Claude St-Pierre, le père de Véronique, n’a pas d’intention de vengeance. Il veut simplement que la vérité soit connue sur l’identité du conducteur de l’auto qui a renversé sa fille sur le chemin Baie-des-Sables, à Lac-Mégantic, dans la nuit du 10 au 11 juin 1994. Histoire de pouvoir clore ce triste épisode de sa vie et de compléter son deuil de sa fille.

Des parents «toujours le cœur brisé»

Vingt-cinq années se sont écoulées et beaucoup de questions demeurent sans réponse pour Claire Poulin, de Lac-Mégantic, et son ex-mari Claude St-Pierre.

Le 11 septembre chaque année leur rappelle le souvenir de la mort de leur fille, Véronique St-Pierre, heurtée par un chauffard alors qu’elle circulait à vélo sur le chemin Baie-des-Sables, à Lac-Mégantic. La personne se serait brièvement arrêtée 150 mètres plus loin avant de démarrer en trombe pour fuir les lieux. Leur Véronique chérie n’avait que 15 ans.

Leur double deuil n’est pas encore terminé, ils pleurent encore ce terrible accident survenu à 2 h 47 dans la nuit du 10 au 11 juin 1994. Véronique St-Pierre est restée plongée dans un profond coma pendant trois mois. Elle est décédée le 11 septembre, sans s’être réveillée, des suites de ses blessures, selon la conclusion du coroner, qui ajoutait dans son rapport : « choc irréversible. Conditions associées : coma avec état neuro-végétatif secondaire à un traumatisme. »

« On a toujours le cœur brisé. La personne qui a commis ce crime, si elle a un esprit, une âme, elle doit sûrement vivre avec des remords constants. Nous, de notre côté, nous sommes marqués à vie. Nous avons toujours, au jour le jour, des pensées de cette terrible épreuve. Personne ne mérite de passer par un tel enfer qui laisse des blessures permanentes », déplore Mme Poulin.

Claude St-Pierre voulait offrir une récompense de 5000 $ à tout informateur qui permettrait l’identification de l’auteur du délit de fuite qui a tué sa fille. « Mais l’agent de police que j’ai rencontré m’a interdit de le faire parce que cela nuirait à l’enquête. Il a aussi refusé d’effectuer, à ma grande surprise, des expertises de peinture laissée sur la bicyclette de ma fille, prétextant que ce n’était pas comme à la télévision que les choses se passent », raconte-t-il.

« Mais aujourd’hui, avec des membres de ma famille, nous sommes prêts à offrir 25 000 $ à la personne qui s’ouvrira au nom de la vérité. Et nous garantissons l’anonymat pour le faire. Nous n’avons pas d’idée de vengeance. Nous avons seulement besoin de savoir la vérité. Il reste un doute qui empêche de clore l’histoire et de compléter notre deuil. D’après nous, le travail des policiers n’a pas été bien fait », indique-t-il.


« La personne qui a commis ce crime, si elle a un esprit, une âme, elle doit sûrement vivre avec des remords constants. Nous, de notre côté, nous sommes marqués à vie. »
Claire Poulin, mère de la victime
Claire Poulin et sa famille peinent à vivre les 11 septembre, depuis 25 ans, une date qui leur rappelle le décès de leur fille Véronique St-Pierre, qu’un chauffard a renversé mortellement, alors qu’elle circulait à vélo, à Lac-Mégantic, en 1994.

Deux amis de Véronique accompagnaient l’adolescente la nuit du drame. Ghislain et Carl, qui demeurent toujours à Lac-Mégantic et Marston, ont témoigné après l’accident qu’ils se suivaient de près, à la file indienne, sur l’accotement du chemin. L’auto du chauffard a dévié de sa route pour aller frôler Carl, deuxième dans la file, qui a été projeté dans le fossé. La voiture a ensuite percuté violemment Véronique, qui était devant et qui n’a eu aucune chance. Des éclats de pare-brise dans ses cheveux ont témoigné de cette violence.

Pourtant, sur le rapport de police, qui ne portait aucun en-tête officiel, le reconstitutionniste de la Sûreté du Québec (SQ) a indiqué que la bicyclette de Véronique se trouvait au milieu du chemin, contrairement au témoignage de ses deux amis. « À la demande de mon fils Jérôme, j’ai demandé à recevoir ce rapport, dont j’ai pu prendre connaissance », relate Claire Poulin, rappelant que cette fin de semaine là, il y avait beaucoup de festivités à Baie-des-Sables.

La police municipale de Lac-Mégantic a ensuite attendu quatre jours avant de transférer l’enquête à la SQ. « Pourtant, le rapport du Bureau d’enquête de Sherbrooke date de la journée même du crime et non quatre jours plus tard comme cela m’avait été mentionné. Les témoignages des deux amis n’y sont pas rapportés », souligne Claire Poulin.

« Les quatre jours de délais ont aussi compromis la possibilité de vite retracer le véhicule du fuyard, qui pouvait être en réparation chez un carrossier de la région, ce qui se fait habituellement. Comme l’Opération 100, qui était déclenchée rapidement après un tel accident, dans ce temps-là. Ils auraient aussi pu chercher le véhicule écrabouillé chez un ferrailleur, ou vérifier les dossiers de la Société d’assurance automobile (SAAQ) pour savoir quels propriétaires n’ont pas renouvelé leur immatriculation pour ce véhicule dans les mois suivants. Nous avons de graves soupçons sur un conducteur ivre qui sortait d’un party. »


« Nous n’avons pas d’idée de vengeance. Nous avons seulement besoin de savoir la vérité. Il reste un doute qui empêche de clore l’histoire et de compléter notre deuil. D’après nous, le travail des policiers n’a pas été bien fait. »
Claude St-Pierre, père de la victime

Un deuxième rapport, émanant de la SAAQ celui-là, présentait un schéma du chemin, où les bicyclettes sont bel et bien sur l’accotement et celle de Véronique à sa vraie place, pas dans le milieu de la rue.

Le 30 septembre 2014, Claude St-Pierre a demandé que l’enquête soit rouverte, à la suite de conversations avec des personnes de son entourage. Elle s’est étalée pendant deux à trois ans, sans résultat.

« Depuis 25 ans, nous avons eu des parcelles d’informations, toujours dans le même sens. Des petits détails, des petits morceaux du casse-tête qui permettent, en s’ajoutant, de voir l’image… Des gens possèdent des morceaux même anodins qui pourraient permettre à Véronique d’être libérée dans l’au-delà et de libérer aussi notre famille », indique M. St-Pierre.

La relationniste de la SQ Aurélie Guindon a confirmé que l’enquête est toujours active à la Section des crimes majeurs de l’Estrie, au quartier général de Sherbrooke. « Tant qu’un crime n’est pas résolu, l’enquête reste ouverte. Nous ne sommes pas en mesure de dire pourquoi une enquête prend une période de temps quelconque, quelle qu’elle soit. »