L'agent Charles-Scott Simard a témoigné calmement, mardi, devant le Comité de déontologie policière, qui aura à décider s'il a utilisé son arme à irritant chimique avec discernement.

Deux tirs pour «stopper l'assaut»

«Nos gars sont dans la marde et il faut que je fasse de quoi.»
L'agent Charles-Scott Simard est préposé aux irritants chimiques (PIC) depuis 2011. La barrette sur son uniforme témoigne de ses missions à Kaboul, lorsqu'il était policier militaire, et en Haiti, pour la police de Québec.
Il témoigne calmement devant le Comité de déontologie policière, qui aura à décider s'il a utilisé son arme à irritant chimique avec discernement.
Le policier camoufle mal une pointe d'amertume pour les «conclusions hâtives» et «l'analyse biaisée» de la fameuse manifestation du 26 mars 2015 au cours de laquelle il a blessé la jeune Naomie Tremblay-Trudeau.
Ce jour-là, Simard et ses collègues avaient patrouillé le campus de l'Université Laval pour suivre l'organisation des manifestants contre l'austérité.
Vers 16h, les trois pelotons Alpha, Bravo et Charlie assistent à la séance de breffage. 
Une dizaine d'autobus de manifestants sont arrivés de Montréal. Dans la métropole, les militants de l'ASSÉ ont réussi à percer la ligne de contrôle de foule des policiers.
À 17h15, Charles-Scott Simard, avec son fusil 37 mm en bandoulière, arrive près de l'Assemblée nationale. Il prend sa place dans l'unité anti-émeute, un peu en retrait pour avoir une vision d'ensemble.
Il voit les manifestants progressivement se regrouper. Plusieurs enfilent des lunettes de piscine ou de ski.
Les gens en première rangée forment une chaîne humaine et avancent en première rangée en scandant des slogans comme «Un bon flic est au cimetière». «On voit que ce n'est pas une manif des centres de la petite enfance», glisse le policier, ironique.
Les manifestants s'arrêtent à un pied du nez des policiers de l'anti-émeute. 
À ce moment, témoigne Charles-Scott Simard, la dizaine de policiers du peloton Bravo font face à 300 manifestants. D'autres se tiennent derrière les policiers.
Puis, affirme le policier Simard, c'est l'assaut des manifestants. «Je vois des policiers renversés, des manifestants qui essaient d'enlever les bâtons télescopiques, décrit-il. Je vois la sécurité de mes collègues compromise; comme PIC, il est temps que je fasse quelque chose.»
Le policier vise un petit groupe et tire une première cartouche contenant le gaz irritant. «L'assaut n'est pas terminé», constate Simard. Il tire une deuxième cartouche. Naomie Tremblay-Trudeau, 18 ans, sera blessée au bas du visage par les débris projetés avec la poudre irritante. 
Charles-Scott Simard dit n'avoir jamais vu la jeune femme. «Je visais le centre du groupe pour avoir un maximum d'efficacité, explique le policier. Les irritants chimiques vont les incommoder et ils vont avoir moins le goût de se battre contre nous.»
Le préposé aux irritants chimiques affirme que jamais, au cours de ses formations, il n'a reçu de mise en garde concernant les projections de débris ou sur une distance de tir à respecter.
Le produit irritant est efficace sur une distance entre huit et dix pieds, indique le policier. 
Il convient qu'un tir à bout portant comporte une certaine notion de danger. «Les deux tirs, je les ai fait avec l'entraînement reçu et avec ce que j'avais devant moi, répète l'agent Simard. Le but était de stopper l'agression dont mes membres étaient victimes.»
Menaces de mort
Après l'événement, le nom de Charles-Scott Simard a rapidement circulé sur les réseaux sociaux. Il a reçu des menaces de mort. Un jeune homme de 22 ans de Lévis, Pier-Alexandre Fortin, a été accusé. Il a depuis eu une sentence suspendue avec une probation de 18 mois et 75 heures de travaux communautaires.