Le juge Pidgeon, qui aura 74 ans en juin, affiche son traditionnel sourire. Mais la gorge lui serre lorsqu’il évoque son départ à venir d’une fonction qu’il a tant aimée.

Départ annoncé du juge Robert Pidgeon

Figure emblématique de la justice québécoise, le juge Robert Pidgeon a annoncé lundi matin qu’il prendra sa retraite à la fin septembre. Il était juge en chef associé de la Cour supérieure depuis 18 ans.

Le juge Pidgeon, qui aura 74 ans en juin, affiche son traditionnel sourire. Mais la gorge lui serre lorsqu’il évoque son départ à venir d’une fonction qu’il a tant aimée.

Tous les juges de nomination fédérale doivent prendre leur retraite à l’âge de 75 ans. Le juge Pidgeon a choisi de se donner un peu plus de temps de transition avant la date fatidique. «Je ne voulais pas quitter mes fonctions de façon abrupte; pour moi, ça aurait été encore plus difficile, dit-il. Je voulais transmettre à celle ou celui qui me remplacera toute l’information que j’ai accumulée.»

Robert Pidgeon a été nommé juge en chef associé à la Cour supérieure en 2002, à l’âge de 56 ans. Après ses années de pratique comme avocat, le Gaspésien a été juge à la Cour supérieure et aussi à la Cour d’appel.

Dans ses «vies précédentes», M. Pidgeon a travaillé comme coroner, comme maire de Gaspé pendant 11 ans et comme préfet de MRC.

Dès le départ, le juge Pidgeon avait mis son mandat à la Cour supérieure sous le signe de l’efficacité. Il partira convaincu qu’une série de petits pas a fait se moderniser l’instance judiciaire. Appel du rôle téléphonique, conférence de règlement à l’amiable au civil, médiation en chambre criminelle; les avancées sont nombreuses, se réjouit le juge Pidgeon. «Mais il y a toujours place à amélioration.»

D’ici à son départ, le juge Pidgeon veut participer à deux grands chantiers sur les règles déontologiques pour les juges de nomination fédérale et sur le fonctionnement des auditions disciplinaires visant les juges.

Il veut aussi assister à la naissance de sa nouvelle procédure, la conciliation et instruction sommaire. En moins de 90 jours, les parties, par exemple dans une cause de vice cachée sur une maison, sont convoquées devant un juge. En avant-midi, le juge tentera de les faire s’entendre. S’il échoue, en après-midi, les parties déposent devant le juge les déclarations assermentées de leurs témoins, les interrogatoires et les expertises. Le juge part avec le dossier en fin de journée et rend son jugement dans les sept jours. Un jugement sans appel, comme l’ont accepté au départ les parties.


« Il n’y a rien de pire dans la vie que quelqu’un qui n’est pas informé. La meilleure manière de rejoindre ce public, c’est en collaborant avec les médias »
Robert Pidgeon

Bon communicateur

Du temps de ses années à la mairie de Gaspé, Robert Pidgeon allait s’asseoir chaque semaine dans le studio de la radio locale pour jaser avec ses concitoyens.

Comme juge en chef associé, il s’est donné pour but de rendre le public plus informé sur le processus judiciaire. «Il n’y a rien de pire dans la vie que quelqu’un qui n’est pas informé, estime M. Pidgeon. La meilleure manière de rejoindre ce public, c’est en collaborant avec les médias.»

Toujours disponible pour une entrevue, le juge Pidgeon a, en contrepartie, imposé plusieurs règles encadrant le travail des journalistes dans les palais de justice. Des règles nécessaires, insiste-t-il, à une époque où les relations accusés-médias viraient souvent à la foire d’empoigne.

Aider son fils... et d’autres

Le juge Pidgeon sait déjà quelle contribution sociale il veut faire, une fois à la retraite : aider les gens atteints de troubles de santé mentale.

D’abord son propre fils. «Je m’en suis occupé tout au long de sa vie, mais je veux consacrer les énergies qu’il me reste pour donner un coup de main», explique M. Pidgeon.

Il y a quelques années, un organisme pour le travail adapté aux personnes atteintes de trouble de santé mentale lui avait demandé d’agir comme porte-parole. À son grand regret, il avait dû refuser en raison des interventions politiques qui venaient avec le rôle.

Sa prochaine retraite lui redonnera toute sa liberté de parole.