Depuis plusieurs mois, Jonathan Falardeau-Laroche prend de l’alcool quotidiennement pour engourdir son mal de vivre, dit son avocat. Il tend la main pour obtenir de l’aide dans le cadre d’une probation.

Beau moment d’humanité lors des représentations sur la peine de Jonathan Falardeau-Laroche

«Bonne route à toi, Jonathan.» Les proches de Marie-Pier Gagné, cette jeune femme enceinte happée mortellement par un chauffard épileptique devant le CHUL, ont offert un magnifique moment d’humanité à l’occasion des représentations sur la peine de Jonathan Falardeau-Laroche.

Le 10 août 2016, le jeune homme de 22 ans sortait de l’hôpital. Il venait de se faire interdire de conduire par son neurologue, mais a malgré tout pris le volant pour rentrer chez lui. En raison vraisemblablement d’une crise d’épilepsie, il a frappé la future maman, qui traversait le boulevard Laurier sur le passage piéton, après un rendez-vous de suivi de grossesse au CHUL.

Trois ans et demi après la mort tragique de la jeune femme de 27 ans, ses proches souffrent, chaque jour. En plus d’être privés de celle qu’ils aimaient, ils auront à répondre aux questions déchirantes de la petite fille de Marie-Pier Gagné, sauvée après la grave collision.

Ils ne souhaitent aucun mal à Jonathan Falardeau-Laroche, aujourd’hui âgé de 25 ans, déclaré coupable au terme de son procès de négligence criminelle causant la mort de Marie-Pier et causant des blessures au bébé et à l’occupante d’une autre voiture.

Frances Bittner, belle-mère de Marie-Pier Gagné, demande la permission au juge de se tourner vers Jonathan Falardeau-Laroche puisque ses mots s’adresseront à lui.

La grand-mère salue le jeune homme. Ce dernier lui répond, avant de rediriger son regard vers le tapis de la salle d’audience.

«Mon fils apprend à se relever, mais c’est très difficile, explique Mme Bittner. J’ai beaucoup d’empathie pour ta famille, particulièrement pour ta mère qui t’a accompagné.»

La grand-mère souhaite au jeune homme de trouver paix et sérénité au terme de la période de réflexion qui s’amorce. «Je te souhaite aussi de te trouver une mission», conclut Mme Bittner, avant de souhaiter bonne route au jeune homme. Ce dernier la remercie puis, ravale avec peine ses sanglots.

La mère de Marie-Pier Gagné a transmis sa lettre au procureur de la Couronne Me Thomas Jacques.

«Si un jour tu souhaites te présenter à nous avec sincérité et humilité, nous ne te claquerons pas la porte de notre cœur, écrit Linda Marceau. Marie-Pier ne te souhaiterait aucun mal. En sa mémoire, s’il te plaît, prends soin de toi.»

De un an à trois ans et demi de prison

Le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques demande à la cour d’imposer à Falardeau-Laroche une peine de détention variant entre 36 et 42 mois de prison.

Le procureur Jacques a rappelé que, quelques mois avant l’accident devant le CHUL, Jonathan Falardeau-Laroche a subi un grave accident de la route à l’entrée du pont Pierre-Laporte en raison d’une crise d’épilepsie, un événement qui aurait dû le conscientiser, dit la poursuite.

«Il n’a pas fait une erreur momentanée ce jour-là [10 août 2016] de prendre son véhicule, plaide Me Jacques. Il était conscient que depuis des mois, il présentait un risque et néanmoins, jour après jour, il utilisait son véhicule automobile, ce qui ajoute au degré d’insouciance et de responsabilité morale du délinquant.»

Jonathan Falardeau-Laroche avait des antécédents judiciaires de vol de moins de 5000 $, menace, conduite avec les capacités affaiblies et bris de condition.

L’avocat de la défense Me Simon Roy évalue à 12 mois de détention la peine appropriée. Il rejette le portrait de délinquant téméraire, qui se déresponsabilise, brossé par la poursuite.

Son client est un jeune homme sensible, renfermé, qui a du mal à faire face à la réalité. Et surtout, qui aimerait échanger sa vie pour celle de Marie-Pier Gagné, assure l’avocat. «Il tient à transmettre ses plus sincères sympathies, dit Me Roy. Il regrette amèrement la situation.»

Depuis plusieurs mois, Jonathan Falardeau-Laroche prend de l’alcool quotidiennement pour engourdir son mal de vivre, dit son avocat. Il tend la main pour obtenir de l’aide dans le cadre d’une probation, accessible seulement pour les délinquants condamnés à des peines de moins de deux ans.

Les parties suggèrent qu’après la peine de détention, le jeune homme ait une interdiction de conduire pour cinq ans.

Le juge Pierre-L. Rousseau prononcera la peine au début avril.