior Giasson, et sa cousine, Caroline Giasson.

Bien que François Asselin soit le principal suspect dans la disparition de Gilles Giasson, une affaire que la Sûreté du Québec considère comme un possible meurtre, son demi-frère ne croit pas qu’il ait commis ce crime de sang-froid. 

«Je trouve ça dommage qu’il ait fait ça à mon père, mais je ne peux pas lui en vouloir en même temps. S’il a fait ça avec la tête froide, je ne le crois pas. Il faut qu’il y ait eu un déclencheur dans la tête de mon demi-frère qui a fait qu’un fusible a sauté. Mon frère a perdu la carte», estime Gilles Junior Giasson qui précise, non pour l’excuser, que son demi-frère a été confronté à l’adolescence aux suicides de deux de ses frères en quelques mois. 

Les proches de Gilles Giasson ont confirmé avoir eu un appel de la Sûreté du Québec mardi après-midi disant que des restes humains avaient été découverts au site d’enfouissement. Les enquêteurs souhaitaient avoir une description des tatouages que Gilles Giasson a sur son corps afin de procéder à l’identification. «On va pouvoir mettre un point final à cette histoire si c’est vraiment lui. Depuis vendredi, les nuits sont courtes», souligne Gilles Junior Giasson. 

«Ça nous aide aussi à réaliser ce qui est arrivé. On ne peut pas croire ça qu’il a tué son père», ajoute Caroline Giasson, la nièce de Gilles Giasson. 

La Sûreté du Québec ne confirmait toutefois pas cette information indiquant que des restes humains ont été découverts. La porte-parole de la SQ, la sergente Éloïse Cossette, qualifiait toutefois d’«importantes» les découvertes réalisées par les policiers. «Pour nous c’est une avancée majeure. Ça indique que nous cherchons dans la bonne zone. Nous allons continuer les fouilles afin de trouver des éléments importants pour ce dossier», explique-t-elle sans en dire davantage sur la nature des éléments.

Qu’est-il donc vraiment arrivé à Gilles Giasson? Ses proches ne cessent d’élaborer des hypothèses qui ne peuvent qu’être macabres. «Mon demi-frère habitait avec mon père. Il était toujours avec lui. Il a vécu toute sa vie avec mon père et ils se sont toujours bien entendus», précise Gilles Junior Giasson. «Il y a plein d’hypothèses qui viennent dans ma tête. Mais ça ne veut pas dire qu’elles sont vraies. On va peut-être le savoir uniquement quand François [Asselin] va se décider de parler. Mais encore là, est-ce que ça va être la vérité?» 

François Asselin a été accusé de meurtre d’un collègue de travail. Il est le principal suspect dans l’affaire de la disparition de son père Gilles Giasson.
Gilles Giasson est porté disparu depuis le 18 mai dernier.

Lorsque François Asselin a été arrêté puis accusé la semaine dernière du meurtre de François Lefebvre, un collègue de travail, Gilles Junior Giasson et sa cousine Caroline Giasson ont eu du mal à le reconnaître. Son apparence avait changé, mais c’est surtout son regard qui n’était plus le même. «Il a toujours été un gars fier de lui, la barbe faite et les cheveux rasés. Il était souriant. Il a des enfants et il les aimait», note son demi-frère. 

«Sur les images qu’on a vues de lui après son arrestation, il a le regard complètement vide. Ce n’est pas mon frère que je connaissais. Si j’avais vu n’importe qui d’autre avec ce regard vide, j’aurais dit que c’est un cas de psychiatrie. Il n’a pas fait ça parce qu’il voulait tuer quelqu’un.»

François Asselin a en effet été accusé vendredi dernier du meurtre au deuxième degré de François Lefebvre et d’outrage à son cadavre. Le demi-frère de François Asselin se dit de tout coeur avec les proches de François Lefebvre. «Il y a malheureusement deux familles affectées par ce drame», dit-il. 

Asselin et sa présumée victime travaillaient pour l’entreprise de déménagement Martel Express de Trois-Rivières. De l’aide a été offerte aux travailleurs de cette entreprise qui côtoyaient la victime et son présumé meurtrier. Les proches de Gilles Giasson affirment toutefois ne pas avoir eu d’aide, une situation qu’ils déplorent. «Nous autres, la famille proche, on n’a rien. On se soutient entre nous», précise Caroline Giasson.

Deuxième journée de recherches

Une trentaine de policiers ont participé, mardi, aux recherches sur le site d’enfouissement de Saint-Étienne-des-Grès. Des policiers spécialisés en recherches terrestres et d’autres provenant de l’unité des crimes contre la personne ont été déployés sur le site d’enfouissement. Une technicienne en scène de crime était également sur place. Deux pelles-rétrocaveuses ont également été utilisées. Les policiers étaient divisés en deux équipes de recherche. 

Les conditions de recherche n’étaient toutefois pas propices à l’utilisation d’un maître-chien. Un site d’enfouissement cache beaucoup trop d’odeurs pour qu’un chien policier puisse suivre une piste. «C’est sûr que si un maître-chien pouvait nous aider, il serait déjà sur place», a précisé la sergente Éloïse Cossette. 

Rappelons que les enquêteurs se sont rendus au site d’enfouissement après notamment qu’un éboueur ait avoué avoir accepté 20 $ de François Asselin, le fils de Gilles Giasson, pour mettre lui-même des sacs dans le camion à ordures, avant d’exiger que soient pressés les déchets. Les proches de Gilles Giasson n’en veulent pas à cet éboueur qui a accepté 20 $ pour se fermer les yeux. «Dans une telle situation, ça aurait pu être des plants de pot qu’une personne voulait se débarrasser. Tu ne penses pas que c’est un corps que le gars veut mettre dans le camion à déchets», soutient Gilles Junior Giasson. «Si le travailleur avait vraiment voulu être malintentionné, il serait resté silencieux. Il a permis de faire avancer l’enquête.»

Les recherches se sont poursuivies toute la journée jusqu’à 19 h et doivent reprendre mercredi matin. Des patrouilleurs ont surveillé l’endroit toute la nuit pour s’assurer que la scène ne soit pas compromise. 

Le site d’enfouissement toujours ouvert

Ce n’est bien sûr pas tous les jours que des dizaines de policiers débarquent au centre d’enfouissement de la RGMRM pour passer au peigne fin des déchets. Sans vouloir donner beaucoup de détails, la conseillère en communication de la régie, Sylvie Gamache, assure que la direction collabore avec la Sûreté du Québec pour faciliter les recherches. 

Les opérations quotidiennes de la RGMRM sont toutefois maintenues malgré les recherches de la SQ. «Nous avons déplacé les opérations d’enfouissement dans une autre section», précisait Mme Gamache. «Nous pouvons donc recevoir les déchets normalement.»