Mohamed Labidi a indiqué mardi que le Centre culturel islamique souhaite nommer un avocat pour s'assurer que les droits des victimes soient respectés dans tout le processus judiciaire.

Comparution de Bissonnette: «ça fait mal d'être là»

«Ça fait mal [...] d'être là, c'est un devoir.» Prononcés entre deux sanglots, les mots témoignent de la douleur qui afflige encore Mohamed Labidi et toute la communauté musulmane de Québec au début des longues procédures judiciaires visant Alexandre Bisonnette pour le meurtre de six fidèles le 29 janvier à la Grande Mosquée de Sainte-Foy.
«J'ai confiance en la justice canadienne et québécoise, lance M. Labidi, vice-président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), rencontré après la brève comparution du présumé meurtrier mardi au palais de justice de Québec.
«J'espère que le crime sera traité à l'ampleur de la tragédie et des dégâts faits à des innocents, pour les familles des victimes. Et que le sang des victimes ne va pas s'en aller en vain», ajoute l'homme, visiblement ébranlé. 
Par ailleurs, il avoue être habité par des sentiments mitigés, trois semaines après le tragique événement. «J'ai un mélange de sensations : de la pitié pour le crime et en même temps pour nos frères qui sont morts pour rien. C'est le cycle de la haine qui a été alimenté jusqu'à ce que la personne soit aveuglée et pose une action sans penser à son avenir. Il est très jeune. J'étais très touché par sa jeunesse. Ça brise sa vie. J'ai de la compassion», explique l'homme, la voix étranglée par l'émotion, rappelant que sa foi appelle au pardon et à la résilience.
Droits des victimes
Le Centre culturel souhaite aussi faire appel à un avocat pour s'assurer que les droits des victimes soient respectés à travers les processus judiciaire et administratif qui s'amorcent. Il faut dire que la tuerie a laissé six femmes sans mari, 17 enfants sans père. 
De plus, deux victimes sont toujours à l'hôpital, dont une dans un état critique, précise M. Labadi. «Ils ont de la difficulté à le sortir du coma. Il a reçu six balles, je pense.»
Le vice-président entend bien qu'un représentant du CCIQ assiste à chaque comparution de Bissonnette, malgré la souffrance que cela peut engendrer. «On représente une communauté. C'est nos frères, c'est comme si c'était mes propres frères à moi. Moi, mon deuil n'est pas fait. Il faut que je me retienne chaque fois que je me présente devant vous [les médias] et devant ma communauté pour être à la hauteur. Ça fait partie du processus de deuil», confie-t-il.
M. Labidi a aussi une pensée constante pour les familles des victimes. «Chaque fois qu'on les visite, mon coeur se brise. C'est dramatique, ce qu'ils vivent. Les enfants ne comprennent pas ce qui se passe.»
Et à travers la douleur, il faut laisser place à la vie. «Nous devons reprendre une vie normale. Notre rôle est aussi de dissiper la peur toujours présente», conclut-il.