Michel Goulet, âgé de 55 ans, a plaidé coupable très tôt dans le processus judiciaire. À droite, Me Jean Beaupré, son avocat.

Dénoncer, pour s'aider

Chaque jour, Marc* aide des enfants confiés à la DPJ. Il lui aura fallu trois décennies pour secourir le petit garçon qu’il était et dénoncer Michel Goulet, le moniteur de camp de vacances coupable de l’avoir agressé sexuellement.

Marc a connu Michel Goulet à l’été 1982, dans un camp de vacances de Portneuf. Le garçon de 10 ans a d’abord été attiré par le nom du moniteur de 18 ans, semblable à celui du hockeyeur des Nordiques. Il trouvait le moniteur gentil et tellement bon raconteur.

Une nuit, Marc et Michel Goulet dorment à la belle étoile. Au petit matin, le moniteur demande à l’enfant de le rejoindre dans son sac de couchage. Pendant quelques secondes, Goulet touche le pénis du garçon et a placé la main de l’enfant sur son propre membre.

Marc affirme que le jour du départ du camp, le moniteur lui a rappelé de ne pas parler des gestes pour ne pas attirer de malheur à sa famille.

«Ces propos-là m’ont hanté comme enfant», témoigne Marc.

L’homme a choisi de dénoncer lorsqu’il n’a plus été capable de supporter la contradiction entre son silence et son travail comme intervenant à la Direction de la protection de la jeunesse.

«Je fais ça à la journée longue monter des dossiers pour défendre des jeunes et je n’étais pas en mesure de m’aider moi-même, constate-t-il. Je devais agir et ne plus parler des deux côtés de la bouche.»

Marc attendra la dénonciation d’un autre ancien campeur, Julien*, pour porter une plainte officielle contre Michel Goulet.

Julien avait neuf ans lorsqu’il a connu le moniteur de camp, durant ce même été 1982. Dans son cas, les attouchements se sont limités à des caresses au bas-ventre et aux cuisses.

Aujourd’hui médecin, Julien considère avoir une belle vie. Malgré tout, il a traîné un pernicieux sentiment de honte et culpabilité après les attouchements. Car dans les jours suivants les attouchements commis par Michel Goulet, il a reproduit certains gestes sur un enfant plus jeune.

Depuis, il a du mal à être affectueux avec les enfants de son entourage.

Plaidoyer de culpabilité

Goulet, âgé de 55 ans, a plaidé coupable très tôt dans le processus judiciaire. Il montre de l’empathie envers les victimes, a indiqué son avocat, MJean Beaupré.

Bien avant le dépôt des accusations, Michel Goulet a fait une thérapie volontaire avec un sexologue pour être certain de ne jamais plus faire de victimes. Il est sans antécédent judiciaire. Son avocat estime que des travaux communautaires et une probation seraient une peine appropriée.

La procureure de la Couronne Me Laura Plamondon-Dufour a plaidé pour une peine de 12 mois à purger dans la collectivité, soulignant l’abus de confiance commis sur deux jeunes vulnérables.

Le juge Steve Magnan de la Cour du Québec rendra sa décision à la fin juillet.

* Prénoms fictifs