Jay Manek et Karl-Emmanuel Picard, les copropriétaires du bar et salle de spectacle L’Anti, déplorent le vandalisme perpétré contre leur établissement, dans la nuit de mercredi à jeudi

Des actes de vandalisme au bar L’Anti

Des actes de vandalisme ont été commis dans la nuit de mercredi à jeudi au bar et salle de spectacle L’Anti, sur la rue Dorchester, et l’un des propriétaires de l’établissement, le promoteur Karl-Emmanuel Picard, a dû contacter la police de Québec, qui pourrait surveiller de près trois spectacles qui auront lieu à cet endroit en fin de semaine.

«De la peinture a été lancée dans les fenêtres et un faux cocktail Molotov a été déposé près d’un graffiti qui disait “Next time, on te brûle”», a expliqué au Soleil M. Picard, qui croit que des commentaires faits sur le site antiraciste Québec Antifasciste et le webzine Dure Réalité durant la journée de mercredi auraient pu provoquer ces gestes. On y faisait mention de la présence vendredi, en première partie de l’un des trois spectacles du groupe hardcore new-yorkais Agnostic Front, et du groupe de Boston Death Before Dishonor, du groupe montréalais Tailgunner. Le chanteur de Tailgunner, Stephen Lepage, a en effet fondé, dans les années 90, la section québécoise de l’organisation raciste Northern Hammerskins avant de quitter ce milieu quelques années plus tard.

«Agnostic Front et Death Before Dishonor sont des groupes qui s’opposent au racisme et ça faisait longtemps que je rêvais de présenter ce spectacle. Cependant, je ne connaissais pas du tout l’historique du chanteur de Tailgunner. En fin de compte, j’ai décidé de les rappeler et ils ont accepté de se retirer du spectacle pour ne pas susciter la controverse et nuire à l’organisation du spectacle. Ils ont accepté de se retirer même si le chanteur insiste qu’il n’a plus rien à voir avec les mouvements racistes», indique M. Picard.

Autres reproches

Sur les réseaux sociaux, on faisait aussi d’autres reproches à L’Anti, notamment d’embaucher un employé ayant déjà fait partie d’un groupe skinhead xénophobe et on prétendait également que des membres de groupes d’extrême droite allaient se donner rendez-vous sur place vendredi. «C’est complètement faux. C’est une histoire inventée pour nuire à l’établissement. Oui, un de mes employés a déjà fait partie d’un groupe musical raciste en plus d’avoir fait de la prison pour une affaire de drogue, mais il n’est plus là-dedans aujourd’hui. Et c’est complètement faux de dire qu’il aurait réservé des billets pour des groupes d’extrême droite. Il n’y a que moi qui puisse réserver des billets et je n’en ai réservé pour personne.»

On reprochait aussi à L’Anti d’avoir présenté en février un spectacle avec deux groupes black metal québécois national-socialiste. «Ce sont deux groupes dont j’ignorais qu’ils étaient national-socialiste. Je ne le savais pas, sinon je ne l’aurais pas organisé. Je ne veux pas de groupes racistes et néonazis dans mon bar, j’aime la musique et je veux que les spectacles se déroulent dans la paix et l’harmonie. Mais en même temps, je ne peux contrôler l’affiliation politique de tous ceux qui viennent ici», précise celui dont l’associé en affaires est indo-canadien.

Dommage

Karl-Emmanuel Picard trouve dommage que cette situation ait débouché sur des actes de vandalisme posés à son bar. «Ce n’était pas nécessaire d’aller jusque là. J’ai 29 ans et j’organise des spectacles depuis que j’ai 12 ans. J’aurais aimé que les gens qui ont posé ces gestes viennent me parler à la place. Je suis prêt à entendre leur point de vue et à les écouter.» Le promoteur ne craint cependant pas de grabuge durant les trois spectacles d’Agnostic Front, qui se dérouleront à guichet fermé. «J’ai porté plainte à la police et on va tout faire pour que tout se passe bien», a-t-il déclaré, laissant entendre qu’il était possible que les forces de l’ordre ne soient pas très loin vendredi, samedi et dimanche.

Ce n’est pas la première fois que des établissements de Québec sont la cible de menaces sur fond de lutte entre groupes d’extrême droit et militants antiracistes. En novembre, un spectacle de groupes antiracistes qui devait avoir lieu au bar Le Scanner avait dû être déplacé suite à des menaces proférées contre le propriétaire, qui avait reçu deux faux cocktails Molotov avec la mention «Kaboom». Quelques semaines plus tard, c’est la librairie anarchiste La Page Noire qui était vandalisée par des individus qui critiquaient son idéologie de gauche. Personne n’a encore été accusé relativement à ces événements.