Jonathan Bettez lors d'un précédent passage au palais de justice de Trois-Rivières.

Bettez a refusé le test du polygraphe à trois reprises

TROIS-RIVIÈRES — Selon des documents rendus publics jeudi, les policiers ont demandé à Jonathan Bettez de se soumettre à un test de polygraphe et ce, à trois reprises en 2007, en 2012 et en 2015.

La première fois, Jonathan Bettez a transmis à la SQ, par le biais de son avocat, Me Michel Lebrun, une liste de conditions qui devaient être respectées pour qu’il se soumette à un test du polygraphe.

Parmi celles-ci, il demandait que dans l’éventualité où il réussisse le test, aucune plainte criminelle ne soit portée contre lui. Et s’il  échouait au test, il ne voulait pas que les renseignements soient divulgués. Or, la SQ était en désaccord avec les exigences portant sur la confidentialité du test et les poursuites criminelles possibles dans le futur. 

En 2012, les policiers lui ont fait une seconde offre. Il était alors très amer à la suite de la diffusion d’un reportage télévisé le concernant à TVA. Il prétendait n’avoir rien à voir avec l’enlèvement de Cédrika, qu’il n’avait pas d’idées suicidaires mais qu’il était dépressif et fatigué de se faire pointer du doigt. Il s’est dit prêt à passer le test du polygraphe en autant que les policiers diffusent un communiqué dans les médias pour annoncer que l’individu ciblé avait réussi le test.

À la suite d’une autre rencontre avec Bettez et son avocat, les policiers ont précisé qu’ils s’engageaient à confirmer les résultats du test si celui-ci était véridique mais à un journaliste qui en ferait la demande. Bettez s’est dit déçu, ajoutant que ce n’était pas le test qui lui faisait peur mais sa réputation entachée suite au reportage de JE. Le test du polygraphe n’a donc pas eu lieu.

La troisième offre a été faite le 17 juin 2015. Jonathan Bettez a de nouveau refusé car les conditions qu’il avait émises n’étaient pas toutes acceptées. Le 10 novembre 2015, après discussions avec leurs supérieures, les policiers ont finalement informé Bettez que ses conditions seraient finalement acceptées par la SQ. Ils acceptaient
qu’aucune plainte de nature criminelle ne soit portée contre lui  uniquement sur la base du résultat du test échoué.

Bettez a rappelé pour dire qu’il refusait toujours sous prétexte cette fois-ci qu’il «ne voulait pas recommencer tout ça et qu’après huit ans, il ne voulait plus le faire».


Bettez et ses proches sont surveillés de près

La traque visant Jonathan Bettez ne s’est pas arrêtée pour autant. Tant Jonathan Bettez que ses proches ont fait l’objet d’une étroite surveillance pendant les années ayant suivi la disparition de Cédrika. Ses déplacements en véhicule ont notamment été scrutés par le biais d’un système de localisation. Ses conversations téléphoniques ont été écoutées. Les policiers ont rencontré et interrogé ses parents, des ex-copines, des amis et des collègues de travail. Ils ont également établi le profil de certains d’entre eux afin d’obtenir des mandats leur donnant le droit de les mettre sous écoute et de les surveiller avec des caméras. 

La police a même établi des plans pour susciter des réactions de la part de Jonathan Bettez afin de favoriser des conversations utiles à l’enquête. On voulait entre autres rencontrer ses proches et sa famille pour leur faire part de certains rapprochements entre le dossier Cédrika et sa consommation de pornographie juvénile car l’objectif était de le provoquer et de le pousser à parler. On a ainsi médiatisé de nouvelles recherches sur le site de la découverte des ossements afin de susciter des réactions de sa part. On a aussi projeté envoyer des messages au suspect et rendre publique la remise des restes de Cédrika Provencher à sa famille pour indiquer la fin des analyses.

En ce qui concerne plus spécifiquement le dossier de pornographie juvénile qui a donné lieu à l’arrestation de Bettez, les démarches policières ont commencé peu avant la découverte des ossements de Cédrika Provencher en décembre 2015. L’idée est en effet venue de vérifier si le suspect du meurtre ne serait pas un consommateur de pornographie juvénile. Le 11 décembre, une première demande est faite auprès de Facebook pour obtenir la liste des adresses IP qu’utilise Jonathan Bettez. Or, la macabre découverte du crâne de l’enfant a eu pour effet de faire accélérer le processus et d’y apposer la mention urgent. 

Au printemps 2016, les policiers sont notamment entrés de façon clandestine au commerce Emballages Bettez, de nuit, pour examiner son ordinateur. Des dispositifs ont également été installés pour intercepter ses communications et filmer les activités de Jonathan Bettez dans son bureau. 

Les domiciles de Bettez et de ses parents ont aussi été dotés de caméras.

L’enquête des policiers a permis d’apprendre que par le biais des adresses IP qui auraient été utilisées par le suspect, des fichiers de pornographie juvénile auraient été téléchargés de 2009 à 2013. Parmi lesdits fichiers, on y voit des jeunes filles âgées entre trois mois et 12 ans subissant des agressions sexuelles. Un enquêteur a aussi constaté dans ces fichiers qu’il y avait la photo d’une jeune fille de 6-7 ans, avec des cheveux bruns, un visage rond et des taches de rousseur. Elle est nue et l’accent est mis sur ses parties génitales. Selon l’enquêteur, cette fillette non identifiée ressemble beaucoup à Cédrika Provencher. Il a vu également une vidéo où on voit une jeune fille d’environ 10 ans se faire agresser sexuellement sur la banquette arrière d’un véhicule qui se trouve dans un boisé. 

Par contre, ce sont des traces de fichiers de pornographie juvénile qui ont été retrouvées par les policiers dans un ordinateur portable et une clé USB lors de la perquisition. La Couronne entend démontrer que ces traces sont suffisamment incriminantes, vu la preuve recueillie. Rappelons que Bettez a cependant plaidé non coupable. Son procès devrait avoir lieu cet automne.