Cariño, un chien détecteur de baisse de glycémie, est au coeur d'un litige entre la Fondation Corazón et Jean-Pierre Gendreau.

Chien d'assistance... et de discorde

À qui appartient Cariño, précieux chien d'assistance détecteur de baisse de glycémie? Un homme diabétique de Québec affirme que le chien lui a été donné. La Fondation Corazón rétorque que sa tête d'affiche est retenue sans son consentement. Ce sera à la Cour du Québec de trancher...
Entraîneuse canine, Anne-Marie Josée Gauthier a fondé l'école de chien-guide et d'assistance Fondation Corazón en 1999.
Six ans plus tard, elle achète chez un éleveur de la Côte-Nord Cariño, mignon chiot de race épagneul et cocker anglais. Au fil de sa formation, Cariño devient le chien démonstrateur de la Fondation en plus d'être le chien détecteur de baisse de glycémie pour Anne-Marie Josée Gauthier, elle-même atteinte du diabète.
Grâce à son odorant puissant, Cariño est capable de dire, en reniflant et en léchant, si son maître a une hausse ou une baisse de glycémie. Le travail de ce compagnon peut être vital afin d'éviter des comas diabétiques. Cariño vit chez l'entraîneuse, près de Saint-Hyacinthe, avec d'autres chiens en formation.
En 2013, Jean-Pierre Gendreau, employé de banque de Québec, fait une demande à la Fondation Corazón pour obtenir un chien d'assistance détecteur de baisse de glycémie.
M. Gendreau fait une première collecte de fonds et amasse 1800 $. Selon lui, l'engagement de chaque futur utilisateur est de trouver 1500 $.
Anne-Marie Josée Gauthier a plutôt dit à la juge Chantal Gosselin de la Cour du Québec, lors du procès qui se tenait jeudi, que cette première somme ne couvrait que l'achat du chiot, la castration et les vaccins. Selon la dirigeante de la Fondation Corazón, chaque utilisateur doit plutôt amasser 35 000 $ afin de payer pour les trois années d'entraînement du chien détecteur.
Jean-Paul Gendreau n'a pas fait de collecte de fonds supplémentaire. Dany Jobin , le conjoint Gendreau est venu expliquer qu'un projet de collecte dans les dépanneurs a avorté, car la Fondation ne pouvait pas fournir d'états financiers, selon lui.
Un prêt... puis un don?
En décembre 2013, Anne-Marie Josée Gauthier accepte de prêter Cariño à Jean-Pierre Gendreau, devenu un ami et bientôt administrateur de la Fondation, afin qu'il se sente plus en sécurité lorsqu'il dormait seul chez lui.
Selon l'entraîneuse, le prêt était d'une durée de six mois. Cariño reprendrait ensuite son travail de chien-démonstrateur pour la Fondation et servirait à faire de la publicité. Jean-Paul Gendreau pourrait éventuellement avoir les services d'un autre chien d'assistance. Un contrat de prêt a été rédigé, mais n'a été signé par aucune des deux parties. «J'ai fait confiance», dit Mme Gauthier.
En avril 2014, le couple Gendreau-Jobin dit avoir reçu un appel de Mme Gauthier, qui accepte de leur donner Cariño. Dany Jobin se rappelle avoir ouvert une bouteille de vin pour fêter la bonne nouvelle.
Anne-Marie Josée Gauthier nie catégoriquement que le prêt se soit transformé en don. «Je ne pouvais pas donner un chien qui ne m'appartenait pas, mais appartenait à la Fondation, plaide-t-elle. Et je n'aurais pas donné mon unique chien démonstrateur!»
À l'heure actuelle, la Fondation Corazón possède 13 chiens d'assistance et Anne-Marie Josée Gauthier en a deux à son nom personnel. Chacun, y compris Cariño, a, dit-elle, une micropuce dans le cou montrant qu'il a été enregistré à son nom ou au nom de la Fondation au Club canin du Canada.
En juin 2014, les relations se dégradent entre Mme Gauthier et M. Gendreau, qui refuse de rendre le chien, qu'il estime maintenant être le sien. La Fondation envoie une mise en demeure à M. Gendreau.
Quelques mois plus tard, Anne-Marie Josée Gauthier écrit sur la page Facebook de la Fondation que Jean-Pierre Gendreau a volé le chien d'assistance. Elle retirera la publication moins d'une journée plus tard. «J'aurais dû écrire que Cariño était retenu sans mon consentement», estime-t-elle. 
Jean-Pierre Gendreau dépose une poursuite en diffamation et en harcèlement pour 24 900 $. «C'était très humiliant de se faire dire qu'on a volé le chien», affirme M. Gendreau, qui a vu sa santé décliner en raison du stress.
L'entraîneuse canine répliquera par une demande reconventionnelle de 35 000 $. La Fondation a énormément souffert de la perte, depuis deux ans et demi, de son chien-vedette. Madame Josée Gauthier a elle-même a été lourdement affectée, dit-elle.