Le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, a dressé le bilan de sa première année à la tête du SPVQ, mardi. Une année marquée par la tuerie de la Grande Mosquée et les plaintes relatives à des crimes sexuels.

Crimes sexuels: la police de Québec révise 365 plaintes rejetées

Dans la foulée du mouvement #moiaussi, la police de Québec a ouvert 30 dossiers de crimes sexuels et a entamé la révision de 365 plaintes rejetées.

Les plaintes ont été reçues peu de temps après la révélation d’allégations de nature sexuelle à l’encontre de Gilbert Rozon, à partir de la mi-octobre. 

Des messages envoyés sur le compte Twitter du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), qui invitaient la population à dénoncer les crimes sexuels, ont contribué à l’ouverture de ces nouveaux dossiers. Plusieurs plaintes ont aussi été transférées par le Service de police de la Ville de Montréal. 

«Tous ces dossiers-là sont assignés à des enquêteurs présentement, les enquêtes sont en cours», a indiqué mardi après-midi le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, lors d’un bilan de sa première année à la tête du SPVQ. «Est-ce qu’ils sont tous fondés? Je ne le sais pas. L’enquête le démontrera éventuellement.»

Les deux tiers des nouveaux dossiers concernent des faits remontant avant les années 2000, a précisé M. Pigeon. 

Nouvel examen de plaintes rejetées

En parallèle, le SPVQ a soumis à un nouvel examen 365 plaintes jugées non fondées pour des crimes sexuels, qui comprennent notamment les agressions, les contacts et le harcèlement sexuel. Des policiers ont été libérés de leurs fonctions habituelles à cet effet.  

Les plaintes rejetées qui seront révisées ont été déposées entre 2011 et 2016. Elles représentent environ 11 % des plaintes pour des crimes sexuels reçues par le SPVQ durant cette période, où 2049 étaient fondés.

Le travail de révision est commencé depuis deux mois et a été confié à l’unité spécialisée en délits familiaux et agressions sexuelles. Jusqu’à maintenant, il n’a mené à aucune «réactivation» de dossier, a indiqué M. Pigeon.

La police de Québec a entamé ce nouvel examen après avoir pris connaissance notamment du «modèle de Philadelphie». Dans cette ville américaine, des centaines de plaintes ont été révisées et la police invite les groupes de défense de droit des femmes à réviser les plaintes rejetées et à donner leur avis sur la qualité des enquêtes.

Pour l’instant, le SPVQ n’invite pas de groupes communautaires à participer aux révisions de plaintes. «On commence par faire notre examen à l’interne. On verra où ça va nous porter et on verra aussi les bénéfices qu’on peut retirer des projets pilotes qui ont cours ailleurs au Québec», a dit M. Pigeon.  

La semaine dernière, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, annonçait la mise sur pied d’un projet pilote à la Sûreté du Québec visant la révision des dossiers en matière d’agression sexuelle avec l’aide «d’intervenants du milieu». Cette initiative est elle aussi inspirée du modèle de Philadelphie.

D’ici quelques mois, le Service de police de Gatineau révisera lui aussi des plaintes d’agressions sexuelles rejetées dans le cadre d’un projet pilote. Il les soumettra également à la critique de groupes travaillant avec les victimes de crimes sexuels. 

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ROBERT PIGEON SUR...

L’attentat à la mosquée

«Comme chef de police, c’est jamais une bonne nouvelle quand un tireur de masse entre dans un lieu public et se met à l’œuvre», dit Robert Pigeon. L’attentat à la mosquée de Sainte-Foy était une épreuve «pour voir si nous étions prêts à faire face à une telle menace» au «moment où on s’y attend le moins». En l’espace de quatre minutes, deux patrouilleurs étaient arrivés sur les lieux de la tuerie. Le tireur avait déjà quitté les lieux. Mais au moment où ses policiers interviennent, «ils le font au risque de leur vie», dit le chef du SPVQ. L’intervention qui a suivi a été «fluide et organisée», estime M. Pigeon, très fier de la réponse des policiers, qui ont «agi avec discipline et courage». 

Confrontations lors de manifs

Quand des manifestants des groupuscules d’extrême droite et de gauche manifestent en même temps, le «coefficient de difficulté est plus élevé, puisqu’on doit s’assurer que les deux groupes ne viennent pas en contact les uns avec les autres. Donc ça prend deux fois plus d’effectifs», dit Robert Pigeon. Lors des manifestations en présence de la Meute et de groupes antifascistes, en août et en novembre, les «activistes violents» arrêtés provenaient «strictement» de la gauche. «Ce sont des individus qui sont entraînés à faire de la manifestation professionnelle. Ils étudient la manière dont on se comporte, ils regardent comment on se déplace. Et lorsqu’ils atteignent la “masse critique” pour opérer, ils vont passer à l’acte.»

Le fentanyl

En 2016, le SPVQ a démantelé deux réseaux de trafic de fentanyl, menant à la saisie de 77 000 comprimés «qui s’apprêtaient à être distribués sur le territoire de la Ville de Québec», dit Robert Pigeon. Depuis, «on n’en voit presque pas, il en rentre un peu à l’occasion, mais votre service de police est à l’affut d’une nouvelle apparition de ce type d’opiacés parce que les conséquences sont mortelles». C’est pourquoi plusieurs policiers peuvent maintenant administrer de la naloxone, un antidote contre les opioïdes, souligne le chef du SPVQ. 

Le sommet du G7

Est-ce que le G7 se compare au Sommet des Amériques? «C’est ce qu’on pense», dit Robert Pigeon. Le sommet aura lieu à La Malbaie, dans Charlevoix. Mais de nombreux dignitaires seront à Québec, qui sera le théâtre de nombreuses manifestations, dont certaines pourraient être violentes, anticipe le chef du SPVQ.