Quatre décès sont survenus sur le chantier de La Romaine depuis 2010.

Chantier de la Romaine: «la sécurité, ça n'a pas d'importance pour eux»

«Si Hydro-Québec voulait vraiment, il n'y en aurait pas d'accident au chantier, mais tout ce qu'ils veulent, c'est aller plus vite pour avoir leurs ostie de bonis à la fin de l'année. La sécurité, ça n'a aucune importance pour eux.»
Clément Barriault, père de Steeve, décédé au chantier hydroélectrique de la rivière Romaine en mars 2015, ne mâche pas ses mots à l'endroit d'Hydro-Québec. Comme bien d'autres intervenants, il estime qu'un arrêt des travaux s'impose au vaste chantier au nord de Havre-Saint-Pierre, le temps que la lumière soit faite sur la sécurité de la totalité des travaux effectués. Un quatrième travailleur, Luc Arpin, vient de mourir sur ce chantier.
«Présentement, tout le monde se garroche, mais dans quelques mois, tout le monde va l'avoir oublié, ce mort», lance M. Barriault, plus que sceptique par rapport aux éventuels résultats du comité spécial créé par Hydro. «Ça ne peut pas être pire que ça l'est actuellement sur le chantier, et tout le monde regarde là actuellement, mais aussitôt que les médias auront le dos tourné et qu'ils regarderont ailleurs, ils [Hydro] vont recommencer», ajoute l'homme.
Clément Barriault poursuit Hydro-Québec en cour civile pour le décès de son fils, mort noyé lorsque la pelle mécanique qu'il opérait a brisé la glace sur laquelle elle se trouvait. Il ignorait qu'il y avait six mètres d'eau à cet endroit. M. Barriault a également déposé une plainte criminelle, lui qui a toujours cru qu'Hydro-Québec et EBC, employeur de son fils Steeve, avaient fait preuve de négligence criminelle dans ce dossier, mais sa plainte n'a pas été retenue.
«Hydro est intouchable par les lois», enchaîne le père, très amer d'avoir simplement reçu un montant d'assurance pour la mort de son fils. «Cinquante mille dollars, c'est ça que vaut la vie de mon fils pour Hydro-Québec. Pour eux, c'est moins cher de perdre un homme que de perdre une machine ou une heure de travail.»
Clément Barriault est le père de Steeve Barriault, décédé au chantier hydro-électrique de la rivière Romaine en mars 2015.
Trop peu pour Rambo
«Tu me sors un comité [spécial] après quatre morts pis La Romaine est finie? C'est de la poussière aux yeux, du n'importe quoi», s'insurge Bernard «Rambo» Gauthier, qui a «perdu deux de ses gars» en autant d'années au chantier d'Hydro-Québec. «Là, on a une petite fille qui aura pas son père pour déballer ses cadeaux.»
Le représentant du local 791 de l'Union des opérateurs de machinerie lourde sur la Côte-Nord, dont Luc Arpin et Steeve Barriault étaient membres, en a long à dire sur la façon dont la société d'État gère le chantier de 7,2 milliards $. «Quand tu parles à tout le monde à La Romaine, c'est une course et le moins cher possible s'il vous plaît.»
Le syndicaliste assure que les entrepreneurs «sentent la pression» et que les travailleurs «sont rendus sur les nerfs». «Les gars se demandent s'ils vont être le prochain», déplore-t-il. Selon lui, une enquête publique permettrait notamment de délier la langue de ceux qui n'osent parler par peur de représailles.
Quant à la députée de Duplessis, Lorraine Richard, elle exige qu'Hydro et la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) se présentent en commission parlementaire «pour obtenir des réponses aux questions soulevées par les quatre décès survenus sur le chantier de La Romaine depuis 2010».
La direction régionale de la CNESST assure de son côté qu'elle a fait «tous les suivis» nécessaires à la suite des trois précédents accidents et que «toutes les dérogations ont été corrigées». 
Avec la collaboration de Fanny Lévesque