L’Établissement de détention de Québec.

Cellule adaptée pour prisonnier handicapé

EXCLUSIF / Vivre avec un handicap important et se déplacer en fauteuil roulant n’exempte pas de la prison. L’Établissement de détention de Québec rénove d’ailleurs pour près de 1 million $ son centre médical notamment pour y construire une cellule adaptée permettant d’accueillir cette clientèle. Une première.

«Ce projet d’aménagement vise à permettre au MSP [ministère de la Sécurité publique] de répondre aux besoins particuliers de personnes incarcérées lourdement handicapées», écrit au Soleil le relationniste médias Olivier Cantin. «La cellule en question sera notamment munie d’un lit d’hôpital, d’un cabinet d’aisance et d’un lavabo adaptés de même que d’un lève-personne avec système de rail au plafond permettant le déplacement de la personne entre le lit et un bain thérapeutique installé dans un sanitaire adjacent.»

Des équipements rares, uniques, dit-il. «Il s’agit de la première et, probablement, de la seule cellule qui sera aménagée de la sorte à l’établissement de détention de Québec. Il n’est pas prévu pour le moment d’en aménager d’autres dans le réseau des établissements de détention.»

Et pourquoi bâtir cette cellule dans la capitale? Les besoins y sont-ils plus importants qu’ailleurs? «Il n’y a pas nécessairement plus de personnes lourdement handicapées incarcérées dans la région de Québec», répond M. Cantin. «Mais l’EDQ [Établissement de détention de Québec] joue déjà un rôle de support suprarégional auprès des établissements de tout l’est de la province. Il pourrait ainsi être appelé à accueillir une personne incarcérée d’un autre établissement de détention dans la mesure où celle-ci nécessite des soins et une assistance physique particuliers qui pourraient lui être offerts dans cette cellule.»

Ainsi, un prisonnier dont le handicap exige des soins importants pourrait être transféré à Québec, peu importe sa région d’origine. Ce qui ne signifie toutefois pas que tous les reclus se mouvant en fauteuil seront déracinés.

Handicapés autonomes

Un «plan d’action» prône «l’installation d’équipements nécessaires pour l’accueil de personnes handicapées» dans tous les établissements. Mais, contrairement à Québec, «les aménagements ou les adaptations effectuées en milieu carcéral visent avant tout à répondre aux besoins de personnes handicapées autonomes», explique Olivier Cantin.


La cellule sera munie d’un lit d’hôpital, d’un cabinet d’aisance et d’un lavabo adaptés de même que d’un lève-personne avec système de railau plafond
Olivier Cantin, porte-parole du ministère de la Sécurité publique

Les prisons neuves de Roberval, de Sept-Îles, de Sorel-Tracy et d’Amos ont d’ailleurs été architecturées afin de pouvoir loger des pensionnaires en fauteuil roulant «autonomes». Dans les plus vieilles installations, les changements sont effectués lors de rénovations. Notre interlocuteur offre des exemples des adaptations effectuées : «parcours sans obstacle, barres d’appui dans les sanitaires, lavabo adapté, place à table accessible en fauteuil roulant [sans siège fixé au sol] dans le secteur de vie, etc.»

Lorsque ces travaux d’amélioration n’ont pas été effectués dans le centre de détention de leur région, les détenus en fauteuil roulant doivent déménager dans les prisons dotées d’un «secteur de soins de santé» en activité 24 heures sur 24.

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PAS DE DONNÉES SUR LE NOMBRE DE HANDICAPÉS INCARCÉRÉS

«Nous ne disposons pas de statistiques centralisées», explique Olivier Cantin, du ministère de la Sécurité publique. Il ajoute cependant : «Il est toutefois relativement exceptionnel de devoir accueillir une personne lourdement handicapée».

Ne compilant pas ces informations, le ministère de la Sécurité publique ne peut pas nous dire si les besoins en services adaptés sont en croissance, notamment pour cause de vieillissement de la population carcérale. «Compte tenu de l’absence de données, il ne nous est pas possible d’identifier formellement une quelconque tendance quant à l’évolution du nombre de personnes incarcérées handicapées ni de comparer celle-ci à l’âge de la population.»

Une enquête réalisée il y a quelques années au niveau fédéral, où les détenus purgent des peines plus longues, avait démontré que la clientèle âgée avait doublé en une décennie. Et que les pénitenciers étaient peu adaptés pour s’en occuper.