Le service de police de Lévis ne compte aucun policier issu d'un groupe minoritaire dans ses rangs.

Des services de police avec bien peu de diversité à Lévis et Trois-Rivières

Les services de police de Lévis et de Trois-Rivières sont les moins diversifiés parmi les 11 plus importants corps policiers du Québec. Ne comptant aucun agent issu des minorités, ils sont aussi ceux où le pourcentage de policières est le plus bas.
Le service de police de Lévis ne compte aucun policier issu d'un groupe minoritaire dans ses rangs.
Selon les chiffres obtenus par Le Soleil en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, le Service de police de Longueuil serait celui comptant le plus important pourcentage de femmes, soit 33,87 % des 626 policiers. Il est suivi du Service de police de la Ville de Montréal, dont 31,8 % des 4586 policiers sont des femmes.
Laval suit avec 30,7 % de femmes alors que le Service de police de la Ville de Québec prend la quatrième place pour la parité hommes-femmes avec 27,91 % de femmes sur un effectif policier syndiqué régulier de 738.
La Sûreté du Québec (22,8 % de femmes), Lévis (21,57 %) et Trois-Rivières (21 %) ferment la marche sur cet aspect de la diversité, tout juste derrière la police de Sherbrooke, dont seulement 23 % des agents sont des femmes.
En ce qui a trait à la diversité culturelle, tous les corps policiers du Québec comptent un pourcentage moins élevé de minorités visibles et ethniques que le taux qu'on trouve dans la population en général.
Sans surprise, c'est à Montréal qu'on trouve la plus grande diversité culturelle dans les forces de l'ordre avec 7,07 % des policiers issus des minorités visibles et 4,14 % des minorités ethniques, pour un total de 11,21 %. Les minorités visibles incluent toutes les personnes qui ne sont ni de race blanche ni autochtones, et les minorités ethniques sont les personnes de race blanche parlant une autre langue que l'anglais ou le français.
Les trois corps policiers les plus rapprochés de la métropole, ceux de Terrebonne, Laval et Longueuil, sont également les trois seuls autres au Québec dont les minorités constituent plus de 3,35 % de l'effectif. Elles représentent 7,8 % des agents à Terrebonne, 7,20 % à Laval et 6,54 % à Longueuil.
Avec six policiers sur 388 issus des minorités visibles et au moins sept issus des minorités ethniques (ce renseignement n'étant pas comptabilisé dans la banque de données), la police de la Ville de Gatineau prend la cinquième place avec 3,35 % de minorités.
Loin derrière, Québec hérite de la septième place avec seulement deux policiers issus des minorités visibles et deux des minorités ethniques sur 738, soit un taux de 0,4 %, une fraction de pourcentage devant Sherbrooke et son unique policier issu des minorités sur 247.
Les services de police de Lévis et de Trois-Rivières sont les seuls corps policiers «100 % blancs» parmi les 11 plus importants de la province, ne comptant aucun policier des minorités ni aucun policier autochtone sur 200 à Trois-Rivières et 153 à Lévis.
Autochtones
Au chapitre des policiers autochtones, c'est la Ville de Saguenay qui tient le haut du pavé avec 2,69 % (6 sur 223), alors que la Ville de Québec prend la quatrième place avec 0,94 %, soit sept policiers autochtones sur 738.
Outre les services de police de Lévis et de Trois-Rivières, qui n'en comptent aucun, et Laval, pour lequel les données ne sont pas disponibles, le Service de police de Gatineau, avec un seul policier autochtone sur 388, est celui où les Premières Nations sont le moins représentées.
Une question de «confiance» pour les communautés culturelles
Selon Ronald  F. Melchers, professeur agrégé de criminologie à la Faculté de sciences sociales de l'Université d'Ottawa, la diversité est essentielle pour les corps policiers afin d'obtenir la légitimité et la confiance des communautés culturelles.
«Ce n'est pas que les policiers issus des minorités travaillent différemment des autres. Après tout, ils ont reçu la même formation. Cependant, la diversité, c'est une très bonne idée pour la légitimité de la police. Plus un service de police ressemble à la communauté qu'il dessert, plus il est perçu comme étant légitime et plus les gens sont portés à lui faire confiance», explique M. Melchers en entrevue avec Le Soleil.
«C'est également très important pour ce qui est des enquêteurs. Les membres des communautés culturelles collaboreront davantage avec les enquêteurs s'ils ont l'impression de se reconnaître dans le corps de police», poursuit-il.
M. Melchers cite entre autres l'exemple de la police de Toronto, qui est aux prises avec un problème de confiance et de crédibilité auprès de la communauté noire, et ce depuis plusieurs années. «Il faut dire cependant que les grands services de police urbains comme Montréal, Toronto et même Gatineau déploient des efforts considérables afin d'augmenter le pourcentage de femmes et de minorités dans leurs services.»
Le professeur concède aussi que plusieurs obstacles se dressent devant les jeunes autochtones et les jeunes issus des minorités culturelles qui souhaiteraient devenir policiers. «Dans certains cas, il y en a qui ont des dossiers judiciaires ou qui ont déjà consommé des substances interdites.»
Il salue d'ailleurs le geste du chef de police d'Ottawa, Charles Bordeleau, qui a récemment usé de son pouvoir discrétionnaire pour  organisateur communautaire d'origine somalienne malgré des infractions liées à la vitesse au volant et quatre suspensions de son permis de conduire. L'enquêteuse civile qui avait au départ rejeté la candidature de l'aspirant policier a remis sa démission après que le chef eut infirmé sa décision.
«Ce Canadien d'origine somalienne reçoit présentement sa formation pour devenir policier. Le chef a pris la bonne décision, car c'est un animateur communautaire très respecté dans sa communauté et qu'il fera un policier très compétent», poursuit M. Melchers.
«Cercle vicieux»
Il ajoute qu'un autre problème pour le recrutement de membres des minorités est que, dans certaines communautés, les jeunes n'ont pas vraiment le goût d'embrasser une carrière dans les forces policières.
«C'est un cercle vicieux! Comme il n'y a pas beaucoup de personnes des minorités culturelles dans la police, les gens de ces communautés souhaitent moins devenir policiers. Et c'est le cas partout dans le monde où il y a des minorités. Même en Nouvelle-Zélande, où les Maoris représentent quand même près de 15 % de la population, on dénote la même sous-représentation dans les forces de l'ordre», conclut-il.