Des religieuses des Sœurs de la Charité de Québec auraient agressé sexuellement des pensionnaires de l’orphelinat Mont d’Youville à Beauport, un établissement qu’elles ont fondé et dirigé pendant environ 70 ans, et ce, jusqu’en 1996.

Des religieuses accusées d’abus sexuels

Des religieuses des Sœurs de la Charité de Québec auraient agressé sexuellement des pensionnaires de l’orphelinat Mont d’Youville à Beauport.

Le scandale entourant l’ancien orphelinat pour jeunes démunis ou abandonnés du quartier Giffard prend de l’ampleur, avec, pour la première fois au Québec, des allégations d’abus sexuels commis par des religieuses.

Au printemps dernier, un ancien pensionnaire, Jean Simard, 56 ans, a déposé une demande pour intenter une action collective contre la congrégation qui a fondé l’orphelinat et l’a dirigé durant environ 70 ans, jusqu’à ce que le Centre jeunesse de Québec prenne le relais, en 1996. Le CIUSSS, qui chapeaute le centre jeunesse, a été ajouté dans la requête comme partie défenderesse.

Jean Simard affirme avoir été victime pendant deux ans, dans les années 70, de sévices infligés par un éducateur laïc, John-Anthony O’Reilly. 

Le garçon de 12 ans aurait reçu des milliers de coups de ceinture de cuir, sous les yeux du personnel de l’établissement et au su de la direction. L’éducateur a depuis plaidé coupable à des voies de fait et à de la grossière indécence sur M. Simard et sur trois autres pensionnaires.

Parmi les agresseurs

Depuis la médiatisation de la requête, une cinquantaine d’anciens pensionnaires ont contacté la firme Quessy Henry St-Hilaire, qui a déposé les procédures.

La majorité des nouveaux plaignants ont dénoncé d’autres préposés laïcs de l’école. Quelques-uns ont identifié des religieuses.

Dans sa requête amendée, déposée mercredi au palais de justice de Québec, les avocats racontent le cas d’une fillette de sept ans, qui aurait été agressée sexuellement à de multiples reprises par la religieuse responsable de la buanderie, en 1957.

Les agressions seraient survenues deux fois par semaine, durant une année.

Selon les allégués de la requête, la religieuse faisait d’abord asseoir la petite fille sur ses genoux. Elle lui enlevait sa petite culotte et lui touchait le pubis et la vulve durant plusieurs minutes.

Cette même jeune fille allègue avoir subi des sévices physiques et psychologiques aux mains des religieuses durant son séjour de cinq ans au Mont d’Youville.

Elle aurait reçu des châtiments corporels si intenses qu’elle était incapable de s’asseoir durant les visites de son père au parloir. Les religieuses l’auraient forcé à terminer un plat dans lequel elle avait vomi.

Au moins un garçon et une autre fille auraient confié aux avocats avoir été victimes d’abus de la part de religieuses des Sœurs de la Charité de Québec.

D’autres plaignants ont raconté des sévices infligés par des éducateurs. Un ancien pensionnaire se rappelle qu’on lui a enfoncé une brosse à cheveux dans l’anus alors qu’il était couché dans son lit. Ce même enfant se serait fait tirer les cheveux et aurait reçu des coups de pied et de poing à répétition. Il aurait aussi dû passer des heures à genoux dans un coin et se serait fait tordre les bras violemment.

«Les éducateurs du Mont d’Youville lui disaient qu’ils allaient le dompter, que de toute façon, ils étaient des enfants abandonnés et qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient avec eux», peut-on lire dans la requête.

Le cabinet Quessy Henry St-Hilaire évalue que le nombre de victimes potentielles du Mont d’Youville pourrait être de plusieurs centaines. Le nombre d’agresseurs reste indéfini pour le moment.

Les anciens pensionnaires tiennent la congrégation directement responsable des abus commis tant par ses membres que par ses employés. Les Sœurs de la Charité de Québec ont «fermé les yeux» sur les agissements de son agresseur, allègue Jean Simard, et ont «fourni l’occasion et les moyens» à O’Reilly de se livrer à des abus envers des enfants vulnérables. Les religieuses «ont préféré supporter un abuseur et protéger leur réputation au lieu de protéger les enfants dont elles avaient la responsabilité», ajoute le demandeur.

Réclamation de 2 M$

Les demandeurs sont toujours en attente d’une date pour débattre de l’autorisation du recours collectif devant la Cour supérieure.

Dans sa requête, Jean Simard réclame une somme de 2 millions $ à la congrégation et au CIUSSS à titre de dommages et de pertes pécuniaires et non pécuniaires. L’ancien pensionnaire dit avoir gardé de lourdes séquelles des abus subis au Mont d’Youville; il est devenu un individu violent et a passé une partie de sa vie en prison.