L'avocat Marc Bellemare émet de nombreuses critiques à l'endroit du Barreau du Québec et de sa bâtonnière.

Barreau du Québec: Bellemare songe à se joindre au C.A.

L'avocat Marc Bellemare pourrait bien passer de la parole aux actes en se portant candidat comme administrateur du Barreau du Québec, qu'il a pourfendu dans une récente lettre ouverte. Sa conjointe, Me Lu Chan Khuong, est déjà candidate au poste de bâtonnière.
Le juriste bien connu faisait la liste de ses récriminations dans la section Opinions du Soleil du 12 mars. Il reproche au Barreau son silence dans des dossiers majeurs, notamment l'allongement des délais de cour qui permet à des criminels d'être libérés sans procès et le conflit de travail entre le gouvernement du Québec et les juristes de l'État, finalement soumis à une loi spéciale.
«Cette bâtonnière [Me Claudia Prémont] est complètement déconnectée des membres. Il y a beaucoup de frustrations, en particulier en rapport à la gestion des dépenses», soutient Me Bellemare, qui confirme au Soleil avoir obtenu les 30 signatures lui permettant de déposer sa candidature pour obtenir l'un des deux postes d'administrateurs de la section Québec du Barreau.
En entrevue, il revient sur ce qu'il appelle la «gestion lamentable» de l'organisation qui le représente. Il fait référence au fait que le salaire de la bâtonnière a été majoré de 308 000 $ à 314 000 $, brisant une promesse de le diminuer à 189 000 $. «Mettez-vous dans la peau d'un jeune avocat qui voit ça alors qu'il gagne 50 000 $ par année et qu'il doit débourser 3000$ par année pour être membre du Barreau.»
Me Bellemare lance au passage une flèche envers l'administratrice sortante et candidate actuelle de la section Québec, Me Nathalie Vaillant, pour avoir participé aux décisions qu'il critique.
Il demande encore aujourd'hui aux avocats de se présenter en grand nombre pour «investir» le conseil d'administration. «Je ne comprends pas que les deux candidates de la section Québec puissent être élues par acclamation. Je souhaite une plus grande implication», lance-t-il. Une situation qui renforce son désir de se présenter d'ici la date butoir du 28 mars. 
Des règles d'admission à changer
Selon lui, les règles d'admission au poste de bâtonnier doivent aussi changer. Actuellement, seuls les avocats qui ont déjà été membres du conseil d'administration peuvent présenter leur candidature. Une situation qui, selon Me Bellemare, privilégie le «pouvoir» en place et disqualifie plusieurs excellents candidats. 
«Imaginez, aucun des anciens ministres de la Justice ne peut devenir bâtonnier. D'anciens premiers ministres comme Jean Charest et Lucien Bouchard ne pourraient l'être parce qu'ils n'ont jamais été sur le conseil d'administration du Barreau.»
Enfin, Me Bellemare reproche au Barreau d'avoir instauré une règle interdisant aux candidats de faire toute forme de publicité lors de leur campagne alors que l'organisation publie actuellement une série de 10 chroniques juridiques, notamment dans Le Soleil, où apparaît un mot de la bâtonnière Claudia Prémont accompagnée de sa photo. 
«On ne l'a pas vue pendant deux ans et elle apparaît, comme par hasard, au moment des élections», se questionne Me Bellemare.
Un couple au conseil
Pourrait-on assister à la présence d'un couple élu au sein du Barreau du Québec? L'épouse de Me Bellemare, Me Lu Chan Khuong, se représente au poste de bâtonnière contre Me Claudia Prémont et un troisième candidat, Me Paul-Matthieu Grondin.
Me Khuong avait partagé en janvier avec Le Soleil les mêmes préoccupations que celles de Me Bellemare.
Élue en mai 2015 avec 64 % des voix, l'avocate avait été suspendue par le C. A. du Barreau le 1er juillet après que La Presse eut révélé qu'elle avait bénéficié du programme de non-judiciarisation pour une plainte de vol à l'étalage chez Simons. Encore aujourd'hui, elle résume l'affaire à une «erreur d'inattention». 
En août 2015, quelque 1000 membres présents lors d'une assemblée générale avaient réitéré à 68,5 % leur confiance envers elle, malgré la controverse. Mais les tensions devenues trop grandes avec le conseil d'administration l'avaient convaincue de quitter son poste en septembre de la même année, jugeant que «l'institution était plus importante que les personnes qui la dirigent».