Cynthia Gaulin

Cynthia Gaulin déclarée coupable sept ans après un capotage mortel

Cynthia Gaulin avait été acquittée lors de son premier procès car le juge estimait que son inexpérience au volant autant que son état d’ébriété avait pu causer un accident mortel. Cette fois-ci, le tribunal n’a aucune hésitation à pointer l’alcool.

« La responsabilité de ce triste événement est prioritairement attribuable à l’état d’ébriété de l’accusée », tranche le juge Jean-Paul Decoste de la Cour du Québec, qui condamne la jeune femme pour une conduite avec plus de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang ayant causé la mort de Valérie Gagné.

Le 8 octobre 2011, Cynthia Gaulin, 20 ans, fait la fête dans un appartement de Québec avec des amis. Deux jours plus tôt, elle venait d’annoncer ses fiançailles.

Durant la soirée, elle décide d’accompagner Valérie Gagné, 24 ans, au dépanneur. À l’aller, Valérie conduit la petite Fiat 500 louée par le copain de Cynthia Gaulin. Les deux filles sont déjà en état d’ébriété.

Au retour, Valérie propose à Cynthia de conduire. La jeune femme hésite; elle n’a jamais conduit de véhicule et n’a pas de permis.

Elle s’assoeit finalement derrière le volant. Cynthia Gaulin roule trop vite sur l’avenue du Colisée. Elle ne réussit pas à négocier un virage près du boulevard Hamel. Une roue avant de l’auto percute violemment le trottoir. La petite Fiat dérape puis fait un tonneau.

Partiellement éjectée du véhicule, Valérie Gagné meurt quelques minutes après l’accident.

Le juge retient que la jeune conductrice avait un taux d’alcoolémie oscillant entre 0,15 et 0,18 au moment du capotage.

Lors de ses deux procès, Cynthia Gaulin avait allégué que quelques secondes avant l’accident, sa passagère lui avait obstrué la vue en étirant son bras pour actionner les clignotants. En voulant ralentir par la suite, la conductrice se serait trompé de pédale et aurait appuyé sur l’accélérateur au lieu du frein.

Pour le juge Decoste, cette explication, que la conductrice n’avait pas donnée aux policiers lors de son arrestation, « ressemble trop à de la fabrication récente pour qu’on y prête foi ».

Acquittement au premier procès

Lors du premier procès, le juge de la Cour du Québec avait acquitté Cynthia Gaulin de l’accusation de conduite avec les capacités affaiblies ayant causé la mort car il estimait que la poursuite n’avait pas démontré hors de tout doute raisonnable le lien causal entre les capacités affaiblies de la conductrice et l’accident mortel. L’inexpérience de conduite pouvait aussi avoir joué un grand rôle, disait le juge. 

Cynthia Gaulin avait écopé d’une amende de 2 000$ pour une conduite avec les facultés affaiblies. La poursuite avait porté la décision en appel et avait obtenu un second procès.

«Manque de jugement flagrant»

Le juge qui a entendu la même preuve lors du second procès dit n’avoir aucune hésitation à attribuer à l’état d’ébriété de la conductrice la responsabilité de l’accident.

En plus du taux d’alcoolémie, Cynthia Gaulin avait les yeux rouges et une haleine qui sentait l’alcool. Le juge Jean-Paul Decoste voit d’autres indices de ses capacités affaiblies.

« Si elle avait été sobre, aurait-elle accepté de conduire la Fiat sans permis, sans connaissance?, demande le juge. On a ici l’indice d’un manque de jugement flagrant. »

L’état d’ébriété a poussé la jeune femme à conduire à une vitesse trop élevée et l’a rendue incapable de traiter rapidement l’information et de prendre la décision appropriée, ajoute le juge.

Les parties débattront de la peine à imposer à Cynthia Gaulin à la mi-septembre. Toujours sans permis, elle a l’interdiction de conduire un véhicule.

La grand-mère de Valérie Gagné, Liliane Belleau, se réjouissait de cette victoire, après un parcours judiciaire qui aura duré près de sept ans. « C’est un beau cadeau de la fête des Pères », glisse-t-elle, en pointant son fils, Richard Muller, père de la victime, resté discrètement à l’écart.

La grand-mère a aussi une pensée pour Claire, la maman de Valérie, emportée par un cancer deux ans après l’accident. «Mais c’est aussi le chagrin qui l’a fait mourir», insiste Mme Belleau.