Le nombre d'arrestations pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue était en hausse à Québec en 2016, ce qui inquiète au  moment où le gouvernement  de Justin Trudeau prévoit légaliser la marijuana.

De plus en plus de pot sur la route

Le nombre d'arrestations pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue est en hausse à Québec, au moment où le gouvernement fédéral prévoit légaliser la consommation de cannabis d'ici juillet 2018. Une situation qui suscite de grandes préoccupations.
Selon des données obtenues par Le Soleil, en 2016, 82 personnes ont été arrêtées par des agents du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) pour conduite avec les capacités affaiblies par la drogue. En 2015, 67 chauffards avaient été épinglés.
«Si on regarde la tendance, ce qu'on constate, c'est que c'est en croissance, contrairement à l'alcool qui est une donnée plus stable», a indiqué le relationniste du SPVQ, David Poitras. En comparaison, le nombre d'arrestations pour conduite avec les capacités affaiblies par l'alcool est constant depuis plusieurs années. En 2016 à Québec, on dénombrait 693 arrestations pour ce motif, contre 692 en 2015.
Le problème de la conduite sous l'effet de la drogue «deviendra encore plus grand par suite de la légalisation» du cannabis, estime la police de Québec.
Cette hausse de 22 % du nombre d'arrestations entre 2015 et 2016 s'explique notamment par le fait que tous les patrouilleurs sur la route ont été formés dans les dernières années pour détecter les conducteurs intoxiqués par la drogue.
«Ce que les gens ne savent peut-être pas, ce qu'il est illégal de conduire avec les facultés affaiblies par n'importe quoi!» a lancé le directeur général d'Éduc'alcool, Hubert Sacy, appelé à réagir à ces statistiques. «Avec l'alcool, la seule différence, c'est qu'on a des instruments pour mesurer et on a un seuil qui est établi. [...] En matière de cannabis, il n'y a rien dans le Code de la sécurité routière qui dit c'est à partir de combien.»
M. Sacy se dit préoccupé, croyant que les dangers de la conduite sous l'effet du cannabis seraient socialement sous-estimés.
Le Dr Ildebert Huard, directeur général de la Villa Ignatia, une maison de thérapie pour traiter l'alcoolisme et autres toxicomanies de Québec, voit mal comment la légalisation du cannabis n'aurait pas d'impact sur le bilan routier.
Admettant que plusieurs des toxicomanes qu'il rencontre conduisent après avoir consommé de la marijuana, il explique que «l'effet du cannabis sur la capacité de conduire n'est pas moins grand que celui de l'alcool». La majorité des toxicomanes qu'il traite pense que le cannabis n'aurait pas d'effet sur leur conduite.
L'éducation des conducteurs en serait peut-être pour quelque chose, croit M. Sacy. Alors que 81 % des conducteurs arrêtés pour capacités affaiblies par l'alcool ne sont pas des récidivistes, la police de Québec déduit que malgré les campagnes de sensibilisation, «le message ne passe pas complètement».
De l'avis du directeur général d'Éduc'alcool, la récente campagne de la SAAQ sur les effets du cannabis au volant aurait provoqué davantage de rejet que d'adhésion. «Pourquoi? Parce que le terrain n'était pas prêt. Qu'est-ce qu'on dit aux gens? C'est quoi qu'on leur dit dans les écoles de conduite? C'est quoi l'équivalent du 0,08? On n'a rien encore de tout ça. Tout ce qu'il faut, pour avoir une situation potentiellement dangereuse: pas de balise, pas de règle, pas de norme et une sous-évaluation du danger.»
Parallèlement à la légalisation du cannabis, le gouvernement canadien entend renforcer les lois sur la conduite avec les capacités affaiblies. Le projet de loi permettrait notamment aux policiers de prélever un échantillon buccal lors d'une arrestation en bordure de la route pour déterminer la présence de drogues dans l'organisme du conducteur intercepté. Il créerait aussi trois nouvelles infractions selon le taux de drogue dans le sang dans les deux heures suivant la conduite.
Hausse des appels à prévoir chez Tolérance Zéro
Le président-directeur général de l'entreprise de service de raccompagnement Tolérance Zéro (TZ) Capitale-Nationale, Daniel Bédard, prévoit que la légalisation à venir du cannabis haussera la demande des services de raccompagnement. «C'est rare que les gens nous appellent pour nous dire: "Je veux me faire raccompagner, j'ai consommé du speed". Généralement, les gens nous appellent parce qu'ils ont consommé de l'alcool», a-t-il admis, estimant que la consommation ouverte de cannabis favorisera l'acceptation sociale de faire appel à un service de raccompagnement. Le pdg maintient que le service ne fait aucune discrimination sur la nature du raccompagnement.
Dans la dernière décennie, TZ Capitale-Nationale a enregistré une forte hausse du nombre de raccompagnements. En 2016, l'entreprise en a réalisé environ 67 000, un nombre qui frôlait les 18 000 en 2008. Selon M. Bédard, le rythme de la croissance s'accélérera après la légalisation de la marijuana.