Mme Crevier a travaillé aux bureaux de Lévis sous une fausse identité pendant deux ans et demi

Chez Desjardins sous une autre identité: de fausses cartes pour être embauchée

Pour être embauchée par Desjardins comme consultante même si elle avait été mêlée à une affaire de fraude chez Via Rail, Solange Crevier avait présenté à l’entreprise un faux permis de conduire et une fausse carte d’assurance-maladie au nom de Johanne Richer.

Comme la plupart des institutions financières, le Mouvement Desjardins met régulièrement ses clients en garde contre les dangers du vol d’identité. Les événements des derniers jours ont toutefois démontré que personne, même une grande entreprise de la trempe de Desjardins, n’est à l’abri de ce fléau du 21e siècle.

Desjardins a révélé mercredi que Solange Crevier avait utilisé des tactiques poussées de vol d’identité pour obtenir ce poste de consultante chargée de l’implantation d’un système technologique pour Desjardins.

«On n’a pas vu ça souvent. Nous avons 48 000 employés et c’est la première fois qu’on vit une situation comme celle-là. On souhaite que ce soit la dernière», a déclaré André Chapleau, porte-parole de Desjardins. 

Stratagème habile

«Même si Mme Crevier travaillait dans nos bureaux à Lévis, elle n’était pas notre employée. Elle travaillait pour nous à titre de contractuelle comme chef de projet», ajoute M. Chapleau, précisant toutefois que Desjardins effectuait des vérifications tant avant l’embauche d’employés permanents que contractuels.

«Nous avons fait nos vérifications quand nous l’avons engagée comme contractuelle, mais nous l’avons fait pour Johanne Richer, une femme sans antécédent au profil parfait. Mme Crevier avait un permis de conduire et une carte d’assurance-maladie au nom de Johanne Richer, alors nous étions convaincus qu’il s’agissait de cette personne. Elle a usé d’un stratagème habile», poursuit André Chapleau.

Solange Crevier

Ainsi, la femme de 54 ans a pu travailler chez Desjardins pendant deux ans et demi sous l’identité de Johanne Richer. C’est un appel téléphonique anonyme reçu au cours des derniers jours qui a mis la puce à l’oreille de la direction de Desjardins. 

«Heureusement qu’il y a eu cette dénonciation. C’est un geste anonyme qui est très apprécié», a-t-il indiqué, ajoutant que l’enquête interne avait vite confirmé les informations qui avaient été transmises dans cet appel anonyme.

Pas de fraude ni de vol

M. Chapleau indique qu’à l’heure actuelle, rien n’indique que Solange Crevier ait commis une fraude ou un vol durant son embauche chez Desjardins. «Elle travaillait dans notre filiale d’assurance, donc elle n’avait pas accès aux informations des comptes des membres. Elle ne traitait pas avec la clientèle, donc nos clients n’ont rien à craindre», explique-t-il.

Malgré tout, le porte-parole de Desjardins a confirmé qu’il y aurait une mise à niveau et un renforcement des mesures de vérification à l’embauche, tant pour les employés que les consultants, après cet événement.

«Je crois que tous les employeurs doivent tirer un enseignement de cela. Nous mettons souvent nos clients en garde contre le vol d’identité et nous accompagnons ceux qui en sont victimes. Tous les employeurs devront maintenant être plus vigilants eux aussi afin de s’assurer qu’ils embauchent la vraie personne», conclut-il.

Toujours détenue, Solange Crevier reviendra devant le tribunal pour la forme jeudi, date à laquelle a été reportée son enquête sur remise en liberté. L’informaticienne avait été congédiée de son poste de directrice chez Via Rail en 2013 au terme d’une enquête liée à une fraude de 200 000 $ dans le service informatique pour des travaux informatiques qui auraient été facturés, mais jamais effectués.