Danick Lachance a été percuté mortellement sur la route 112, à Thetford Mines, le 21 janvier 2017.
Danick Lachance a été percuté mortellement sur la route 112, à Thetford Mines, le 21 janvier 2017.

Collision mortelle à Thetford Mines: distraction fatale?

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
«Je l'ai pas vu! Je l'ai pas vu!». C'est ce que Miguel Bolduc, en panique, aurait lancé après avoir happé avec sa Honda Civic un piéton sur la route 112, à Thetford Mines, le 21 janvier 2017.

Mais pourquoi n'aurait-il pas vu la victime? Selon la poursuite, Bolduc aurait été en train d’utiliser l’application Snapchat — une application de partage de photos et de vidéos — sur son téléphone au moment où il a percuté mortellement Danick Lachance, 19 ans. Selon la défense, il ne l'utilisait pas à ce moment-là et d'autres facteurs ont provoqué l'impact. 

C'est cette question que devra trancher la juge Marie-Claude Gilbert de la Cour du Québec au terme du procès de Miguel Bolduc, 22 ans, accusé de négligence criminelle causant la mort. Les auditions sont prévues pour toute la semaine au palais de justice de Thetford Mines.

En matinée lundi, la procureure de la Couronne, Me Audrey Roy-Cloutier, a notamment fait témoigner trois personnes qui ont porté secours à la victime. 

Les trois témoins, deux hommes et une femme, revenaient d'un tournoi de hockey avec des enfants à bord de deux voitures différentes lorsqu'ils ont constaté qu'un accident avait eu lieu sur la route 112. Pendant que les deux hommes portaient assistance au piéton, la femme a appelé le 911 et a parlé avec les ambulanciers. 

Il était environ 21h10. À ce moment, se souviennent les trois témoins, Danick Lachance était allongé au sol, le visage contre l'accotement et les jambes qui dépassaient un peu dans la voie de circulation.

Suivant les instructions des ambulanciers, les deux hommes ont tourné le corps de Danick Lachance sur le dos en soutenant son cou. Ils ont constaté qu'il ne semblait plus respirer ni avoir de pouls, et qu'il saignait abondamment. 

Un des témoins, Francis Daigle, a aperçu Miguel Bolduc près de Danick Lachance. «Il était en panique», s'est souvenu M. Daigle, qui se rappelle aussi avoir entendu le conducteur dire à propos de la victime : «Je l'ai pas vu! Je l'ai pas vu!» 

Interrogeant ces trois témoins, l'avocat de la défense, Me Luc Ouellette, a tenté de faire ressortir des doutes sur d'autres causes possibles de la collision : la bruine ou la fine neige qui rendait la conduite plus difficile, la route mal éclairée et l'accotement étroit, notamment.

Il a aussi demandé à un de ces trois témoins, Carl Lepage, ce que lui avait dit Miguel Bolduc pour expliquer l'accident. M. Lepage se souvient que l'accusé lui a dit : «Je sais pas, je pense que je changeais le poste de radio». 

«Pas attentif»?

La procureure de la Couronne a ensuite fait témoigner l'agent Yves Brière, expert reconstitutionniste à la Sûreté du Québec (SQ). 

Selon l'analyse de M. Brière, juste avant l'impact, la voiture de Miguel Bolduc avait dévié d'environ deux degrés de sa trajectoire sur une distance d'environ 51 mètres. «Deux degrés, c'est presque rien, a-t-il dit. Moi, ce que ça me dit, c'est quelqu'un qui s'endort au volant ou qui n'est pas attentif».

En suivant les traces du véhicule sur la chaussée et les débris laissés par la collision, Yves Brière a estimé que Bolduc avait happé Danick Lachance dans l'accotement, à environ à 1,48 mètre de la ligne blanche.

Après l'impact, le véhicule de Bolduc a terminé sa course à environ 100 mètres du lieu de la collision avec le piéton, a établi l'agent Brière. «Ça prend du temps du temps avant qu'il réagisse, c'est ce que ça veut dire», a-t-il dit.

À la suite de l'inspection du véhicule du Miguel Bolduc, Yves Brière n'a par ailleurs noté «rien qui pouvait être contributif à la collision». 

En contre-interrogatoire, l'avocat de la défense, Me Ouellette, a souligné que les calculs de l'agent Brière étaient basés sur la limite de vitesse de 90 km/ sur la route 112. Or, il a fait faire des calculs au policier à une vitesse de 100 et de 105 km/h, lesquels suggèrent que l'accusé pourrait avoir eu moins de temps pour réagir. «Plus la vitesse est élevée, plus le temps de réaction est court», a souligné Me Ouellette.