Décès à Bonaventure: «ce qui devait arriver est arrivé»

GASPÉ — Les fréquentes ruptures de services au CLSC de Paspébiac, une urgence 24/7, rendaient inévitable un drame comme celui de la semaine dernière, estiment des médecins et des concitoyens de l’homme de Bonaventure décédé dans la nuit de 23 au 24 novembre. L’ambulance dans laquelle il prenait place a dû rouler 40 minutes plutôt que 10 à 15 pour atteindre un médecin de garde.

«C’est évident que ça allait arriver un jour. S’ils ont établi une urgence à Paspébiac, c’est parce que c’est utile. Ça raccourcit la distance entre les points de service», dit Aurélien Bisson, un résident de Bonaventure. La situation de la semaine dernière «me dépasse et ça m’inquiète par rapport à d’autres décisions qui pourraient être prises dans le futur», ajoute-t-il.

Entre le 1er juin et le 17 novembre, c’est arrivé à 28 reprises qu’il n’y ait pas de médecin de garde au CLSC de Paspébiac, en théorie une urgence ouverte 24 heures, 7 jours. Des huit médecins, deux sont en congé de maternité et deux autres en congé de maladie en raison d’un accident de voiture et d’une blessure.

De Bonaventure en ambulance, il faut 10 à 15 minutes pour se rendre au CLSC de Paspébiac vers l’est, et 40 minutes pour atteindre l’hôpital de Maria vers l’ouest. Le délai vers Maria est allongé de 10 à 15 minutes à cause d’un pont fermé depuis le printemps sur la route 132.

Vers 23h45 jeudi soir, les paramédicaux avaient affaire à un patient de 74 ans en arrêt cardiorespiratoire. Une personne au CLSC de Paspébiac leur a demandé de se diriger vers Maria, puisque les services à Paspébiac fermaient à minuit.

Une enquête du CISSS

Le ministre Gaétan Barrette a promis une enquête. Il s’agit d’une «enquête administrative par le CISSS de la Gaspésie à notre demande», précise-t-il. Elle devra répondre à la question : «Qui a décidé de donner l’information de ne pas aller au CLSC et pourquoi?» ajoute le ministre.

Le coporte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), Simon-Pierre Landry, trouve «odieux» que M. Barrette semble mettre le blâme sur l’infirmière ou le médecin de garde. 

«Le vrai enjeu, c’est qu’il y avait un bris de service. C’est une situation qu’on voit plus souvent depuis la réforme Barrette, qui veut donner un médecin de famille à tous les Québécois. On n’a rien contre ça, mais il a pris les médecins qui travaillaient en urgence et en CHSLD et leur a dit : allez faire du cabinet. On est en pénurie de médecins habilités à travailler en urgence. Ce qui devait arriver est arrivé», dit M. Landry.

Le ROME demande une enquête indépendante, menée par exemple par le Protecteur du citoyen. «Le Ministère ou le CISSS n’auront pas intérêt à dire que c’est à cause de leurs politiques», estime M. Landry.

Médecin jusqu’à minuit

Le médecin de garde a été présent jusqu’à minuit, confirme le CISSS. «L’enquête nous permettra de déterminer plus précisément pour quelle raison le patient n’a pas été reçu à Paspébiac», indique la porte-parole du CISSS, Geneviève Cloutier.

Depuis samedi, un médecin est disponible toutes les nuits à Paspébiac pour recevoir les patients transportés en ambulance. «Il s’agit d’un effort collectif de l’équipe médicale de [l’hôpital de] Maria pour pallier à la découverture immédiate», explique Mme Cloutier.

Le ministre Barrette «ne [voit] pas l’intérêt» d’une enquête indépendante. Le ROME est «une organisation de revendication de gauche qui conteste toutes les obligations», dit-il.

La Gaspésie compte assez d’effectifs médicaux, croit le ministre. Les administrations locales ont «tous les leviers nécessaires» pour éviter les ruptures de service, juge-t-il.

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LA NUIT FATALE EN 5 MOMENTS

23h12: Un appel est logé au 9-1-1 par un proche du patient, qui tombe en arrêt cardiorespiratoire pendant l’appel.

23h13: Le duo de paramédicaux de Bonaventure est affecté. Ils sont en horaire dit «de faction» et attendent donc les appels de chez eux ou d’ailleurs, à cinq minutes maximum de leur ambulance, qu’ils doivent d’abord rejoindre.

23h21: L’ambulance part vers le domicile du patient.

23h24: Les paramédicaux arrivent et entament des manœuvres de réanimation.

Entre 23h42 et 23h45: Le CLSC de Paspébiac avertit les paramédicaux qu’ils devront se rendre à l’hôpital de Maria.